Dans un entretien exclusif accordé à Le Matinal, Gaston Zossou, ancien ministre et actuel directeur général de la loterie nationale, a réaffirmé sa passion pour la littérature. Selon ses propos, le monde est avant tout le fruit de la pensée. Il a saisi cette occasion pour montrer l’importance du livre, malgré l’évolution du numérique et de la digitalisation. Lire l’intégralité de l’entretien.
Le Matinal : Vous êtes ancien ministre. Aujourd’hui, vous êtes le directeur général de la Loterie nationale du Bénin et très connu sur la scène politique. Mais, il y a un côté que beaucoup ne voient pas chez vous : votre passion pour la littérature. Vous avez sorti beaucoup d’ouvrages. Pourquoi ce penchant pour la littérature ?
Gaston Zossou : Oui, depuis une petite vingtaine d’années, je produis des romans, je fais de la fiction. C’est vrai que j’ai écrit un essai, mais ce n’est pas le plus important. J’écris des romans, plus pour me divertir, me défouler que pour autre chose. J’aime faire des paragraphes, j’aime agiter mon imagination et en même temps la contenir dans la rigueur de la langue et du sens.
Dans cette passion pour la littérature, c’est vous avez déjà sorti combien d’ouvrages. Vous pouvez nous parler du dernier ?
Le tout dernier est déjà vieux. Il s’agit de « Les Enfants du Sable ». Il a été édité à Paris, il y a quelques années et réédité localement au Bénin. Le livre » Les Enfants du Sable » est une communauté africaine marine, une communauté de pêcheurs, de pêcheurs marins. Après l’abolition de l’esclavage, où survivait une forme d’esclavage clandestine, un navire est resté au large. Un temps où les villageois étaient en fête et le lendemain, il y a un message qui est venu du navire, disant que c’est le commandant blanc qui leur proposait de venir danser sur sa passerelle, de venir danser, comment dire aujourd’hui, performer sur sa passerelle, tant il a apprécié la beauté du rythme, des chants et des danses. Après beaucoup d’hésitations, de tergiversations et même dans la rivalité de qui irait et de qui n’irait pas, une petite centaine de villageois se sont rendus par de petites embarcations sur le navire de l’homme blanc, qui, en termes de performance, avait fait un complot, celui de les emporter. Ils ont été emportés, c’est l’intrigue.
De là, est-ce que vous pensez qu’avec la littérature, on peut changer le monde ?
Changer le monde, c’est très certainement ce que les grands ont fait depuis la Rome antique, depuis l’Égypte, c’est par la pensée qu’on a fait le monde, c’est par la force de la pensée que tout a été fait, que toutes les grandes choses ont été faites. Les cathédrales, avant d’être bâties, ont été pensées, ont été rêvées, ont été imaginées. Si je ne dis pas qu’on change le monde avec la littérature, on fait le monde avec la littérature. La pensée est belle. La pensée est avant la parole. C’est l’abstraction totale, la pensée, mais c’est aussi la totalité de la concrétisation des choses. Donc, c’est vrai par la littérature, on peut agir sur la conscience absolument. On peut renforcer le raisonnement, proposer des échelles de valeurs, dissuader, encourager. Tout part de ce qu’on peut fabriquer, à partir du cerveau, à partir du beau, de la fantaisie. Oui, absolument, j’y crois fortement.
Quels conseils vous avez à donner aux jeunes qui veulent s’aventurer dans le domaine littéraire ?
Mais d’y aller tout simplement, de sauter à l’eau, d’écrire un paragraphe par jour, un seul de cinq lignes ou de dix lignes, d’écrire juste, d’essayer de faire cet exercice-là tous les jours, comme on se brosse tous les jours, sans en sauter un seul. Et puis, un jour viendra où il y aura probablement le besoin d’en écrire peut-être deux par jour ou trois, une page entière par jour. Au bout d’une année, c’est quand même mes 365 pages, c’est déjà un trop gros livre.
Maintenant, quelle est l’utilité de la littérature pour la jeunesse ?
Vous ne pouvez pas écrire sans imaginer, sans faire attention à la parole, sans faire le lien entre la parole et l’idée, sans vous familiariser avec la réflexion, avec la construction, sans travailler à capturer le beau dans la manière dont les choses sont dites. Si vous faites cet exercice-là, il est évident que vous vous structurez vous-même. Donc celui qui écrit, se structure lui-même. Et j’ai remarqué, c’est peut-être une banalité, mais je vais la partager, que sur les grandes radios internationales que nous écoutons, neuf fois sur dix, quand on reçoit quelqu’un en interview sur un sujet, à son départ, au lieu de redire son nom simplement, on dit que c’est tel monsieur qui a écrit tel et tel livre. Cela pourrait signifier que dans les pays anciennement organisés et familiarisés avec l’écriture, que les personnes qui parviennent à écrire, sont celles qui ont réfléchi et qui peuvent apporter une contribution à la réflexion commune.
Mais aujourd’hui, avec le monde du numérique et de la digitalisation, on pense que tout est sur Internet, qu’il ne faut plus écrire. Qu’en pensez-vous ?
C’est vrai que tout est sur Internet. Ce qu’il y a sur Internet, ce qu’on peut avoir sur son téléphone aujourd’hui, est de la taille de dix mille bibliothèques. C’est sans fin. Mais attention, il y a du bon et du moins bon. Je vous ai dit qu’il y a du bon et du désastreux sur Internet. Il faut avoir la force d’aller vers ce qui est utile, aller vers ce qui structure la pensée et non vers ce qui dissipe l’attention tout simplement. C’est un vrai désastre, c’est une perte de temps terrible. Oh là là, c’est un désastre, c’est un malheur même pour cette génération qui scrolle du matin au soir.
Des plus grands livres sont sur Internet. Voyez-vous !
On peut écouter et surveiller la pensée de Spinoza, de Socrate, de Machiavel et de bien d’autres sur Internet, dans des formes très agréables à apprendre. Ou bien c’est lu, ou bien c’est écrit, ou bien ce sont les deux à la fois. C’est extraordinaire, ce que moi j’appellerais la gratuité de la connaissance aujourd’hui. Quelqu’un a dit, il y a 2000 ans que ce qui était caché, se dirait sur les toits des maisons. C’est Jésus de Nazareth.
Propos recueillis par Jules Yaovi Maoussi (Bureau régional Ouémé-Plateau)




















