Le déficit d’électrification ne freinera pas la marche vers l’université numérique. Solaire, groupes de secours, sites dédiés : le gouvernement a bâti un dispositif pensé pour que jamais une coupure n’interrompe un cours.
La question revenait, lancinante, dans toutes les conversations : comment déployer un enseignement en ligne dans un pays qui n’est pas encore totalement électrifié ? À cette objection que d’aucuns croyaient rédhibitoire, le gouvernement a choisi de répondre non par la prudence, mais par l’ingénierie. Le ministre, porte-parole du gouvernement, l’a dit sans détour : le déficit d’électrification totale du pays n’est pas un obstacle dirimant à l’innovation.
Refuser le fatalisme
Le raisonnement mérite d’être souligné, car il rompt avec une certaine habitude. Trop souvent, les grands projets africains ont été ajournés au nom d’un préalable, celui d’attendre que tout soit prêt avant d’oser. Ici, l’État assume l’inverse : avancer, et régler les difficultés au fur et à mesure. « C’est du bon sens, commente Rodrigue, étudiant en informatique. Si on avait attendu l’électricité partout, on aurait attendu vingt ans. Là, on agit. » Ce volontarisme, plusieurs jeunes rencontrés sur le campus le saluent comme la marque d’un pouvoir qui gouverne par l’action.
Des sites qui ne s’éteignent jamais
Concrètement, le dispositif prévoit des amphithéâtres dédiés, ces sites physiques où les étudiants qui le souhaitent pourront se rassembler pour suivre les cours en ligne dans de bonnes conditions. Or ces lieux seront équipés pour garantir une continuité de service sans faille. Aux côtés du réseau conventionnel, des solutions énergétiques alternatives, panneaux solaires et groupes électrogènes, seront installées en complément. L’objectif est limpide : pallier les coupures pour qu’aucune interruption du réseau ne puisse suspendre un enseignement en cours.
Le solaire, allié naturel du Bénin
Le choix du photovoltaïque n’a rien d’anodin. Dans un pays généreusement ensoleillé, adosser l’université numérique à l’énergie du soleil, c’est conjuguer souveraineté énergétique et transition écologique. Chaque site dédié devient ainsi une petite forteresse d’autonomie, capable de fonctionner même lorsque le réseau national fléchit. Les étudiants y voient un symbole. « On nous prépare à un pays moderne, sobre en carbone et branché sur l’avenir, observe Farida. Ce n’est pas rien. » En misant sur une ressource abondante et gratuite, l’État transforme une contrainte géographique en avantage comparatif, et fait de chaque amphithéâtre dédié une vitrine discrète de la transition écologique qu’il appelle de ses vœux.
La redondance, gage de sérieux
Ce qui rassure les futurs usagers, c’est précisément l’idée de superposer les sources d’énergie plutôt que de tout miser sur une seule. Réseau national, panneaux solaires, groupes de secours : trois filets de sécurité qui se relaient, de sorte que la défaillance de l’un n’entraîne jamais celle de l’ensemble. Cette architecture, pensée pour la résilience, tranche avec l’improvisation qu’on redoutait. « On sent que ça a été étudié dans le détail, apprécie Rodrigue. Ce n’est pas un effet d’annonce, c’est de l’ingénierie. » Les étudiants en filières techniques, particulièrement attentifs à ces questions, saluent la cohérence du montage.
Une leçon de
méthode
Ce qui se dessine, à travers cette gestion des défis énergétiques, c’est une méthode de gouvernement : identifier l’obstacle, le nommer sans le dramatiser, puis le contourner par des solutions concrètes et redondantes. Le déficit électrique n’est pas nié ; il est simplement traité comme un paramètre à maîtriser, et non comme un mur infranchissable. Cette lucidité, jointe à la volonté d’agir, dessine le portrait d’un exécutif qui préfère les solutions aux excuses. Là où d’autres auraient reporté le projet en attendant des conditions idéales, le choix a été fait d’avancer en équipant méthodiquement chaque maillon de la chaîne.
Au bout du compte, la promesse est tenue : où que se trouve l’étudiant, le savoir continuera de couler, porté tantôt par le réseau, tantôt par le soleil, tantôt par un groupe de secours. « Le courant peut sauter, sourit Rodrigue, le cours, lui, ne s’arrête plus. » Une phrase qui, à elle seule, résume l’ambition du dispositif : faire de la continuité pédagogique une garantie absolue, insensible aux aléas d’un réseau encore en construction. La contrainte énergétique, que beaucoup présentaient comme un verrou, se sera muée en démonstration de savoir-faire.
Abdourhamane Touré




















