En cinq ans d’existence, l’Institut national de la Femme (Inf) a enregistré plus de 8 000 plaintes relatives aux violences et discriminations faites aux femmes. Sur ce volume, 1 078 décisions de justice ont déjà été rendues. Des chiffres qui traduisent à la fois une persistance des violences et une libération progressive de la parole des victimes.
Le chiffre est révélateur de l’ampleur des violences et discriminations dont les femmes sont victimes au Bénin. Depuis sa création en juillet 2021, l’Institut national de la femme (Inf) a enregistré plus de 8 000 plaintes, a indiqué sa présidente, Huguette Bokpè Gnacadja, dimanche 16 août 2026, lors d’une émission sur la Radio nationale. Au-delà du volume global, un autre indicateur retient l’attention : 1 078 décisions de justice ont été rendues sur l’ensemble des plaintes enregistrées. Rapporté au seuil de 8 000 plaintes, ce nombre représente environ 13,5 %. Ce ratio doit toutefois être interprété avec prudence, le nombre communiqué étant supérieur à 8 000 et les dossiers pouvant se trouver à différents stades de traitement.
Une progression préoccupante
L’évolution dans le temps apparaît tout aussi significative. Selon les explications de la présidente de l’Inf, le nombre de plaintes connaît une hausse régulière d’une année à l’autre. Elle relève notamment qu’entre le dernier trimestre de 2024 et août 2026, les dénonciations ont « littéralement » doublé. Cette progression peut être lue sous deux angles. Elle traduit, d’une part, la persistance des violences faites aux femmes. Mais elle témoigne également, d’autre part, d’une plus grande propension des victimes à dénoncer les faits et à rechercher une réponse institutionnelle et judiciaire. Pour Huguette Bokpè Gnacadja, ces milliers de plaintes constituent ainsi autant de signes d’une parole qui se libère. « Le mode de silence est brisé », a-t-elle affirmé, se réjouissant notamment du fait que beaucoup de dénonciations soient faites par des hommes.
Les violences sexuelles en première ligne
Les données qualitatives communiquées par la présidente de l’Inf montrent une prédominance des affaires liées aux violences sexuelles, auxquelles s’ajoutent des cas de violences physiques et psychologiques, notamment dans les cadres domestique et intrafamilial. Les conflits relatifs au paiement des pensions alimentaires et à la garde des enfants figurent également parmi les motifs de dénonciation. Les personnes mises en cause sont, dans plusieurs cas, les conjoints ou les beaux-frères. À ces violences, s’ajoutent les formes de violences économiques et patrimoniales. Elles concernent notamment la confiscation des biens des femmes ou encore les tentatives de contrôle de leurs revenus, y compris dans le cadre professionnel.
Un indicateur de libération de la parole
Au-delà des statistiques brutes, les chiffres communiqués par l’Inf mettent donc en lumière une évolution importante : les victimes semblent davantage disposées à sortir du silence et à saisir les mécanismes institutionnels mis à leur disposition. Créé pour renforcer la lutte contre les discriminations et les violences faites aux femmes, l’Inf assure notamment l’accueil, l’écoute, l’orientation et l’accompagnement des victimes. Avec plus de 8 000 plaintes enregistrées depuis 2021 et plus d’un millier de décisions de justice rendues, l’enjeu est désormais de poursuivre le traitement des dossiers tout en renforçant les mécanismes de prévention et de protection. Car derrière chaque plainte se trouve une personne qui, selon les mots de la présidente de l’Inf, a fait le choix de « ne plus se taire ».
Gabin Goubiyi




















