Après les efforts engagés pour renforcer l’employabilité des jeunes, la question de l’orientation vers les métiers d’avenir se pose avec acuité. Dans une économie béninoise qui se transforme rapidement, les besoins des entreprises évoluent. Industrie, agroalimentaire, numérique, tourisme, énergie, logistique ou encore services. De nouveaux débouchés apparaissent, tandis que certains métiers traditionnels se réinventent. Pour les jeunes, le défi n’est donc plus seulement de décrocher un diplôme, mais de choisir des compétences capables de répondre aux besoins actuels et futurs du marché du travail.
Le développement de l’industrie constitue l’un des changements majeurs intervenus dans l’économie béninoise ces dernières années. Avec la montée en puissance de la Zone industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz), la transformation locale des matières premières et l’installation progressive d’unités de production, les besoins en ressources humaines évoluent. Cette dynamique ouvre des perspectives pour une jeunesse longtemps confrontée à un marché du travail dominé par les activités commerciales, agricoles et informelles. Dans les unités industrielles, les entreprises recherchent des opérateurs de production, des techniciens de maintenance, des électriciens, des mécaniciens, des spécialistes de la qualité, des logisticiens ou encore des professionnels capables de gérer les équipements modernes. Pour les jeunes, cette évolution représente une opportunité, mais elle exige également une adaptation des parcours de formation. L’entreprise industrielle ne recherche pas seulement un candidat disposant d’un diplôme. Elle attend un professionnel capable de respecter des procédures, de travailler en équipe, de comprendre les normes de sécurité et de qualité et de s’adapter aux contraintes de la production. Cette exigence renforce l’importance de la formation technique et professionnelle. Les métiers manuels, longtemps considérés comme moins prestigieux que les carrières administratives, retrouvent progressivement leur importance économique. Un technicien compétent peut aujourd’hui répondre à un besoin concret d’une entreprise et bénéficier d’une véritable possibilité d’évolution. L’agro-industrie constitue également un secteur à fort potentiel. Le défi pour le Bénin consiste de plus en plus à transformer localement ses productions agricoles afin de créer davantage de valeur et d’emplois sur place. Cette transformation nécessite des compétences dans la production, la conservation, le conditionnement, la transformation, le contrôle qualité, la commercialisation et la logistique. Elle offre donc une multitude de possibilités aux jeunes, y compris à ceux qui ne disposent pas d’un long parcours universitaire. L’agriculture elle-même change de visage. Le jeune agriculteur de demain devra davantage maîtriser les techniques modernes de production, les outils numériques, la gestion financière et les circuits de commercialisation. L’agriculture devient ainsi progressivement une activité entrepreneuriale nécessitant de nouvelles compétences. Le tourisme et l’hôtellerie offrent eux aussi des possibilités. Le développement de l’attractivité touristique du Bénin entraîne des besoins en restauration, hébergement, guidage, animation culturelle, événementiel, communication et gestion. Mais là encore, la qualité des ressources humaines sera déterminante. Le secteur touristique exige des professionnels bien formés, capables d’accueillir une clientèle internationale et de valoriser le patrimoine culturel et naturel du pays. À côté de ces secteurs traditionnels, la logistique prend également une importance croissante. La position du Bénin dans les échanges régionaux, le développement du Port de Cotonou, des infrastructures routières et des zones économiques créent des besoins en transport, entreposage, gestion des stocks, transit et chaîne d’approvisionnement. Cette diversité montre une réalité importante. Les opportunités professionnelles ne se trouvent plus uniquement dans les bureaux des administrations publiques. Elles sont également présentes dans les usines, les exploitations agricoles modernes, les entreprises de services, les hôtels, les plateformes logistiques et les entreprises numériques. Pour les jeunes, le premier changement consiste donc à élargir leur perception du marché du travail.
Numérique et intelligence artificielle, l’autre bataille des compétences
S’il existe un domaine qui transforme profondément les perspectives professionnelles, c’est bien le numérique. Au Bénin comme ailleurs, les entreprises utilisent de plus en plus les outils numériques pour communiquer, vendre, gérer leurs activités ou améliorer leur productivité. Cette transformation fait émerger de nouveaux métiers et modifie les compétences nécessaires dans les métiers existants. Développement web, cybersécurité, marketing digital, création de contenus, design graphique, analyse de données, gestion des réseaux sociaux, commerce électronique ou assistance virtuelle les possibilités sont nombreuses. L’un des avantages du numérique est également de permettre à certains jeunes Béninois de travailler pour des entreprises situées à l’étranger sans nécessairement quitter le pays. Le freelancing, le travail à distance et les prestations numériques internationales ouvrent ainsi un marché beaucoup plus large que le seul marché national. Mais cette opportunité suppose de maîtriser certaines compétences fondamentales en informatique, anglais, communication professionnelle, gestion de projet, respect des délais et capacité à travailler avec des clients internationaux.
L’Ia ne signifie pas uniquement la disparition de certains emplois. Elle transforme surtout la manière de travailler. Des tâches autrefois effectuées manuellement peuvent désormais être automatisées ou réalisées plus rapidement grâce à des outils intelligents. Dans le journalisme, le marketing, la communication, la comptabilité, la traduction, le service client ou encore la programmation, les professionnels sont déjà confrontés à cette évolution.
Pour la jeunesse béninoise, le défi consiste donc à apprendre à utiliser ces technologies plutôt qu’à les subir. Un jeune qui sait utiliser l’intelligence artificielle pour rechercher, analyser, produire, programmer ou automatiser certaines tâches peut améliorer sa productivité. Mais l’outil ne remplace pas nécessairement les compétences humaines. La capacité à vérifier une information, comprendre un contexte, prendre une décision, créer, négocier ou résoudre un problème demeure essentielle. Cela conduit à une nouvelle définition de l’employabilité. Demain, il ne suffira probablement plus de posséder une compétence technique précise. Il faudra être capable d’apprendre continuellement. Les entreprises auront besoin de travailleurs capables de s’adapter aux nouveaux logiciels, aux nouvelles machines et aux nouvelles méthodes de travail. Les formations devront donc intégrer davantage les compétences numériques et les compétences transversales. L’enseignement de l’anglais représente également un enjeu. Dans un environnement professionnel de plus en plus internationalisé, la maîtrise de cette langue peut permettre aux jeunes d’accéder à davantage d’opportunités, notamment dans les services numériques et les entreprises tournées vers l’extérieur. Le numérique peut ainsi devenir un formidable outil d’inclusion professionnelle, à condition que l’accès aux équipements, à Internet et à la formation soit suffisamment démocratisé. Il faudra également éviter une fracture entre les jeunes des grandes villes et ceux des zones rurales. L’avenir de l’emploi numérique ne doit pas être réservé à une minorité disposant déjà d’un ordinateur performant, d’une bonne connexion et d’une formation spécialisée. La démocratisation des compétences numériques doit donc accompagner la transformation économique du pays.
Du diplôme au savoir-faire, le nouveau profil du jeune employable
Dans ce nouvel environnement, la question du diplôme reste importante, mais elle ne suffit plus à elle seule. Les entreprises recherchent de plus en plus des profils capables de démontrer concrètement ce qu’ils savent faire. Un jeune qui possède un diplôme mais aucune expérience pratique peut être confronté à davantage de difficultés qu’un autre qui dispose d’une certification professionnelle, d’un portfolio, d’une expérience d’apprentissage ou de stages significatifs. Cette évolution doit conduire les jeunes à repenser leur parcours. Il devient important de multiplier les expériences à travers les stages, les formations courtes, les certifications, projets personnels, bénévolat, apprentissage, activités entrepreneuriales ou missions ponctuelles. Chaque expérience peut contribuer à construire un profil professionnel. Les établissements de formation ont également une responsabilité. Ils doivent rapprocher davantage les enseignements des réalités professionnelles. Les entreprises devraient être davantage associées à la définition des programmes, à l’organisation des stages et à l’évaluation des compétences. Le modèle du jeune qui termine ses études avant de commencer à chercher une première expérience professionnelle montre aujourd’hui ses limites.
La préparation à l’emploi doit commencer beaucoup plus tôt. L’orientation constitue à ce titre un enjeu majeur. De nombreux jeunes choisissent encore leur formation en fonction des représentations sociales, de la pression familiale ou du prestige supposé d’un métier. Pourtant, les secteurs qui recrutent ne sont pas toujours ceux qui bénéficient du plus grand engouement. Il est donc nécessaire de mieux informer les jeunes sur les besoins réels de l’économie. L’autre enjeu concerne l’entrepreneuriat. Face à la difficulté d’accéder immédiatement à un emploi salarié, certains jeunes se tournent vers la création d’activités. Cette dynamique mérite d’être encouragée, mais elle doit être accompagnée. L’entrepreneur débutant ne doit pas être considéré uniquement comme un bénéficiaire d’un financement. Il a besoin d’un accompagnement dans la gestion, la comptabilité, la fiscalité, le marketing, la recherche de clients et la digitalisation de son activité. L’objectif doit être de faire passer progressivement les jeunes entrepreneurs d’une logique de survie à une logique de croissance. Le secteur informel demeure par ailleurs un acteur majeur de l’emploi. Il constitue une porte d’entrée professionnelle pour de nombreux jeunes, mais offre souvent des conditions de travail et une protection limitées. La professionnalisation progressive de ces activités pourrait permettre d’améliorer les revenus et la stabilité des travailleurs. La question de l’employabilité des jeunes femmes doit également rester au centre des préoccupations. L’accès aux formations techniques, aux métiers industriels, au numérique, au financement et aux postes de responsabilité doit être davantage encouragé. Au-delà des politiques publiques, une évolution des mentalités est nécessaire. La réussite professionnelle ne doit plus être associée exclusivement à la fonction publique ou aux professions dites prestigieuses. Un pays en transformation a besoin de toutes les compétences. Il a besoin d’ingénieurs, mais aussi de techniciens. De développeurs, mais aussi d’électriciens. D’entrepreneurs, mais aussi de professionnels qualifiés dans l’agriculture, la restauration, la maintenance, la logistique et l’artisanat. Le véritable défi est donc de construire une jeunesse capable de répondre à cette diversité de besoins. Les progrès réalisés dans les politiques d’employabilité constituent une base importante. Mais la prochaine étape devra consister à renforcer encore le lien entre formation, entreprise et création d’emplois.
Le Bénin dispose d’une jeunesse nombreuse et dynamique. Cette jeunesse peut devenir l’un des principaux moteurs de la transformation économique du pays, à condition de disposer des bonnes compétences et d’un environnement favorable. La bataille de l’emploi ne sera donc pas gagnée uniquement par le nombre de formations dispensées. Elle le sera lorsque chaque jeune pourra identifier une compétence recherchée, accéder à une formation de qualité, acquérir une première expérience et transformer progressivement ce savoir-faire en un emploi ou en une activité économique durable. Le véritable enjeu des prochaines années sera ainsi de passer d’une jeunesse en quête d’emploi à une génération de compétences capables de créer, produire et innover.
Sergino Lokossou

















