Qualité de l’organisation, sacre du duo Wadagni-Talata, taux de participation, félicitations de Paul Hounkpè, projection sur la gouvernance Wadagni… Au lendemain de la proclamation des résultats par la Commission électorale nationale autonome (Cena), le député à l’Assemblée nationale, Didier Maixent Djeigo, livre ses impressions sur les grandes tendances du scrutin présidentiel du dimanche dernier. Le parlementaire, membre de la Direction exécutive nationale (Den) du parti Union progressiste le Renouveau, félicite l’institution électorale, met en exergue une mobilisation collective inédite autour du candidat Romuald Wadagni et exprime sa conviction que ce dernier sera à la hauteur des attentes du peuple béninois.
Journaliste : La Commission électorale nationale autonome (Cena) a procédé le lundi 13 avril 2026 à la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle du dimanche dernier. D’après les grandes tendances, le duo Wadagni-Talata s’est adjugé 94,05% des suffrages exprimés, réalisant ainsi un K.o retentissant. Que vous inspire ce verdict ?
Didier Maixent Djeigo : Il faut, de prime abord, féliciter la Cena pour la parfaite organisation de cette élection, comparée aux législatives et communales de janvier dernier. Je salue également, la diligence qui a permis la livraison des résultats provisoires dès le lundi, soit seulement 24 heures après le scrutin. Et à propos des grandes tendances, comme vous l’avez dit, le tandem Wadagni-Talata vient en tête avec plus de 94% des suffrages. Et le président de la Cena a précisé que ce résultat découle d’un dépouillement fait à plus de 90% ; ce qui nous fait croire qu’il sera, assurément, confirmé par la Cour constitutionnelle et que, par conséquent, Romuald Wadagni et Mariam Chabi Talata seront, respectivement, le prochain président et la prochaine vice-présidente de la République. En ce qui me concerne, je ne peux que me réjouir, dès lors que le ministre d’Etat était mon candidat et que nous avons mené campagne derrière lui. Nous avons fait de la mobilisation populaire pour que nos électeurs et les Béninois, en général, lui accordent leurs suffrages. C’est bien ce qui a été fait et qui lui a permis de réaliser ce score qui le plébiscite. Romuald Wadagni est donc bel et bien le successeur de Patrice Talon.
Le challenger de Romuald Wadagni, en l’occurrence, Paul Hounkpè qui est crédité de 5% des voix, n’a pas attendu la proclamation des résultats provisoires par la Cena pour adresser ses félicitations au candidat de la mouvance. Comment appréciez-vous cette démarche pour le moins inattendue ?
Je l’apprécie à deux niveaux. Primo, il s’agit d’une réaction citoyenne. Paul Hounkpè a dû envoyer des représentants dans tous les postes de vote. Ayant reçu les rapports de ces derniers, il a probablement, réalisé que la tendance n’était pas en sa faveur et qu’elle était irréversible. Il a donc agi en connaissance de cause, considérant que le plus tôt serait le mieux de décrisper l’atmosphère politique. Secundo, par ce geste démocratique, le candidat de la Fcbe révèle un talent politique véritable, se positionnant comme celui qui a fait le juste combat et reconnait sa défaite. Comme le dit l’adage, « combattre, c’est aussi accepter de perdre », et Paul Hounkpè a accepté de perdre dès qu’il a eu la preuve de ce que son challenger, son adversaire a gagné.
Dans le cadre de ce scrutin, l’enjeu principal était le taux de participation, sachant que seulement 36% des Béninois étaient sortis lors des législatives et communales couplées de janvier dernier. A l’arrivée, conformément aux chiffres de la Cena, près de 60% de nos concitoyens ont accompli leur devoir civique. Qu’est-ce qui justifie, selon vous, ce retournement spectaculaire de situation ?
C’est un avantage pour nous tous que le président de la république élu l’ait été par cette majorité des Béninois. La loi permet que le chef de l’Etat soit élu, même par une minorité, par un taux de participation faible. Cependant, c’est clairement mieux que sa victoire soit légitimée par un fort taux de participation. Le président élu a besoin d’un taux de participation élevé pour rehausser son image, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays. Alors, pourquoi les Béninois sont-ils sortis plus nombreux qu’à l’occasion du double scrutin du 11 janvier ? Un certain nombre d’éléments peuvent être avancés. Le premier, c’est la différence entre les élections. Il s’agit cette fois-ci d’une élection présidentielle et non d’une élection de proximité comme les communales, par exemple. En conséquence, l’adversité entre les partis politiques et les candidats se trouve, inévitablement amoindrie. Le deuxième élément important est que le duo Wadagni-Talata a été porté par le plus grand parti politique du Bénin, l’Union progressiste le Renouveau et son président, Monsieur Joseph Djogbénou, que je salue au passage. La deuxième formation politique du pays, en l’occurrence, le Bloc Républicain, a, également, porté cette candidature. Je n’occulte pas l’apport des autres partis comme Moele-Benin. Il faut en déduire que c’est tout ou la majorité du personnel politique national qui a porté cette candidature. Tous les partis représentés à l’Assemblée nationale et à la tête de nos communes ont porté cette candidature. Derrière chaque élu, il y a un électorat. C’est ce qui justifie le fait que cette fois-ci, en symbiose et de manière unie, les Béninois sont sortis nombreux.
Un troisième élément que je voudrais ajouter, c’est que malgré les clivages politiques qu’on leur connaissait, les anciens leaders politiques ont, à l’unisson, soutenu Romuald Wadagni. Je vous rappelle qu’Adrien Houngbédji l’a soutenu ; au Nord, Ousmane Batoko l’a adoubé. L’ancien président Nicéphore Dieudonné Soglo, par deux ou trois fois, l’a accompagné, notamment à la présentation de son projet de société et lors de ses meetings à Abomey et à Cotonou, malgré le poids de l’âge, Dans le Mono-Couffo, n’en parlons plus. Bruno Amoussou, figure emblématique, l’a accompagné sur plusieurs rencontres politiques. Le Président Nago aussi, ancien président du parlement, était à ses côtés. Le Président Vlavonou a fait campagne pour lui ; le président de l’Assemblée nationale Joseph Djogbénou, des fois seul, faisait campagne pour lui, Abdoulaye Bio Tchané, pareil. Et au-delà de tout ce beau monde, le président de la République, Patrice Talon, l’a porté comme son candidat. Le fait est suffisamment rare pour être souligné. Il y a longtemps qu’un tel rassemblement, une telle volonté collective de porter un homme au pouvoir a été observée au Bénin.
Je voudrais ajouter à cela, et c’est aussi à mettre à l’actif du candidat et de sa colistière, les nombreux mouvements de soutien, la qualité même de la campagne électorale, la mobilisation des citoyens, la technique de campagne, la manière de faire les meetings … ont rendu cette campagne comme il le souhaitait lui-même, très active et aussi festive.
La ville historique de Ouidah dont vous êtes natif et leader politique majeur fait partie de celles-là qui ont porté haut et fort le tandem victorieux de la présidentielle de dimanche. Un commentaire ?
Oui bien sûr. C’est nécessaire. En effet, Ouidah s’est engagée totalement à soutenir le candidat et vous avez dû remarquer que lors des deux meetings qu’il nous a faits l’honneur de tenir sur le territoire de la commune, notamment, à Ouidah centre au fort français et à Pahou, il y avait une grande affluence humaine. Cependant, notre satisfaction n’est pas grande. Ouidah a eu les taux de participation les plus élevés au plan national, mais aussi les plus faibles, d’un arrondissement à l’autre. Nos arrondissements ruraux et lacustres (Djègbadji, Gakpé, Houakpé Daho et Savi) ont fait des scores très élevés allant de 91 à 65% Dans Ouidah centre, le premier arrondissement a fait plus de 61%. Ces chiffres montrent qu’il y a eu de la mobilisation et un vote populaire dans 5 arrondissements sur les 10 que compte la commune. Néanmoins, par rapport au score national, nous n’avons pas été performants à l’échelle de la Commune en raison, notamment, du faible engouement observé dans le très grand arrondissement de Pahou, qui a près de la moitié du poids électoral de la commune et qui a obtenu 19% de taux de participation.
Sous réserve de la confirmation des résultats provisoires par la Cour constitutionnelle, croyez-vous que le président Romuald Wadagni, qui a été pendant dix ans ministre de l’Economie et des finances de Patrice Talon et fait actuellement ses premières armes sur la scène politique, sera à la hauteur des promesses qu’il a faites au peuple béninois à travers son projet de société ?
Vous faites bien de le souligner. Il revient à la Cour constitutionnelle de déclarer Romuald Wadagni président de la République et Mariam Chabi Talata vice-présidente. C’est une prérogative de la Cour, bien que nous sachions que les tendances nous orientent vers cette confirmation. Quand on parle de Romuald Wadagni, on parle d’un homme qui a été ministre de l’Economie et des Finances pendant les 10 ans du président Patrice Talon dont 5 ans de ministre d’Etat avec un élargissement de ses responsabilités aux portefeuilles du plan et de la coopération. Vous pouvez alors constater qu’il a une visibilité et une capacité d’action assez larges pour être considéré comme l’un des piliers centraux de l’action gouvernementale sous le président Patrice Talon. C’est l’argentier national comme lui-même l’a dit et je ne reviens pas sur la capacité de mobilisation de ressources dont il a fait preuve, de 2016 à nos jours. Dans son projet de société, il révèle d’autres facettes de sa personne, avec en prime, une excellente connaissance de la vie socio-économique et de la vie culturelle des Béninois. C’est sur ces volets cruciaux qu’il est particulièrement attendu. Vous savez, pendant dix ans, avec le président Patrice Talon, nous avons opéré des réformes majeures des fois difficiles, dans le sens du renforcement du tissu économique afin de mettre le pays sur les rails du développement économique
Romuald Wadagni va poursuivre ce développement en l’orientant davantage vers le social et la personne humaine, un développement qui répond aux préoccupations profondes dans le secteur social. Je voudrais vous rappeler qu’il a promis accompagner les paysans, à mieux gérer leur patrimoine, notamment, à se préparer une retraite paisible. Il a prévu accompagner les artistes à bénéficier, si possible, d’un salaire. Sur le plan de la santé, il a promis rendre systématique la prise en charge des patients aux urgences, indépendamment du règlement des frais d’hospitalisation. Il dit, par ailleurs, qu’il va éradiquer l’extrême pauvreté, considérant que la croissance économique doit profiter à tous les Béninois. C’est assez précis, assez technique et clair pour être évaluable. On peut se rassurer que Romuald Wadagni sera un bon président à l’instar de Patrice Talon.
Pour mettre un point final à cet entretien, en tant que député à l’Assemblée nationale, comment entrevoyez-vous les rapports du président Romuald Wadagni avec le parlement ?
Je suis député à l’Assemblée nationale et je fais partie de la majorité parlementaire. Sous la présidence du professeur Djogbénou, président de l’institution, mon parti avec son groupe parlementaire présidé par Aké Natondé, sera aux côtés du président de la République. Qu’il vous souvienne, c’est ce parti et le Bloc Républicain, entre autres, qui ont décidé de présenter sa candidature, initiative ayant reçu l’onction du Chef de l’Etat. Vous comprenez que tant que les intérêts des Béninois seront pris en compte, tant que les règles du jeu démocratiques seront respectées et les procédures de gestion suivies, le député que je suis et j’en suis persuadé, notre groupe parlementaire seront disposés à accompagner le président de la République et lui donner les moyens de réussir sa politique, de continuer l’œuvre de développement du Bénin à travers le vote de budgets, à travers l’adoption de lois décisives, et à travers aussi le contrôle de l’action gouvernementale, un contrôle qui l’accompagne et lui permet de s’améliorer au fur et à mesure que sa gouvernance avance. Nous venons d’adopter la vision Bénin Alafia 2060. Il est évident qu’il aura un environnement juridique et législatif à mettre en place pour la concrétisation de cette projection et de toutes les promesses faites par le candidat, qu’il devra structurer en plan d’actions.
Interview réalisée par la Rédaction




















