À l’Université d’Abomey-Calavi, la plus grande du Bénin, des milliers d’étudiants naviguent chaque jour entre des amphithéâtres saturés et des conditions de vie qui ressemblent souvent à une épreuve d’endurance. La cité universitaire ne peut accueillir qu’une infime fraction des inscrits. Le restaurant universitaire fonctionne en deçà de ses capacités. Les transports publics vers le campus sont insuffisants, contraignant des étudiants à parcourir de longues distances à pied ou à s’endetter pour prendre des zémidjans. Depuis des années, les organisations estudiantines alertent. Depuis des années, la réponse tarde.
Le premier conseil des ministres du président Romuald Wadagni a décidé de prendre le dossier à bras-le-corps. Un comité interministériel a été institué pour relancer et améliorer les œuvres sociales universitaires : transport, logement, restauration. Son rapport est attendu au prochain conseil des ministres.
Un système à bout de souffle
Les œuvres sociales universitaires ne sont pas nées d’hier. Elles ont une histoire, des structures, des personnels. Mais elles ont été progressivement sous-financées, mal entretenues, parfois captées par des intérêts qui n’étaient pas ceux des étudiants. Résultat : un écart béant entre ce que le système est censé offrir et ce qu’il offre réellement.
Le logement en cité universitaire est devenu un privilège rare, attribué selon des critères opaques, convoité au point de faire l’objet de trafics. La restauration universitaire, quand elle fonctionne, propose des repas à des prix accessibles, mais dans des conditions d’hygiène et de capacité d’accueil insuffisantes. Le transport, enfin, est largement laissé à la charge des étudiants eux-mêmes, ce qui pèse lourdement sur des budgets déjà tendus. « Je viens de Parakou. J’ai une bourse de 25 000 francs par mois. Mon loyer à Calavi coûte 15 000 francs. Il me reste 10 000 francs pour manger, me déplacer, acheter mes polycopiés. Faites le calcul », dit Rodrigue, étudiant en deuxième année de droit.
Un comité, mais surtout un signal
La création d’un comité peut sembler une réponse bureaucratique à un problème urgent. Mais elle dit autre chose, si on l’interprète dans son contexte : le gouvernement reconnaît que les œuvres sociales universitaires sont un problème sérieux, qu’il ne peut pas être résolu par un décret lapidaire, et qu’il mérite une analyse sérieuse avant toute décision.
Le fait que le rapport soit attendu dès le prochain conseil des ministres indique également une volonté de ne pas laisser le dossier s’enliser dans les méandres d’une commission sans calendrier. C’est une pression institutionnelle sur les membres du comité, un signal que l’urgence est prise au sérieux. « Ce qui compte, c’est ce qui sortira du rapport. Si c’est des recommandations vagues, on aura perdu du temps. Si c’est un plan concret, avec des financements identifiés et des délais précis, alors oui, on peut espérer », analyse Carine, présidente d’une association étudiante à l’Université d’Abomey-Calavi.
Ce que les étudiants attendent réellement
Les besoins sont connus. Ils ont été documentés, débattus, présentés à toutes les administrations successives. Ce n’est pas un problème de diagnostic. C’est un problème de volonté et de moyens. Les étudiants attendent d’abord un accès élargi aux logements universitaires, avec des procédures d’attribution transparentes et fondées sur des critères sociaux objectifs. Ils attendent une restauration digne, avec au moins un repas chaud par jour à un prix subventionné. Ils attendent des liaisons de transport régulières entre les cités et les campus, pour ne plus être à la merci des aléas de la route ou des fluctuations du prix des carburants.
Au-delà des infrastructures, c’est une philosophie qui est en jeu. Un étudiant qui passe ses journées à se battre pour survivre ne peut pas étudier dans de bonnes conditions. L’excellence académique n’est pas compatible avec la précarité structurelle. Un État qui veut une université performante doit créer les conditions matérielles de cette performance.
Rodrigue, lui, regarde l’annonce avec une prudence teintée d’espoir. « Chaque gouvernement dit qu’il va s’en occuper. Mais peut-être que cette fois, avec ce comité et ce délai court pour rendre le rapport, quelque chose bougera vraiment. On verra au prochain conseil. C’est là que ça se jouera. »
Omer Aniouvi (Coll)
















