Les changements climatiques, bien qu’ils puissent être naturels, sont en majorité les conséquences directes d’activités humaines polluantes dont l’utilisation de combustibles tels que le charbon et le gaz…. Dans le monde, ces phénomènes météorologiques extrêmes provoquant des catastrophes naturelles dont les inondations et les vagues de chaleur, ont un fort impact négatif sur les populations dont les plus vulnérables, les enfants.
D’après une étude relative aux impacts climatiques sur la survie et la santé des enfants en Afrique, ces derniers seront les grandes victimes. Selon l’Indice des risques climatiques pour les enfants Irce publié en 2023, un milliard d’enfants dans le monde vivent dans des pays classés à très haut risque en raison des effets des changements climatiques. Chaque année, 1,7 million d’enfants de moins de cinq ans meurent à cause de dommages environnementaux. L’indice de vulnérabilité des enfants est de 8,1 dans un rapport de l’Unicef. A en croire Davy Yamonmi, Médecin, cela s’explique par le métabolisme immature et le système immunitaire en développement plus sensible aux maladies. Le Bénin fait partie des 33 pays à haut risque dans lesquels les effets climatiques peuvent affecter les enfants sur les plans sanitaire, éducatif, alimentaire. Leur vulnérabilité a été appréciée dans cinq communes dont Parakou, Kandi, Dangbo, Athiémé et So-Ava. Sur le volet éducatif, les enfants sont confrontés aux difficultés d’accès aux infrastructures scolaires lors des inondations, au trouble dans le déroulement du calendrier scolaire, au manque de routes praticables et sécurisées, à la faible concentration dans les classes à cause de la chaleur extrême.
L’éducation face au chaos climatique, une urgence muette
Au dire de Gérard Totongnon, président de l’Ong « Citoyens volontaires », les inondations, la sécheresse et l’insécurité alimentaire perturbent l’accès à l’éducation, à la santé et au logement décent. Les enfants sont parfois contraints d’abandonner l’école pour aider leurs familles à faire face aux pertes économiques. Selon Crédo Gansou, spécialiste des questions climatiques et de protection des enfants, lors des événements climatiques extrêmes, plusieurs écoles des départements de l’Ouémé, du Mono, du Couffo et du Littoral sont endommagées. « En 2022 et 2023, des familles se sont déplacées pour éviter les inondations, or un enfant qui bouge avec sa famille perd ses amis. Il lui faut du temps pour se connecter à sa nouvelle vie et cela agit sur ses résultats scolaires», a expliqué le chercheur. Selon des chiffres publiés par des Ong, à Athiémé, 80 % des enfants ont abandonné l’école contre 90 % à So-Ava et dans l’Ouémé à cause du débordement des eaux en période de crue. Pour la rentrée scolaire 2022-2023, à Athiémé dix-sept écoles sont restées fermées en raison des inondations. «A Dédékpoè, les écoles de Ahoho et autres sont inaccessibles. A Adohoun, les écoles de Sèvotinnou, de Toguido, deAguidahoué et de Adamè sont infréquentables. A Atchannou, c’est le comble», avait confié le maire Saturnin K. Dansou. Par ailleurs, à Zangnanado, sur les 69 écoles de la commune, seize ont différé la rentrée pour la même cause. Les données de l’Unicef en 2022 affichent plus de 150 établissements scolaires temporairement fermés suite aux inondations dans l’Ouémé et l’Alibori. Cela a directement impacté environ 18000 enfants qui ont laissé l’école pendant plusieurs semaines. A Gla dans l’arrondissement de Gangban, commune d’Adjohoun, les enfants sont victimes de l’inondation. «En période de crue, nous sommes obligés de nous déplacer dans d’autres localités. L’année passée, je n’ai pas fini la rentrée scolaire dans mon école, mes parents m’ont envoyé à Dangbo», a confié Paul-Vincent Affah, une victime de huit ans. En dehors de l’éducation très perturbée, le déficit alimentaire expose les enfants aux risques de malnutrition et aux maladies hydriques et diarrhéiques (choléra, E. coli) via l’eau contaminée.
Une action concertée pour une lutte climatique efficace
L’engagement des États a été récemment renforcé avec l’Observation générale n°26 du Comité des droits de l’enfant publiée en 2023. Elle oblige les pays à protéger les enfants contre les conséquences climatiques y compris les catastrophes naturelles, etc. L’Observation précise aussi que les États doivent, non seulement, prévenir les dommages environnementaux affectant les enfants à travers la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’adoption des politiques climatiques ambitieuses, mais aussi impliquer activement les enfants dans les processus de décision en matière d’environnement et de climat. Au Bénin, le ministre du Cadre de vie et des transports, José Tonato, a signé en 2023 la Déclaration des enfants pour l’action climatique à l’issue de la participation des jeunes à la Cop 27. Elle engage le pays à prendre en compte les droits des enfants victimes des effets climatiques et à assurer leur participation dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques de lutte. « Nous devons intensifier les efforts visant à respecter, promouvoir et prendre en compte les droits de l’enfant dans la mise en œuvre de l’Accord de Paris à tous les niveaux », a souligné Pépin Aïna, ex-Directeur général de l’environnement et du climat. Pour joindre l’acte à la parole, les initiatives comme le Camp régional du climat ou le Dialogue national sur le climat au cours desquels des enfants expriment leurs préoccupations et suggestions se multiplient. Les activistes mènent des actions pour attirer l’attention des autorités et partenaires sur l’urgence de prendre des mesures. « Nous œuvrons pour que les acteurs prennent des dispositions urgentes pour protéger les enfants », a expliqué Steve Badjagou, Activiste de la protection des droits des enfants. En outre, le Programme des Nations-Unies pour le Développement intervient en appui-conseils stratégique aux côtés du gouvernement et l’accès au financement. L’Unicef, quant à elle, milite pour la prise en compte de la situation des enfants dans les politiques climatiques et investit également dans la lutte contre certaines maladies dont le choléra et le paludisme à travers la mise à disposition des médicaments et la distribution de moustiquaires.
Entre efforts concrets et défis colossaux
Au Bénin, malgré que le gouvernement soit engagé dans la lutte contre les changements climatiques à travers l’élaboration de documents essentiels et le renforcement de l’arsenal juridique dont la loi n°2018-18 du 06 août 2018 contre les changements climatiques ainsi que leurs effets et conséquences négatives, le Plan national d’adaptation aux changements climatiques et un cadre institutionnel élargi avec la création du Fonds national pour l’environnement et le climat (Fnec) et la Direction générale de l’environnement et du climat (Dgec), des difficultés persistent toujours. Au niveau institutionnel, la question spécifique de l’enfance est moins abordée. Il n’existe pas des données désagrégées relatives aux impacts climatiques sur les enfants. « Les statistiques sur le nombre de déplacés et les conséquences sociales des changements climatiques sont quasi absentes dans les champs prédominants de la recherche académique et des politiques publiques», a déploré Crédo Gansou. Les enfants sont considérés comme des victimes passives, or ils font partie intégrante des générations futures qui représentent l’objet de la notion du développement durable. « Les enfants sont souvent vus comme de simples bénéficiaires, alors qu’ils sont concernés, car représentant la couche la plus vulnérable », a dénoncé Gérard Totongnon. Dans le secteur éducatif, le gap est lié aux infrastructures scolaires. Dans la plupart des écoles, les bâtiments ne sont ni résilients, ni adaptés aux situations climatiques extrêmes, ce qui accroît les vulnérabilités. Selon le médecin Davy Yamonmi, il faut sur le plan médical, une sensibilisation sur les gestes d’urgence en cas d’inondation, la vaccination renforcée contre les maladies émergentes et le dépistage précoce des troubles mentaux post-catastrophes. « Pour limiter les risques climatiques, il faut établir des plans d’urgence pédiatriques adaptés aux catastrophes, former des professionnels sur les pathologies liées au climat», a-t-il ajouté. De grands challenges nécessitant l’implication des enfants.
Les enfants engagés, des maillons essentiels pour un changement
Premières victimes des effets climatiques, les enfants sont des acteurs dont les voix doivent compter dans les projets locaux d’adaptation, car ils ont une compréhension des réalités des communautés. « Il faut des politiques qui impliquent les enfants eux-mêmes à protéger leur environnement comme des jeux ludiques», a souhaité Steve Badjagou, Par le biais de programmes éducatifs, des structures non gouvernementales sensibilisent déjà les enfants sur les causes et conséquences des changements climatiques, tout en les initiant aux pratiques de protection de l’environnement. Par exemple, l’Ong « Sustainable Development » grâce au projet « Ecol’ecolo » éduque les enfants de l’Alibori et de l’Atacora afin qu’ils deviennent des acteurs de changement à travers l’action climatique. Des experts proposent le renforcement des systèmes éducatifs, l’inclusion des initiatives spécifiques au profit des enfants. « En parlant d’éducation aux droits et à l’environnement, on évoque une approche qui combine la prise de conscience écologique et la connaissance des droits fondamentaux, en particulier ceux des communautés les plus vulnérables », a indiqué Crédo Gansou. Quant à Gérard Totongnon, il exhorte à investir dans l’éducation climatique dès le primaire, afin de former une génération engagée et surtout porteuse de solutions innovantes. La lutte contre les effets des changements climatiques doit prendre en compte toutes les couches de la socitété, politiques et décideurs à divers niveaux.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)

















