Du 21 au 29 juillet 2026, le Bénin a placé la conservation des mangroves au cœur d’une vaste campagne de sensibilisation et d’action. De Sô-Ava à Togbin-Adounko, en passant par Ouidah et Abomey-Calavi, autorités, experts, communautés et jeunes se sont mobilisés pour mieux faire connaître ces écosystèmes essentiels et accélérer leur restauration face aux pressions humaines et aux changements climatiques.
Les mangroves occupent une place particulière dans les paysages côtiers et lacustres du Bénin. À la rencontre de l’eau douce et de l’eau salée, ces formations végétales constituent des écosystèmes d’une grande richesse, mais aussi particulièrement fragiles. Elles abritent une diversité d’espèces animales et végétales, contribuent à la stabilisation des berges et jouent un rôle important dans la protection des populations contre les effets des changements climatiques. Au-delà de leur valeur écologique, les mangroves représentent également une ressource pour de nombreuses communautés. Pêche, transformation des produits halieutiques, activités artisanales et écotourisme participent à l’économie locale. Leur dégradation ne constitue donc pas seulement une menace pour la biodiversité. Elle peut aussi fragiliser les moyens de subsistance des populations qui dépendent directement ou indirectement des zones humides. C’est tout l’enjeu de la célébration de la Journée internationale pour la conservation des écosystèmes de mangroves. Pendant neuf jours, du 21 au 29 juillet 2026, le Bénin a choisi de faire de la sensibilisation un levier d’action, en associant les communautés locales aux initiatives de conservation.
De la sensibilisation à l’action, rapprocher les populations des mangroves
La première bataille pour la sauvegarde des mangroves est celle de la connaissance. Difficile, en effet, de protéger durablement un écosystème lorsque les populations qui vivent à proximité ne mesurent pas pleinement son importance. La programmation de cette édition de la journée internationale pour la conservation des écosystèmes de mangroves (Jicem) s’est ainsi voulue pédagogique et participative. Le 21 juillet, les émissions radiophoniques de sensibilisation et les quiz ont permis d’aborder les enjeux liés à la conservation des mangroves tout en favorisant la participation du grand public. La radio, particulièrement présente dans les habitudes d’information des populations, constitue un outil efficace pour porter les messages environnementaux jusque dans les communautés riveraines. La même journée, un débat télévisé a réuni experts, autorités et représentants des communautés autour des défis liés à la préservation des mangroves. Cette confrontation des regards permet de dépasser le seul discours écologique pour mettre en lumière les réalités vécues sur le terrain : pression humaine, besoins économiques, exploitation des ressources naturelles, changements climatiques, mais également initiatives communautaires et possibilités de restauration. La jeunesse n’a pas été oubliée. Des élèves ambassadeurs ont été conduits à la découverte des richesses des mangroves à travers des visites éducatives. Une démarche importante lorsqu’on sait que la conservation des écosystèmes se construit aussi sur le long terme. Sensibiliser les jeunes, c’est leur permettre de comprendre que les arbres, les cours d’eau, les zones humides et la biodiversité ne sont pas seulement des éléments du paysage, mais des composantes essentielles de leur propre avenir. Les 23 et 24 juillet, le public a été invité à découvrir gratuitement les paysages de mangroves de Togbin-Adounko. Ces visites écotouristiques ont permis de rapprocher les populations de ces milieux naturels, tout en présentant les sites de restauration et les initiatives locales de conservation. L’écotourisme peut justement constituer un instrument intéressant de valorisation des mangroves. En donnant une valeur économique à la découverte et à la connaissance des paysages naturels, il peut contribuer à créer une motivation supplémentaire pour leur protection, à condition que les activités soient organisées dans le respect de la capacité de résilience des écosystèmes. Le 25 juillet, la sensibilisation a laissé place à l’action avec une marche verte suivie d’une grande opération de plantation de palétuviers à Togbin-Adounko. Le geste est symbolique, mais également concret. Restaurer une mangrove dégradée ne consiste pas simplement à planter des arbres. Cela suppose de comprendre le fonctionnement de l’écosystème, de choisir les espèces adaptées, de restaurer les conditions hydrologiques nécessaires et d’assurer le suivi des plants. La plantation constitue donc une première étape. La véritable réussite se mesure dans la capacité des jeunes plants à survivre et à reconstituer progressivement un habitat fonctionnel pour la faune et la flore. Le 26 juillet, un webinaire consacré aux zones humides, aux savoirs traditionnels et à la résilience des communautés a permis d’élargir la réflexion. Car les populations riveraines disposent elles aussi de connaissances précieuses sur les cycles de l’eau, les espèces, les saisons et les pratiques adaptées à leur environnement. La conservation ne peut être durable si elle est conçue uniquement depuis les bureaux. Elle doit intégrer les réalités des communautés et valoriser les connaissances locales. Les 27 et 28 juillet, les visites écotouristiques se sont poursuivies dans les paysages de mangroves de la lagune côtière de Ouidah. Une manière de montrer que ces espaces naturels peuvent devenir de véritables lieux d’apprentissage, de découverte et de sensibilisation.
Restaurer les mangroves pour renforcer la résilience des communautés
La conservation des mangroves apparaît aujourd’hui comme une nécessité environnementale, mais également comme un enjeu de développement. Ces écosystèmes jouent plusieurs rôles essentiels dans les territoires où ils sont présents. Leur végétation contribue notamment à retenir les sédiments et à stabiliser les zones côtières et les berges. Les racines des palétuviers forment par ailleurs des habitats favorables à de nombreuses espèces. Les mangroves constituent ainsi des zones de reproduction, de refuge et d’alimentation pour une partie de la faune aquatique. Elles participent également à la régulation des équilibres hydrologiques et contribuent à l’atténuation de certains effets des phénomènes climatiques extrêmes. Leur disparition peut donc accentuer la vulnérabilité des territoires exposés aux inondations, à l’érosion et à la montée du niveau de la mer. À cela s’ajoute leur capacité à stocker du carbone. Les mangroves sont ainsi considérées comme des écosystèmes particulièrement importants dans les stratégies d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques. Les protéger revient donc aussi à préserver un patrimoine naturel capable de contribuer aux réponses apportées à la crise climatique. Mais cette fonction écologique ne doit pas faire oublier la dimension humaine. À Sô-Ava, à Togbin-Adounko, dans les zones humides d’Abomey-Calavi ou encore dans les paysages lagunaires de Ouidah, les communautés vivent au contact de ces milieux. La pêche et les activités liées aux ressources aquatiques constituent notamment des sources de revenus pour de nombreux ménages. La disparition progressive des mangroves peut alors avoir des conséquences en cascade, réduction des habitats aquatiques, diminution de certaines ressources, dégradation des berges et fragilisation des activités économiques locales. La réponse doit donc être globale. Il ne suffit pas de restaurer les espaces dégradés. Il faut également réduire les facteurs de dégradation, renforcer la surveillance, améliorer les pratiques et associer durablement les populations à la gestion des ressources. La caravane nautique verte organisée le 29 juillet à Sô-Ava illustre cette volonté de faire de la conservation une affaire collective. En mettant l’accent sur la proximité avec les communautés et sur la découverte des paysages, cette activité donne une dimension populaire à la campagne. La cérémonie officielle de la Jicem, prévue autour d’une foire consacrée aux produits dérivés de la mangrove, des animations culturelles et une remise de matériel, vient compléter cette mobilisation. Elle rappelle que les mangroves ne sont pas uniquement des espaces à protéger contre les populations. Elles sont aussi des ressources autour desquelles peuvent se développer des activités économiques compatibles avec leur conservation. Cette approche est essentielle. La protection de l’environnement ne peut durablement réussir si elle est perçue comme une contrainte imposée aux populations. Elle doit au contraire être associée à des perspectives économiques et sociales.
La valorisation des produits issus des écosystèmes de mangrove, lorsqu’elle respecte les principes de durabilité, peut contribuer à créer des revenus tout en encourageant les communautés à préserver leur environnement. L’écotourisme responsable, la transformation locale et certaines activités génératrices de revenus peuvent également participer à cette dynamique. Mais la vigilance reste de mise. La valorisation économique ne doit pas devenir une nouvelle source de pression sur les écosystèmes. Le défi consiste à trouver un équilibre entre exploitation raisonnée des ressources et maintien des fonctions écologiques de la mangrove.
Une responsabilité collective
La célébration de la Jicem au Bénin aura ainsi permis de rappeler une évidence, la conservation des mangroves ne peut être l’affaire d’un seul acteur. Elle nécessite l’implication des pouvoirs publics, des collectivités, des organisations environnementales, des chercheurs, des établissements scolaires, du secteur privé et surtout des communautés riveraines. Les neuf jours de mobilisation constituent un temps fort. Mais leur impact dépendra de la capacité à inscrire les actions engagées dans la durée. Les plants mis en terre doivent être suivis. Les sites restaurés doivent être protégés. Les populations sensibilisées doivent être accompagnées. Les jeunes mobilisés doivent pouvoir devenir, à leur tour, des ambassadeurs de la conservation. De Sô-Ava à Togbin-Adounko, en passant par Ouidah et Abomey-Calavi, la mangrove rappelle ainsi que la protection de la nature est intimement liée à celle des populations. Préserver ces écosystèmes, c’est protéger la biodiversité, renforcer la résilience climatique, soutenir les économies locales et transmettre aux générations futures un patrimoine naturel irremplaçable. Le message porté durant cette édition de la Journée internationale pour la conservation des écosystèmes de mangroves tient finalement en une formule simple, protéger les mangroves aujourd’hui, c’est investir dans la sécurité écologique et économique de demain. Pour le Bénin, l’enjeu est désormais de transformer les neuf jours de mobilisation en une dynamique permanente de restauration, de surveillance et de valorisation durable. Car sauver les mangroves ne se résume pas à planter des palétuviers. C’est faire le choix d’un modèle où l’homme et les écosystèmes peuvent continuer à prospérer ensemble.
Sergino Lokossou
















