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Accueil Société

Mangroves au Bénin : Renforcer la résilience climatique des écosystèmes

La Rédaction par La Rédaction
31 août 2026
dans Société
Durée de lecture : 7 mins de lecture
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Mangroves au Bénin : Renforcer la résilience climatique des écosystèmes

Au Bénin, la disparition des mangroves menace la santé humaine

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Dans le sud du Bénin, les mangroves sont au cœur d’un nouveau projet destiné à renforcer la résilience des écosystèmes et des populations qui en dépendent. Mis en œuvre par le ministère du Cadre de vie et des transports en charge du développement durable, avec l’appui de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (Fao) et un financement du Fonds pour l’environnement mondial (Fem), le projet entend agir à la fois sur la conservation des ressources naturelles, l’adaptation des communautés et la gestion durable des paysages de mangrove.

Les mangroves occupent une place stratégique dans les écosystèmes côtiers du Bénin. Elles constituent à la fois des espaces de biodiversité, des zones de protection des côtes et des sources de revenus pour de nombreuses communautés agricoles, forestières et halieutiques. Mais ces écosystèmes sont soumis à une pression croissante, liée notamment aux effets du changement climatique et aux activités humaines. C’est dans ce contexte que le gouvernement béninois a obtenu l’appui de la Fao pour la mise en œuvre du projet intitulé « Renforcer la résilience des systèmes humains et naturels au changement climatique à travers la conservation et l’utilisation durable des écosystèmes de mangrove dans le sud du Bénin ». Le projet a démarré le 1er mars 2023 et doit s’achever le 29 février 2028. L’initiative est financée par le Fonds pour l’environnement mondial à hauteur de 7 155 936 dollars américains, avec un cofinancement de 62 864 797 dollars de la Fao. Elle vise principalement les écosystèmes de mangrove des sites Ramsar 1017 et 1018, qui couvrent une large partie des zones humides du sud du pays.

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Des écosystèmes essentiels mais fortement menacés

Au sud du Bénin, les mangroves jouent un rôle majeur dans la protection des zones côtières, notamment face à la montée du niveau de la mer et à l’augmentation des risques climatiques. Elles constituent également des habitats importants pour de nombreuses espèces et participent au maintien de plusieurs services écosystémiques. Pourtant, ces espaces naturels sont fragilisés par différentes formes de pression. La déforestation destinée notamment à l’approvisionnement en bois de chauffe, l’empiètement agricole, l’érosion des berges des cours d’eau et l’urbanisation figurent parmi les principales menaces identifiées. Ces pressions ne sont pas sans conséquences. La dégradation des mangroves affecte la biodiversité et réduit progressivement les services qu’elles rendent aux populations. Les fonctions de provision, de régulation, culturelles et de soutien associées à ces écosystèmes peuvent ainsi être compromises. Le constat est d’autant plus préoccupant que, malgré les différentes initiatives engagées par les pouvoirs publics et les organisations non gouvernementales en faveur de la protection et de la gestion durable des mangroves, la dégradation des zones restantes se poursuit. Le problème est donc à la fois environnemental et socioéconomique. Les populations vivant dans ou autour des paysages de mangrove dépendent de ces espaces pour différentes activités. La préservation de l’écosystème doit ainsi aller de pair avec l’amélioration de la capacité des communautés à faire face aux changements climatiques et à diversifier leurs moyens de subsistance. Le projet part de ce principe. Son objectif général est d’accroître la résilience des écosystèmes de mangrove et des communautés agricoles, forestières et halieutiques qui en dépendent, tout en contribuant à la conservation de la biodiversité et des services écosystémiques. Cette approche entend donc dépasser une simple logique de restauration des espaces dégradés. Elle cherche à agir simultanément sur les écosystèmes et sur les populations, considérées comme des acteurs indispensables de la conservation.

Neuf communes au cœur de l’intervention

Le projet couvre deux zones humides d’importance internationale désignées comme sites Ramsar. Les sites 1017 et 1018 couvrent le littoral béninois sur une superficie totale de 1 177 049 hectares, soit 10,2 % de la superficie du pays. Ils couvrent notamment la totalité des départements de l’Atlantique, de l’Ouémé et du Mono, ainsi qu’une partie du Couffo et du Zou. Les deux sites englobent l’ensemble des écosystèmes de mangrove du Bénin. Au sein de cet espace, neuf communes présentant des écosystèmes de mangrove ont été retenues comme zones d’intervention. Il s’agit de Grand-Popo, Comè, Ouidah et Bopa pour le site Ramsar 1017, puis de Kpomassè, Abomey-Calavi, Sô-Ava, Aguégués et Sèmè-Kpodji pour le site Ramsar 1018. Le choix de ces neuf communes repose principalement sur la présence de mangroves. Le projet privilégie toutefois une approche globale du paysage. L’objectif est notamment de favoriser une meilleure connectivité entre les différentes zones de mangrove présentes sur le littoral béninois. Cette approche prend en compte les réalités démographiques des territoires concernés. Les neuf communes ciblées comptaient une population totale de 1 507 756 habitants sur la base du recensement de 2015. Abomey-Calavi regroupait à elle seule 44 % de cette population, suivie de Sèmè-Kpodji avec 15 % et de Ouidah avec 10 %. La pression démographique constitue dès lors un élément important dans la problématique de conservation. Les communes les plus densément peuplées sont Abomey-Calavi, avec 1 218 habitants au kilomètre carré, Sèmè-Kpodji avec 891 habitants au kilomètre carré, Sô-Ava avec 544 habitants au kilomètre carré et Ouidah avec 445 habitants au kilomètre carré. Ces densités sont nettement supérieures à la moyenne nationale indiquée et estimée à 87 habitants au kilomètre carré. La question de la préservation des mangroves se pose donc dans des territoires où les besoins des populations augmentent et où les espaces naturels sont soumis à une pression grandissante. Le projet devra ainsi trouver un équilibre entre conservation, développement des activités économiques locales et adaptation au changement climatique. Les neuf communes sont par ailleurs réparties en trois zones d’intervention selon leurs caractéristiques géographiques et hydrographiques. Le premier ensemble correspond au sentier côtier, qui comprend les mangroves de Grand-Popo, Ouidah et Abomey-Calavi. Le deuxième est associé au système hydrologique du lac Ahémé et regroupe Bopa, Kpomassè et Comè. Le troisième concerne la lagune de Porto-Novo et le fleuve Ouémé, avec Aguégués, Sô-Ava et Sèmè-Kpodji.

Agir sur les écosystèmes et sur les moyens de subsistance

Le projet repose sur trois grandes composantes. La première concerne l’augmentation de la capacité d’adaptation des systèmes naturels. Il s’agit donc de renforcer la capacité des écosystèmes de mangrove à résister aux effets du changement climatique et aux différentes pressions qui les affectent. La deuxième composante porte sur l’augmentation de la capacité d’adaptation des systèmes humains à travers la diversification et le développement des moyens de subsistance. Cette dimension est déterminante puisque la pression exercée sur les ressources naturelles est souvent liée aux besoins économiques des populations. La troisième composante vise à créer un environnement favorable à la gestion durable des écosystèmes de mangrove dans un contexte de changement climatique. Cette architecture traduit une volonté de considérer la conservation comme une démarche intégrée. La protection des mangroves ne peut en effet être durable si elle ne tient pas compte des conditions de vie des populations qui utilisent ces espaces et leurs ressources. Le projet identifie plusieurs obstacles à une gestion durable des paysages de mangrove. Il relève notamment l’insuffisance des connaissances sur ces écosystèmes et sur leur valeur, une sensibilisation encore insuffisante, ainsi que la participation limitée des communautés locales à la prise de décision. Il souligne également la nécessité de renforcer les pratiques favorables à la résilience climatique et à la biodiversité et de disposer davantage de connaissances factuelles sur les bonnes pratiques développées au Bénin et ailleurs. La mobilisation des communautés locales apparaît ainsi comme l’un des enjeux majeurs. La gestion durable des mangroves nécessite non seulement des décisions institutionnelles, mais également l’adhésion et l’implication des populations directement concernées. Il faut dire que le gouvernement béninois entend, à travers ce projet, renforcer l’impact des interventions déjà réalisées, donner davantage de visibilité aux actions engagées et contribuer à la réduction de la déforestation, de la dégradation des terres et de la perte de biodiversité. L’appui de la Fao doit permettre d’accroître la résilience des mangroves et des communautés agricoles, forestières et halieutiques qui en dépendent. Les données disponibles et consulté par Le Matinal, montrent par ailleurs une évolution des superficies de mangrove dans les deux sites Ramsar entre 2010 et 2020. Pour le site Ramsar 1017, la superficie totale indiquée passe de 1 039 hectares en 2010 à 1 060,1 hectares en 2020. Dans le site Ramsar 1018, elle passe de 139,6 hectares à 243,2 hectares sur la même période. Il y a également un total de 1 178,6 hectares en 2010 et de 1 303,3 hectares en 2020 dans les communes ciblées. Ces chiffres doivent toutefois être replacés dans le contexte global de fragilisation des écosystèmes décrit par le projet. Ils ne dispensent donc pas d’une vigilance accrue quant à la conservation et à la régénération des mangroves. Au-delà de la restauration écologique, l’ambition affichée est de contribuer à deux résultats nationaux. Le premier est la consolidation de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans un contexte de changement climatique et le deuxième est l’amélioration de la gestion durable des ressources naturelles et forestières. La mise en œuvre du projet est assurée par une unité de gestion comprenant un Coordonnateur national de projet, un responsable administratif et financier, trois assistants de terrain pour les pôles de mangroves, un expert en planification, suivi et évaluation, un spécialiste en communication et un spécialiste en genre et inclusion sociale. À terme, l’enjeu sera donc de transformer les ambitions du projet en résultats durables sur le terrain. La conservation des mangroves ne se résume pas à protéger quelques espaces végétalisés. Elle suppose de préserver des équilibres écologiques, de réduire les pressions humaines, de renforcer les connaissances et surtout d’associer les populations aux décisions qui concernent leur environnement. Avec une échéance fixée à février 2028, le projet dispose de plusieurs années pour faire émerger cette dynamique. Dans un contexte où le sud du Bénin est confronté à la pression démographique, à l’urbanisation et aux effets du changement climatique, la sauvegarde des mangroves apparaît comme un enjeu à la fois environnemental, économique et social. Le pari est donc clair,  faire de la conservation et de l’utilisation durable des mangroves un levier de résilience pour les écosystèmes comme pour les populations. La réussite dépendra de la capacité des différents acteurs à inscrire les actions dans la durée et à faire de la gestion durable des zones humides une responsabilité partagée.

Sergino Lokossou

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