L’observateur de la vie politique nationale Michel Alokpo fait le tour d’horizon de l’actualité au Bénin. De l’appel à la réunification de l’opposition à la rencontre entre le président de la République, Patrice Talon et le président du parti « Les démocrates », le pasteur n’a pas eu la langue de bois. A propos de la rencontre tenue au palais de La Marina, l’homme de Dieu souhaite que Talon et Yayi puissent trouver un terrain d’entente pour que règne la paix au Bénin et que se déroulent sans anicroche, les élections générales de 2026. Lire ses propos recueillis par la rédaction de « Le Matinal » le lundi 27 novembre 2023.
Le Matinal : Le président du parti « Les démocrates » veut fédérer les forces politiques de l’opposition en vue des joutes électorales de 2026. Que vous inspire une telle initiative ?
Michel Alokpo : Je pense que c’est le sens d’humilité du président Yayi Boni que je dois d’abord reconnaitre. Les ennemis d’hier qui l’ont combattu et qui ont perdu face à lui aux dernières élections législatives, qu’il leur tende la main pour former une coalition, c’est une initiative louable. Quand on est dans l’opposition, on le demeure et on a une conviction d’être opposant. Je pense que la démarche du président Yayi Boni est une démarche qui va renforcer l’opposition, les différentes parties de l’opposition et va les propulser vers 2026. Si cette coalition de l’opposition réussissait à se mettre en place, 2026 va annoncer de beaux jours pour l’opposition principalement pour la Fcbe, qui fut un parti de la mouvance hier devenu parti de l’opposition aujourd’hui. La main tendue du président Yayi Boni doit être saisie. Au Libéria, George Weah a cédé son fauteuil à son adversaire à l’issue de la Présidentielle. Ceux qui s’opposent à cette main tendue, n’ont rien compris. Si la Fcbe et les autres partis ne veulent par disparaître de la scène politique, il faut qu’ils acceptent la main tendue du président Yayi Boni. C’est vrai que la mise ensemble va poser de problème au niveau du parti « Les démocrates » qui vient d’organiser son congrès et de mettre sur pied son bureau, mais je pense que rien n’est impossible si on a la volonté. Nous avons encore le temps pour apprécier cela.
Pourquoi faites-vous une fixation sur la Fcbe qui n’est pas la seule formation politique de l’opposition concernée par l’initiative du président Yayi ?
La Fcbe est le seul parti de l’opposition qui a pu avoir des élus au niveau communal. Quand on prend les résultats des dernières élections communales, le parti est en avance sur les autres formations politiques de l’opposition. Si la Fcbe prend la main tendue du président Yayi Boni, les autres partis politiques vont suivre.
Une coalition Fcbe – Les démocrates est-elle possible si on se réfère au passé récent entre les acteurs ?
En politique, on n’est pas des ennemis mais des adversaires. La force de frappe du parti « Les démocrates » aujourd’hui est une porte d’entrée pour la Fcbe afin de faire asseoir un parti d’opposition fort.
Pourquoi pensez-vous que c’est la Fcbe qui doit se mettre ensemble avec Les démocrates et non le contraire ?
La Fcbe est en train de mourir, elle est en agonie. La Fcbe était le parti de Yayi Boni. Il en était le président d’honneur. Les liens qui existaient entre Yayi Boni et les militants de la Fcbe demeurent. La vision du président du parti d’opposition Les démocrates aujourd’hui doit se concilier. C’est ensemble qu’on gagne. Ensemble, on est plus fort. Il faut que les membres de la Fcbe voient le parti qui peut les propulser en tant qu’individus et acteurs politiques dans leurs milieux.
Que pensez-vous de la rencontre entre président de la République, Patrice Talon, et le président du parti « Les démocrates » ?
L’initiative est louable. Le représentant résident de la Cedeao s’est entretenu récemment avec le président Yayi Boni suite à la lettre que l’ancien président de la République a adressée aux organisations internationales. Les griefs formulés dans la lettre sont justifiés à mon avis. Je pense qu’il y a eu beaucoup de failles dans l’organisation des dernières élections dans notre pays. La Liste électorale informatisée (Lei) était contestée. Même les gens de la mouvance en étaient victimes. Beaucoup n’avaient pas retrouvé leur nom alors que le gestionnaire-mandataire de l’Anip disait que la Léi était la meilleure des listes électorales au Bénin. Le chef de l’Etat est à son dernier mandat constitutionnel. Il évolue vers la fin. Il est obligé de combiner avec l’opposition pour éviter le pire. En tant que religieux, mon grand souhait est Talon et Yayi puissent trouver un terrain d’entente pour le bon déroulement des élections générales de 2026 et que la paix revienne dans notre pays, le Bénin.
Il n’y a pas de liste électorale sans critiques de l’opposition au monde !
L’opposition a demandé un audit du fichier électoral avant les élections. La société civile a exigé également l’audit qui n’a pas été fait. Je crois qu’il va falloir auditer ce fichier électoral surtout que la nomination du Rwandais à la tête de l’Anip fait grand bruit. C’est heureux de d’apprendre que le chef de l’Etat ait accepté d’auditer la liste électorale. En dehors de ces griefs, au niveau de la représentation de l’opposition au sein de certaines institutions telle la Céna, il y a mal donne. Au niveau de cette institution chargée d’organiser les élections, c’est le représentant de la Fcbe qui siège toujours alors qu’aux dernières Législatives, la Fcbe n’a pas pu lever un seul député.
Que prévoient les textes dans ce cas ?
Il faut qu’on aille à une négociation. C’est ce que Yayi Boni a demandé pour revoir les positionnements dans les institutions. Pour la crédibilité des institutions, il faut que l’opposition y soit représentée. Le dialogue peut amener le chef de l’Etat à céder à la demande du parti « Les démocrates ».
Vous voulez que le pouvoir donne les moyens à ses adversaires pour l’abattre ?
C’est le prix à payer pour le renforcement de la démocratie.
Mais les textes ne le précisent pas expressément !
Il faut modifier les lois électorales s’il le faut. Le dialogue peut amener la mouvance à céder à la demande de l’opposition.
Propos recueillis par Serge Adanlao



















