Les nouvelles dispositions introduites dans le Code électoral vont sensiblement reconfigurer le paysage politique et corriger l’animation de la vie politique au Bénin. A la lecture de certaines de ces dispositions, il est clair que le requiem des partis liés à des régions ou à des individus a été prononcé.
En dépit de la réforme du système partisan, l’univers politique béninois était toujours gangréné par certains vices et tares. A l’épreuve de sa mise en œuvre, il est apparu que la réforme était à parfaire sur certains plans. En effet, même si elle n’est pas aussi prononcée comme par le passé, certains cadors de la classe politique continuent d’asseoir une certaine hégémonie sur le parti. Or, il est un secret de polichinelle que la personnalisation des partis politiques est un obstacle majeur à l’expression démocratique au sein d’une formation politique. Le président du parti est considéré comme une personnalité emblématique, un gourou qui donne les grandes orientations du parti et dicte sa volonté, parfois, au mépris de la volonté de la majorité et des textes du parti. Il exerce son autorité sans que les militants aient la possibilité de le recadrer, craignant les représailles et les déboires lors des positionnements pour les élections qui se font, la plupart du temps, selon la seule volonté et l’humeur du chef d’orchestre. La fin de cette triste réalité qui est souvent source d’injustice et de frustrations au sein des partis politiques, a été sonnée à l’avènement de la réforme du système partisan. A cela, se greffe, la régionalisation des partis politiques. En effet, en raison de la forte présence de personnalités issues de certaines régions du pays, des formations politiques ont assis une certaine influence dans des régions du pays. Ce qui laisse à dire que tel ou tel parti politique est de telle région. Le phénomène des fiefs dans lesquels les partis ont installé leur assise et ancrage, corrobore heureusement ou malheureusement cette thèse. Il n’est pas rare d’entendre dire que tel parti politique est du Nord, tel autre du Sud. Certains éléments de langage que tiennent des acteurs politiques ont tendance à légitimer une certaine partition du pays, en faisant croire que certains partis sont du Nord et d’autres du Sud. Le phénomène est d’autant plus grave qu’on entend souvent dire qu’« Il faut que le pouvoir aille au Nord » ou qu’il « soit durablement maintenu au Sud » tout comme si le Nord et le Sud ne sont pas une seule et même entité.
Des partis forts
La modification du Code électoral actée à plus de 70% des députés consacre la volonté manifeste de l’Assemblée nationale de donner un contenu réel au renforcement des partis politiques au Bénin et, par conséquent, de promouvoir le développement équilibré du Bénin ainsi que l’unité nationale. En ramenant le seuil de suffrages requis pour prétendre à l’attribution de sièges à 20% et en faisant obligation au candidat à l’élection présidentielle d’être porté par au moins 15% du collège des parrains provenant de 3/5ème des circonscriptions électorales législatives soit, par excès, 15 circonscriptions sur les 24 que compte le pays, le nouveau Code électoral met résolument fin à la paresse et au fainéantisme politique. Ces nouvelles dispositions confortent le principe du maillage national du parti. Ainsi, les partis dépasseront le seul cadre des régions puisque contraints de recueillir des suffrages sur toute l’étendue du territoire, dans toutes les régions du pays au risque d’être éliminés. Du coup, les partis sont ramenés au centre du jeu. Exit donc l’ère des partis régionaux ou encore ceux liés à des individus.
Gabin Goubiyi


















