Bohicon, dans la salle de conférence de la Mairie, les chaises sont disposées en cercle. Autour, des producteurs agricoles, des responsables locaux et des techniciens de la météo se sont réunis. L’air est chargé d’humidité. Depuis quelques jours, des pluies inhabituelles tombent sur plusieurs localités du pays, surprenant les habitants en pleine saison sèche.
Les précipitations précoces qu’enregistrent ces derniers jours les zones sud et centre du Bénin annoncent une saison « piège » selon un agent de développement rural. Pour Théophile Raphaël Assogba, agent de l’ex-Carder à la retraite, ces précipitations ne sont pas forcément une bénédiction. « Nous courons actuellement ce que nous pouvons appeler une saison piège. L’harmattan, qui est un grand déterminant pour la régularité de la pluviométrie, n’a pratiquement pas eu lieu cette année », analyse-t-il, entouré de jeunes cultivateurs attentifs. Il met en garde : « La pluie peut nous surprendre comme elle peut s’arrêter brusquement. Les producteurs doivent rester vigilants, préparer les champs, défricher, mais attendre le bon moment pour semer. » Aux services de la Météo-Bénin, le ton est plus optimiste. Didier Kakpa, Directeur général de l’Agence nationale de la météorologie, évoque la campagne de vulgarisation des prévisions saisonnières. « Pour la campagne agricole de 2026, dans le sud du pays, la pluie va démarrer un peu plus tôt que prévu », annonce-t-il devant une salle attentive. A en croire ses détails, la zone sud observe un démarrage précoce, des pauses pluviométriques courtes, mais une fin de saison plus rapide que d’habitude, avant fin juillet. Au centre par contre le retard de pluie est attendu, notamment dans les Collines, de Dassa-Zoumè à Bantè avec une quantité de pluie supérieure à la moyenne, avec risque d’inondations dans certaines zones. « C’est une bonne nouvelle pour les producteurs, mais aussi un avertissement pour les zones inondables », insiste le Dg/Météo-Bénin. Il appelle les autorités à anticiper en apprêtant les sites de relogement pour les sinistrés, les moustiquaires et médicaments pour prévenir les maladies liées aux eaux stagnantes.
Les conseils aux producteurs
Entre les avertissements de Théophile Raphaël Assogba, agent de l’ex-Carder à la retraite et les prévisions scientifiques, les producteurs doivent trouver leur équilibre. Ils doivent préparer les terrains dès maintenant, utiliser des semences adaptées, notamment résistantes à la sécheresse, pour faire face aux séquences sèches annoncées en fin de saison et se rapprocher des Atda et Ddaep pour obtenir les variétés adéquates et les intrants à temps. Dans la foule, un jeune cultivateur de Zogbodomey confie : « On a vu la pluie tomber en janvier, on a cru que la saison avait commencé. Mais les anciens nous ont dit d’attendre. Maintenant, avec ce que dit la météo, on sait qu’il faut être prêt, mais prudents. » Une productrice de maïs ajoute : « Les inondations nous inquiètent. L’an dernier, j’ai perdu une partie de ma récolte. Cette fois, je vais chercher des variétés plus résistantes. » Ce reportage révèle un contraste. D’un côté, l’expérience des anciens qui redoutent les « saisons pièges » ; de l’autre, la science qui annonce un démarrage précoce mais une fin abrégée. Entre prudence et opportunité, les producteurs béninois avancent avec vigilance, conscients que la pluie, si précieuse, peut aussi être capricieuse.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)















