Dans la ville des rois, le candidat à la présidentielle du 12 avril a pris un engagement culturel d’une portée rare : faire d’Abomey un nom que le monde entier apprend à prononcer. Tourisme, cinéma, valorisation du patrimoine – et derrière tout cela, une conviction : notre histoire nous appartient.
Il y a des villes où l’histoire ne se raconte pas : elle se respire. Abomey est de celles-là. Les palais royaux, classés au patrimoine mondial de l’Unesco, portent dans leurs murs de terre l’empreinte de douze rois du Danxomè, de siècles de puissance politique et militaire, de raffinement artistique et de résistance. Marcher dans les ruelles d’Abomey, c’est marcher sur quelque chose de profond. Et pourtant – le paradoxe est cruel – trop peu de visiteurs font ce chemin. Trop peu de Béninois eux-mêmes ont pleinement conscience de ce que leur pays possède ici. C’est dans ce contexte que les paroles de Romuald Wadagni, prononcées devant une foule dense jeudi 02 avril 2026 dans l’après-midi, ont pris une résonance particulière. Il ne venait pas avec une promesse vague sur le tourisme. Il venait avec une conviction qui s’est entendue comme telle : Abomey mérite une politique touristique à sa mesure. Une politique qui ne soit pas seulement une brochure et quelques panneaux. Mais une stratégie réelle, dotée de moyens réels, pour que cette ville devienne un nom que l’on connaisse à Dakar, à Paris, à Washington, à Tokyo. « Abomey n’est pas un musée poussiéreux. C’est une civilisation vivante. Et je veux que le monde entier le sache avant la fin de mon premier mandat. »
Le cinéma comme arme politique de la mémoire
Mais c’est sur le volet cinématographique que la prise de position a sans doute le plus surpris et séduit. Dans un Bénin où l’industrie du cinéma reste balbutiante, où les récits de notre histoire sont encore trop souvent racontés par des voix étrangères, Wadagni a posé une question simple : qui raconte notre histoire ? Et qui devrait le faire ? Sa réponse : il s’engagera, s’il est élu, à soutenir activement la production cinématographique béninoise, avec pour ambition centrale la valorisation du narratif historique national. Le Danxomè mérite ses propres films. Pas des fictions approximatives tournées ailleurs avec des figurants qui ne connaissent pas la danse zinli. Des productions portées par des réalisateurs béninois, des acteurs béninois, construites depuis l’intérieur d’une histoire que nous seuls pouvons vraiment raconter. L’idée n’est pas décorative. Elle s’inscrit dans une vision plus large de ce que la culture peut produire économiquement. Un film sur le Danxomè qui circule dans les festivals internationaux, c’est un ambassadeur permanent pour le tourisme à Abomey. C’est des retombées hôtelières, de l’artisanat vendu, des guides formés. La culture comme levier de développement et non plus comme supplément d’âme pour les discours officiels.
Les cadres locaux témoignent, la foule juge
Comme dans chaque étape de cette journée – de Agbangnizoun à Bohicon, de Covè à Kétou, jusqu’à Pobè -, Wadagni a appliqué sa méthode. Après sa prise de parole, il a laissé la place aux cadres locaux. Des hommes et des femmes du département, proches de sa démarche, qui ont raconté concrètement ce qu’ils font pour leurs populations avec son soutien. Ce choix n’est pas anodin. Il dit que le programme n’est pas construit dans les bureaux climatisés de Cotonou, mais depuis le terrain, depuis ceux qui connaissent les réalités de chaque quartier et de chaque commune.
Soglo à Bohicon : une voix qui compte
En fin de matinée à Bohicon, le président Nicéphore Soglo avait apporté le poids de son histoire personnelle à cette campagne. Présent dans le stade de Bohicon, comme pour signifier que cette présence n’était pas passive, il avait dit sans ambages : « Moi je suis certain de mon fils Romuald Wadagni, c’est un homme d’action et il fera le boulot. » Dans un pays où les mots des anciens ont encore du poids, cette phrase-là circulera. Elle circulera parce qu’elle vient de quelqu’un qui a lui-même porté les espoirs d’un Bénin en reconstruction et qui sait, par expérience propre, ce que gouverner réellement exige. Pour Abome, pour ses palais, ses bas-reliefs, ses porteurs de mémoire, la journée du jeudi a sonné comme une promesse de reconnaissance. Pas celle, froide et administrative, que les textes officiels accordent parfois sans y croire. La reconnaissance chaude d’un homme qui s’est assis dans les hameaux environnants avant de monter sur l’estrade, et qui sait donc de quoi il parle quand il dit qu’il veut rendre à cette ville la place qui lui revient dans le récit de l’humanité. « Notre histoire est l’une des plus belles et des plus intenses qui soient. Le seul crime que nous commettons, c’est de la laisser s’effacer. »
Abdourhamane Touré




















