Comme il est de coutume tous les cinq ans, la région d’Agonlin a vécu les 15 et 16 octobre 2022, le rituel propitiatoire communément appelé en langue locale fon ‘’Tokplôkplô’’ et »Azongnigni ». Une tradition pour purifier et conjurer les maladies et les mauvais sorts. Même si le modernisme tente d’enterrer les pratiques rituelles héritées de la tradition ancestrale, celle-ci continue d’être respectée et pratiquée à Agonlin.
Covè, Zagnanado et Ouinhi sont exemptées des épidémies et des évènements malheureux sur une période de cinq ans. C’est le moins qu’on puisse dire quand on sait que cette zone à forte densité Mahi a récemment subi les cérémonies propitiatoires dite ‘’Tokplôkplô’’. Conduit par le collège des Sangninon (devins) de la région, ce rituel a été institué par les aïeux pour s’occuper de leur état de santé et vivre dans l’harmonie, dans la paix et dans l’abondance. Comme ils n’avaient pas connu d’hôpitaux, cette cérémonie était leur moyen de lutte contre les maladies endémiques, celles d’origine occulte. Elle vise aussi, selon le Vénérable Dah Affossoko, haut dignitaire de culte traditionnel à Zagnanado, à apaiser les âmes de ceux qui sont morts par noyade ou par incendie et qui continuent de flâner sur la terre. Bien que des centres de santé et hôpitaux soient implantés partout, ce rite a toujours sa raison d’être. Et pour cause. «La médecine moderne ne s’occupe pas de toutes sortes de maladies. Elle n’arrive pas à traiter par exemple certaines épidémies et cas sociaux. Dans ce contexte, il faut forcément avoir recours aux connaissances traditionnelles», renseigne le Vénérable Dah Affossoko. Depuis lors, cette coutume se perpétue grâce à certains conservateurs de la tradition. « On continue d’entretenir l’héritage que nos grands-parents nous ont légué puisqu’il a été leur moyen de combat ici-bas. Si on abandonnait et que les colons nous lâchaient, qu’allons-nous faire ? La médecine conventionnelle, c’est pour les Blancs. Si après, ils partent avec leurs connaissances, que ferions-nous ? Qu’allons-nous utiliser ? Si on ne l’entretient pas, nos enfants vont en souffrir», ajoute-t-il.
Les étapes importantes du rituel
Plusieurs étapes marquent le rituel de ‘’Tokplôkplô’’ et de ‘’Azongnigni’’ qui s’organise chaque cinq ans. Au terme du cycle, détaille Dah Bokodaxo Kouhouéa, Dada Gbahounkponon de Covè, Dada Affossoko de Zagnanado et Founkpè de Ouinhi, tous de hauts dignitaires de vodoun, se retrouvent pour un conclave au cours duquel ils font le bilan de la saison écoulée et ouvrent la nouvelle par le choix de la date du prochain rituel propitiatoire. Une fois la date définie au moyen de l’oracle Fâ, ils informent les membres de leur cours, notamment les initiés qui sont souvent conviés à cette tâche très délicate. Ainsi, le compte à rebours est lancé pour l’achat et la recherche des ingrédients y afférents qui sont mis au couvent. Le jour de la cérémonie, précise Dah Bokodaxo Kouhouéa, les prêtres du Fâ, sous la coordination de Dada Affossoko, vont dans un premier temps au marché Kpédékpo pour le rituel de Axiwlawla. Ici, ils prennent un peu de tout ce qui est vendu dans le marché. Ensuite, par des procédés occultes dont seuls les initiés détiennent le secret, ils apprivoisent les maladies de cet environnement dans un sac de jute. Le lendemain, ils mettent le cap sur le marché Azogotchébou de Covè pour le même exercice. Ce n’est qu’après que les Sangninon se dirigent au palais du roi pour lui faire le point de cette première phase. A ce niveau, le Tolègba se met en transe, porteur du message des ancêtres. Il sollicite auprès de Dada Affossoko une permission pour se rendre lui aussi au marché. Pendant qu’il faisait ses trois tours au marché de Covè, une autre équipe s’occupait de la préparation de la décoction faite à base de la trituration des feuilles médicinales (Amakoussoukoussou). A son retour, la procession se met en place. La jarre contenant la tisane de purification se met devant. Suivront les Sangniga (les autels portatifs), les chiottes qui serviront à neutraliser les maladies puis les dignitaires suivant l’ordre de préséance dans le panthéon vodoun et Dada Affossoko ferme la marche. Sous l’escorte de la percussion du rythme ‘’Bogan’’, le cortège nocturne s’ébranle vers la source ‘’Wô’’ qui n’est rien d’autre que le fleuve Ouémé. Sur la rive du fleuve, ils jettent les maladies capturées dans des sacs de jute dans le cours d’eau qui, à son tour, les évacue très loin du village. Cette avant dernière étape dure toute la nuit à cause de sa délicatesse et sa complexité. A leur retour au petit matin, ils vont rendre compte aux ancêtres pour requérir leurs bénédictions et voir si tout le travail effectué est accepté. Pour boucler la boucle, ceux qui ont participé au rituel se dirigent vers la table sainte pour une communion fraternelle. Les représentants de chaque couvent apportent à cette table une bassine d’akassa accompagnée de la sauce. Et ce sera la fin. Les regards sont donc tournés vers 2027 pour une autre cérémonie propitiatoire.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)


















