Au Bénin, les réseaux sociaux constituent des cadres propices pour les publicités et les ventes des produits liés à la pharmacopée et aux produits cosmétiques. Privés d’espaces publicitaires dans les médias traditionnels, des tradipraticiens et les vendeuses de produits cosmétiques envahissent donc Facebook, WhatsApp et Tiktok à la recherche de clients pour leurs produits. Une équipe de la rédaction du journal ‘’Le Matinal’’ a interrogé quelques citoyens par rapport à cet état de chose.
Rodolphe de Souza, assistant de direction : « Je pense que c’est un vrai problème »

« Je pense que c’est un vrai problème. La Haac a interdit ces pratiques pour protéger la population parce que les remèdes qui sont vendus ne sont pas sans risques. Personne ne sait exactement ce qu’il y a dans ses potions. Pire encore, les effets secondaires ne sont pas connus. Il y a trop de risques et d’arnaques. Mais d’autre part, je comprends ces tradipraticiens qui utilisent les réseaux sociaux car, c’est là que se trouvent les clients aujourd’hui. Il ne faut cependant pas oublier que l’usage de ces différents produits peut également avoir des répercussions sur la santé des consommateurs. Je propose donc que ces guérisseurs avant de vendre leurs produits reçoivent une autorisation des autorités compétentes. Car qu’on le veuille ou non, les médicaments traditionnels font partie de notre culture ».
David Gnonlonfoun, citoyen : « La vente en ligne des médicaments traditionnels est une pratique plus ou moins dangereuse »

« Je pense que la vente en ligne des médicaments traditionnels est une pratique plus ou moins dangereuse. Il est parfois difficile de vérifier l’origine, la qualité, la composition, ou l’efficacité réelle des produits proposés. Certains produits peuvent faire des allégations thérapeutiques non fondées ou commercialiser des produits qui n’ont pas été contrôlés par les autorités compétentes. Cela peut avoir plusieurs conséquences surtout lorsque ce n’est pas contrôlée. Il s’agit des risques de santé publique liés à la consommation de ces produits aux origines douteuses. On peut aussi parler de l’automédication excessive, du retard de la prise en charge médicale. Au lieu de se concentrer sur la prise régulière des produits pharmaceutiques prescrits par le médecin, d’autres préfèrent les médicaments traditionnels à bas prix ».
Constant Zoclanclounon, citoyen : « L’achat en ligne de certains médicaments traditionnels présentent des risques »

« Oui, j’ai déjà eu recours à l’achat en ligne d’un médicament traditionnel. Il s’agissait d’un produit à base de plantes proposé sur une plateforme numérique, présenté comme un traitement, destiné à soulager des troubles digestifs. J’ai décidé de l’acheter dans l’espoir d’obtenir un soulagement rapide, compte tenu des informations et des témoignages qui accompagnaient la présentation du produit. J’ai privilégié l’achat en ligne en raison de la simplicité, du prix moins cher et de l’achat facile qui se fait. L’achat en ligne de certains médicaments traditionnels présentent quand même des risques. On peut parler de la qualité des produits dont on ne connait pas la source réelle et puis le produit peut couter la vie humaine. Mon produit de trouble digestif m’a rendu presque malade de plus, c’est-à-dire que cela a aggravé mon état de santé et c’est là que j’étais obligé d’aller consulter un médecin et malgré le prix j’ai pu payer les médicaments à la pharmacie ».
Annie Zountchegbe, commerçante : « Les autorités doivent prendre leurs responsabilités … »

« Selon moi, les tradipraticiens profitent de l’ignorance des populations car ces dernières n’ont pas toujours les moyens suffisants pour se soigner dans les centres de santé. Elles préfèrent donc prendre le risque d’acheter ces médicaments avec tous les risques qui vont avec. Avec l’accès aux réseaux sociaux de nos jours, les populations sont de plus en plus exposées à ces publicités. Dans des live Tiktok par exemple, des médicaments sont proposés pour soigner la faiblesse sexuelle. Le pire dans tout ça c’est que le dosage et la posologie de ces produits restent un mystère. De même, la prise de ces médicaments peut conduire à certaines maladies comme l’insuffisance rénale ; au lieu de régler des problèmes elles en créer d’autres. Les autorités à divers niveaux doivent prendre leurs responsabilités afin de sauver toutes ces vies qui sont en danger ».
Chams-Deen Sanoussi, médecin : « Certains vendeurs profitent de la naïveté des populations »

« Le principal problème n’est pas l’existence des remèdes traditionnels eux-mêmes, mais leur promotion anarchique et leur commercialisation sans preuve d’efficacité, sans contrôle de qualité et sans surveillance des effets secondaires. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène parce qu’ils permettent une diffusion rapide et massive ; des promesses thérapeutiques exagérées et l’exploitation de la vulnérabilité des malades. La prise de ces produits n’est évidemment pas sans répercussions. Beaucoup de patients abandonnent ou retardent un traitement médical efficace en croyant à des promesses de guérison rapide. La composition de ces remèdes souvent vendus en ligne étant inconnu, les populations s’exposent à des intoxications hépatiques, l’insuffisance rénale, l’interaction médicamenteuse et le surdosage. Face à tout ceci, je propose que les autorités judiciaires, la Haac, le Ministère de la Santé étendent la surveillance aux plateformes numériques. Il faut également sensibiliser la population sur les dangers liés à la consommation de ces produits et promouvoir la recherche sur la pharmacopée traditionnelle. En guise de conclusion, la solution, n’est pas d’opposer la médecine moderne et la pharmacopée traditionnelle, mais de créer un pont entre les deux ; car une grande partie de la pharmacologie repose effectivement sur des molécules d’origine végétale ».
Houénagnon Joël Akoakou, licencié en Agronomie : « La commercialisation des cosmétiques et des médicaments sur internet présente des avantages, mais aussi beaucoup de risques »

« À mon avis, la commercialisation des produits cosmétiques et des médicaments sur internet présente des avantages, mais aussi beaucoup de risques. Ces derniers temps, on voit de nombreuses personnes acheter des produits en ligne sans vérifier leur origine. Par exemple, certaines crèmes censées éclaircir la peau provoquent des brûlures ou des allergies, tandis que certains médicaments vendus sur les réseaux sociaux peuvent être contrefaits ou périmés. Internet facilite l’achat, mais la santé est très importante pour prendre des risques. Il est donc préférable d’acheter ces produits auprès des pharmacies, de magasins agréés ou de vendeurs reconnus par l’Etat afin d’éviter les mauvaises surprises ».
Lucien Souhin, professeur d’Eps au Ceg Danto: « Sur les réseaux sociaux, de nombreux vendeurs proposent des médicaments ou des produits cosmétiques falsifiés »

« S’agissant de la vente en ligne des produits pharmaceutiques en ligne, mon avis est partagé. Je suis à la fois pour et contre, selon les conditions dans lesquelles elle s’effectue. D’abord, elle offre un confort inégalé au consommateur qui peut, sans se déplacer, commander les produits dont il a besoin et se faire livrer à domicile. Ensuite, elle garantit une accessibilité permanente, même au milieu de la nuit, il est possible d’acquérir un médicament essentiel comme le paracétamol. Enfin, internet élargit considérablement l’offre. Le client a accès à une plus grande diversité de produits cosmétiques et pharmaceutiques que ce que proposent les boutiques locales. Cependant, je suis également contre, à cause des nombreux risques que cela comporte. Le premier risque concerne la qualité et la conversation des produits. Les médicaments et certains cosmétiques exigent des conditions de stockage strictes, notamment en matière de température. Or, on peut douter que la chaîne du froid soit toujours respectée lors de la livraison. Le deuxième risque, plus grave, est celui des contrefaçons et des produits périmés. Sur les réseaux sociaux, de nombreux vendeurs proposent des médicaments ou des cosmétiques falsifiés qui mettent directement en danger la santé du consommateur. Pour un produit pharmaceutique, une erreur de dosage ou un faux médicaments peut avoir des conséquences irréversibles ».
Réalisation :
Azaria Apovo (Stag)
Lucresse Kodjo (Stag)
Syntiche Akoakou (Stag)


















