Le coup de force militaire constitue un frein au processus démocratique qui se consolide en Afrique. En sus de mettre en péril la pleine expression des libertés individuelles et collectives, le coup d’Etat militaire compromet dangereusement le développement des Etats.
En l’espace de trois ans, pas moins de quatre coups d’Etat ont été perpétrés dans la sous-région ouest-africaine. Le dernier en date est celui du 26 juillet 2023 au Niger, où un conglomérat de militaires, sous la direction du général Abdourahamane Tchiani, un officier issu de l’armée de terre et patron de la garde présidentielle, a entrepris de prendre en otage, le président constitutionnellement élu, Mohamed Bazoum, au motif d’une pseudo « dégradation continue de la sécurité et la mauvaise gouvernance économique et sociale ». Dans le communiqué lu en soirée par le Colonel major Amadou Abdramane, les putschistes ont dissout les institutions de la République, fermé les frontières terrestres et aériennes et décrété un couvre-feu. Ce qui paraissait au départ comme une plaisanterie de mauvais goût, venait donc de se confirmer, en dépit de la pluie d’avertissements et de condamnations de la communauté internationale. Pour une énième fois, l’Afrique venait de démontrer à la face du monde qu’à l’école de la démocratie, elle reste et demeure un mauvais élève. Un système politique qui pourtant, sonne comme une passerelle pour les Etats africains, d’amorcer leur développement au lendemain des indépendances. L’instabilité politique consécutive à cette ère, a semblé faire place à un printemps de démocratie au début des années 1990 avec l’organisation dans différents pays, de conférences nationales. Mais c’est sans compter avec l’inconséquence de certains leaders qui, de concert avec l’armée, provoquent des bouleversements à la tête des Etats. Du coup, de nombreux pays africains ont été épinglés et mis au ban de la communauté internationale pour déficit démocratique né d’interminables crises politiques. En effet, la communauté internationale qui était originellement permissive sur la gestion politique des États, a fait désormais de la légitimité démocratique une condition de reconnaissance des gouvernements. De nombreuses crises d’ordre politique, social, économique et institutionnel ont abouti à des révolutions ou soulèvements populaires, à des rébellions et, pire encore, à des coups d’État militaires. Une actualité qui freine l’élan des pays et provoque une déstructuration de l’Etat. Les pays objets de coups d’Etat s’embourbent dès lors dans un cercle infernal de perpétuel réajustement d’un équilibre perpétuellement rompu.
La démocratie, un luxe pour l’Afrique ?
L’ancien président français Jacques Chirac ne croyait pas si bien dire quand il déclarait que « L’Afrique ne serait pas prête pour la démocratie ». Des propos teintés d’ironie certes et qui, à l’époque, ont choqué plus d’un africain sur deux. A la croisée des chemins, l’on est malheureusement tenté de donner raison à l’ancien président français et une posture objective devrait incliner à ce qu’on analyse les arguments qui militent en faveur de cette thèse et en faire une contre-analyse en démontrant que l’Afrique est déjà en marche vers la démocratie. Les contre-exemples foisonnent sur le continent. Les difficultés rencontrées par l’Afrique dans son processus de démocratisation sont en partie liées aux coups d’Etat qui malheureusement, ne donnent pas le temps à la démocratie « africaine » déjà fébrile à maints égards, de se perfectionner et de se consolider au fil des années et à l’aune des expériences. Et pourtant, de nombreux traités sont pris et ratifiés par plusieurs Etats pour asseoir une démocratie forte en Afrique à l’instar des grandes nations. Sur ce registre, on peut citer la Charte africaine de la démocratie et des élections, adoptée le 30 janvier 2007 à Addis-Abeba en Éthiopie, qui constitue la manifestation de la volonté des États africains d’ériger la démocratie en modèle de développement en s’engageant dans la promotion de la démocratie, du principe de l’État de droit et des droits de l’homme. Le Protocole de la Cédéao sur la démocratie et la bonne gouvernance (protocole additionnel aux protocoles sur la prévention des conflits armés) en son article 2 section 2 relative aux élections (chapitre 1) interdit la modification des Constitutions six mois avant les élections pour ne citer que ceux-là. Des textes fréquemment éprouvés par des ennemis de développement dépourvus de toute fibre civique et patriotique.
Gabin Goubiyi




















