L’Institut des artisans de justice et de paix (Iajp) a tenu, le jeudi 15 janvier 2026, sa première conférence mensuelle de l’année. Animée par le professeur Hilaire Akerekoro, agrégé de droit public et professeur titulaire des universités, la rencontre a porté sur le thème : « Les réformes constitutionnelles en Afrique : entre efficacité, stabilité et controverses ». La conférence a réuni le père directeur de l’Iajp, Eric Arnaud Aguénounon, des universitaires ainsi que des cadres de l’administration publique béninoise.
Dans son propos liminaire, le professeur Akerekoro a inscrit son analyse dans une perspective historique, rappelant une réflexion du professeur Maurice Ahanzo-Glélé, selon laquelle l’Afrique adopte, suspend, abroge puis renouvelle ses constitutions, traduisant une quête permanente de stabilité institutionnelle. Une observation qui, selon lui, demeure pleinement d’actualité au XXIème siècle. L’orateur a souligné que le droit constitutionnel africain repose sur deux piliers fondamentaux : la protection des droits et libertés des citoyens, et l’encadrement du pouvoir politique afin de prévenir le chaos institutionnel. C’est dans cette dynamique que s’inscrivent les réformes constitutionnelles, devenues un instrument courant d’adaptation des États africains aux mutations politiques, sociales et institutionnelles. Sur le plan conceptuel, Hilaire Akerekoro a opéré une distinction entre réforme constitutionnelle et changement constitutionnel. La réforme peut prendre deux formes : l’adoption d’une nouvelle constitution, entraînant l’avènement d’une nouvelle République, comme ce fut le cas au Togo en 2024 avec l’instauration de la Ve République ; ou la révision d’une constitution existante par des amendements, à l’image des réformes constitutionnelles intervenues au Bénin en 2019 et en 2025. Abordant les notions clés du thème, le conférencier a précisé que l’efficacité renvoie à la capacité d’une réforme à produire des résultats concrets avec des moyens limités, tandis que la stabilité se rapporte à la durabilité et à la résilience des institutions face aux crises. Quant aux controverses, elles traduisent les critiques, soupçons et résistances suscités par certaines réformes, notamment lorsqu’elles sont perçues comme opportunistes ou contraires aux principes démocratiques. Le professeur Akerekoro a ensuite présenté les principes directeurs devant encadrer toute réforme constitutionnelle, notamment le respect des principes intangibles tels que la forme républicaine de l’État, l’intégrité territoriale, la laïcité et la soumission du pouvoir militaire à l’autorité civile. Il a également évoqué les différentes modalités de réforme, allant de la consultation populaire par référendum à la révision parlementaire, en passant par l’adaptation aux exigences internationales. Sur le fond, les réformes constitutionnelles portent généralement sur l’organisation de l’État, les systèmes électoraux, la création ou la suppression d’institutions, ainsi que la protection des droits fondamentaux. À ce titre, il a rappelé que la réforme constitutionnelle de 2019 au Bénin a consacré l’abolition de la peine de mort.
Léonce Adjévi.

















