En ouvrant l’année judiciaire 2026-2027, le Procureur spécial Mario Metonou a fixé une ligne : rester intraitable face à la criminalité grave tout en remettant l’humain au centre de la procédure. Détention provisoire, individualisation des peines, réparation des victimes, réinsertion… les orientations sont posées. Les moyens de les appliquer dans les audiences restent à préciser.
L’année judiciaire 2026-2027 de la Cour de répression des infractions economiques et du terrorisme (Criet) s’est ouverte hier lundi 12 octobre à Cotonou. Le Procureur spécial Elonm Mario Mètonou a requis l’ouverture de l’année en fixant un objectif à la juridiction : refuser de choisir « entre le laxisme et la terreur ». Le premier serait selon lui une démission, la seconde une infamie. Entre les deux, il propose ce qu’il appelle une « troisième voie, noble et exigeante » : la proportionnalité. Le magistrat a ouvert son propos par une citation de Victor Hugo : « Si le culte de la justice n’est pas la première des vertus républicaines, c’est que la république n’est plus qu’un vain mot. » Il a ainsi rappelé que l’enjeu dépasse la seule activité de la cour.
Pas de relâchement sur la criminalité grave
L’humanisation annoncée ne signifie pas une moindre sévérité. Le procureur promet une ligne sans concession envers « ceux qui pillent la fortune publique ou pactisent avec la terreur ». La même fermeté s’appliquera aux prédateurs sexuels qui s’attaquent aux enfants. La lutte contre la grande corruption, la cybercriminalité et le terrorisme, présent selon lui aux frontières septentrionales du pays, reste donc la priorité de la juridiction. La CRIET a été créée en 2018 pour juger les infractions économiques et le terrorisme. Pour Mario Metonou, son efficacité est « l’ancre qui retient notre société face au chaos ».
La détention provisoire, premier test
Si un changement doit intervenir, il concernera d’abord la procédure. Le procureur l’a dit clairement : la détention provisoire doit « redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’exception ultime ». Cette orientation compte, car elle vient du ministère public, qui est partie à toutes les procédures. Le discours ne précise cependant ni le nombre de personnes actuellement en détention provisoire dans les dossiers de la Criet, ni les moyens envisagés pour réduire son usage. Aucun calendrier n’a non plus été fixé. Ce sera pourtant le point le plus facile à vérifier dans l’année. Deux autres principes complètent ce volet. Le premier est l’individualisation de la peine, que le procureur considère comme un devoir sacré. Le second est le respect des droits de la défense et de la présomption d’innocence, qu’il qualifie de « patrimoine de chaque citoyen honnête face à la puissance publique ».
Les victimes et l’après-condamnation
Le procureur veut aussi agir aux deux extrémités de la procédure pénale. D’un côté, les victimes : humaniser la justice, selon lui, c’est leur garantir une réparation plutôt qu’une vengeance. L’enjeu est d’autant plus concret que les plaintes déposées directement par les victimes augmentent fortement, d’après le procureur. Le total des saisines a atteint 3 849 l’an dernier, en hausse de 25,50 %. De l’autre, les condamnés. « Aucune sentence ne doit murer l’avenir », a affirmé le magistrat. Pour lui, juger consiste aussi à « recoudre le tissu social déchiré » et à punir « avec rigueur sans jamais éteindre la lueur de la réhabilitation ». Il cite l’arbre à palabres, dont la Criet devrait être « le digne héritier » : un lieu où l’on tranche, mais où l’on écoute aussi.
Une culture à changer, des questions sans réponse
Le dernier défi est le plus difficile à mesurer : il concerne l’état d’esprit des magistrats eux-mêmes. « Notre premier ennemi sur le chantier de l’humanisation de la justice, c’est l’indifférence », a déclaré Mario Metonou à ses collègues. Il les a invités à « lever les yeux de nos codes et de nos écrans ». Selon lui, l’autorité d’une décision ne dépend pas de la durée des peines prononcées. L’année qui commence dira si ces principes sont appliqués dans les salles d’audience. Un discours de rentrée fixe un cap plus qu’il n’annonce des mesures : aucune réforme précise, aucun calendrier et aucun objectif chiffré n’ont été présentés. Plusieurs questions restent ouvertes. Comment examiner chaque dossier de façon individuelle alors que les saisines augmentent ? Quels indicateurs permettront de mesurer la baisse de la détention provisoire ? Quelle place concrète la procédure accordera-t-elle à la réparation des victimes ? Le procureur s’est engagé publiquement. Il a lui-même rappelé, en citant Albert Camus, que ne pas réussir à concilier justice et liberté reviendrait à tout manquer. Il a prononcé le serment que la justice béninoise ne renoncera « ni à sa force, ni à son âme ». L’année 2026-2027 permettra de vérifier s’il tient cet engagement.
Abdourhamane Touré

















