À l’Espace culturel Le Centre, la représentation de « La Calebasse de grand-père », samedi 29 août 2026, a plongé le public dans un univers où conte, théâtre, musique et traditions se sont entremêlés. Portée par Mahuna Fidèle Anato et mise en scène sous la direction artistique de Comlan Félix Fanou, la pièce a rendu un hommage vibrant aux femmes, tout en faisant résonner la mémoire culturelle yoruba et le culte Guèlèdè.
À 20 heures, les lumières s’éteignent progressivement. Dans l’espace aménagé spécialement pour la circonstance, le décor personnalisé impose son atmosphère. Les premières voix retentissent. Le silence du public se mêle aux voix des acteurs, tandis qu’une lumière rythmique accompagne les mouvements sur scène. Le spectacle commence. Pendant 90 minutes, la scène se transforme en un véritable espace de transmission. « La Calebasse de grand-père » fait voyager dans le temps, l’histoire entre mémoire familiale, traditions ancestrales et la place de la femme dans la société. Au cœur de cette création, Iya N’la ou IyaYami, « la mère des mères », figure importante de la culture yoruba et du culte endogène Guèlèdè du Bénin. À travers elle, les artistes racontent les tumultes d’une femme confrontée à un environnement marqué par la domination masculine. L’histoire prend racine à Hagnonhoué, village lointain où une ferme héritée des ancêtres abrite le « grenier à contes » du grand-père. C’est là qu’une graine légendaire est extraite. Le grand-père Tohounmè le Sahouè, contraint d’arroser seul cette graine, la fait grandir à l’ombre d’un immense baobab. La graine pourrit, germe, mûrit puis est récoltée et cuisinée par TaaDoxo, une femme « tuée dans l’œuf ». Elle la transforme finalement en un repas symbolique, servi à une mosaïque de personnages à travers la fameuse calebasse. Sur scène, cette histoire prend une autre dimension grâce à la diversité des costumes. Les acteurs apparaissent dans des tenues variées, puisant dans différents imaginaires culturels. À cela s’ajoutent les rythmes musicaux, parfois solennels, parfois entraînants. Les chants royaux, interprétés dans plusieurs langues, donnent à la représentation une dimension presque rituelle. Les changements de costumes accompagnent les mutations de l’histoire et donnent au spectacle une forte identité visuelle.
Un hommage aux femmes
Derrière l’hommage aux femmes, le metteur en scène Mahuto Fidèle Anato évoque une lecture basée sur la complémentarité. « Quand on parle femme, il faut évoquer l’homme parce qu’il n’y a pas femme sans homme », explique-t-il. Pour lui, cette relation constitue « une parfaite complémentarité femme et homme qui met le monde en ébullition ». Le théâtre devient ainsi un moyen de médiation et de réflexion sur les rapports humains. Cette ambition est également liée au projet « Conteuses en Création », présenté comme une pépinière féminine des arts oratoires au Bénin. Le programme vise à révéler les talents des femmes dans l’art de la parole et à travailler sur leur résilience. Selon Berthold Hinkati, Directeur général de l’Espace culturel Le Centre, l’accueil de cette production vise à accompagner les œuvres qui portent des messages utiles à la société. « Ce qui nous a motivé à accueillir ce spectacle est le fait qu’il mette en valeur la femme. Elles sont nos mères, elles sont nos filles », a-t-il souligné. À l’issue de la représentation, le responsable n’a pas caché pas sa satisfaction. « Je suis animé par un sentiment de joie et de satisfaction », affirme-t-il, tout en appelant à un accompagnement de l’équipe sur le long terme. Au-delà de l’esthétique et de la performance artistique, « La Calebasse de grand-père » porte un message : celui de la paix et de l’hommage aux femmes à travers le monde. Pendant quelques heures, le théâtre aura ainsi réussi à faire dialoguer le passé et le présent, les traditions et la création contemporaine et la parole des femmes.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)



















