Réunis le jeudi 19 mars 2026 à Cotonou, les chefs d’état-major des armées du Bénin, de la Côte d’Ivoire et de la France ont passé en revue la situation sécuritaire dans la sous-région, marquée par une pression terroriste croissante aux frontières des États côtiers. Cette rencontre tripartite, dans la continuité de celle d’Abidjan en juillet dernier, vise à renforcer la coopération militaire, notamment en matière de formation, de partage d’expérience et d’appui stratégique. Joint par Bip Radio, le général français Fabien Mandon revient sur les enjeux de cette concertation et les défis sécuritaires actuels.
Bip radio : Général Fabien Mandon, chef d’État-major des armées françaises. Vous êtes à Cotonou pour une réunion tripartite Côte d’Ivoire – Bénin – France. Est-ce qu’on peut dire que c’est un front pour la lutte contre le terrorisme dans la sous-région ?
Général Fabien Mandon : J’étais très heureux de venir à Cotonou à l’invitation de mon homologue béninois. C’est normal de répondre présent quand il y a des défis. Vous avez parlé du terrorisme. La région souffre du terrorisme. La France souffre du terrorisme. Nous avons perdu des citoyens. Cela fait plus de dix ans que nous nous battons contre des groupes terroristes qui ont des racines dans la région.
La rencontre a permis d’abord de faire un constat sur cette menace. Les Ivoiriens et les Béninois ont présenté un état des lieux de la situation sécuritaire : est-ce qu’elle est maîtrisée ou toujours aussi inquiétante ?
C’est une menace ancienne. Les groupes terroristes évoluent dans la région depuis plus de dix ans. Mais ils étaient auparavant beaucoup plus contenus au niveau du Sahel. Je constate qu’aujourd’hui cette pression terroriste s’exerce jusqu’aux frontières de la Côte d’Ivoire, jusqu’aux frontières du Bénin. Depuis les putschs au Burkina Faso, au Niger, au Mali, la situation s’est dégradée dans ces pays. Les groupes terroristes sont plus forts, et cela a des conséquences sur l’ensemble de la sous-région.
Ces groupes commencent à mener des actions, et vous l’avez vécu tristement dans le nord du Bénin. Je m’associe à la peine des familles béninoises qui ont souffert d’attaques terroristes et perdu des proches. Je m’associe également aux armées béninoises qui défendent le pays et qui ont connu des pertes importantes ces derniers temps. C’était l’objectif principal de notre rencontre : voir comment aider les armées béninoises à contenir une menace importante qui évolue.
Que vous demandent l’armée béninoise et l’armée ivoirienne ?
On dialogue très régulièrement. On s’appelle fréquemment. Là, c’était l’occasion de se parler en direct, ce qui est toujours important. Les demandes sont variées. Il s’agit d’abord de faire le bilan de notre coopération, d’identifier ce qui marche et ce qui marche moins bien, et de voir comment l’améliorer. Il y a un besoin de formation. La France restera aux côtés du Bénin pour aider à former ses soldats, améliorer les techniques et partager les savoir-faire. Il s’agit aussi de conseil, car nous avons une expérience acquise à travers nos engagements dans le monde. La France est un pays fiable, fidèle à ses partenaires. Quand un partenaire a besoin d’être aidé, il est important pour nous de lui apporter notre appui. Mais il reste souverain, et nous y sommes très attachés. Nous intervenons ponctuellement pour répondre à ses attentes.
Vous avez dit qu’il y a des choses qui marchent bien et d’autres moins bien. Qu’est-ce qui marche moins bien ?
Ce qui est très difficile, c’est de suivre des groupes qui évoluent sur plusieurs pays, qui se fondent dans la population, dans de vastes espaces géographiques, des forêts, des zones marécageuses, notamment en saison humide. Ils peuvent parcourir des centaines de kilomètres. Il existe une véritable internationale du terrorisme. Les groupes qui attaquent le Bénin sont composés de combattants venus de très loin, pas uniquement des pays voisins. Il y a une dynamique d’imposition d’une vision islamiste radicale dans la région. Il y a aussi d’autres défis, notamment les trafics, comme celui du pétrole, qui permettent de s’enrichir rapidement et entraînent de jeunes dans des réseaux dangereux.
Votre venue a suscité des réactions dans les pays de l’Aes. Le chef de la junte du Niger a récemment accusé les trois pays. Préparez-vous un complot contre le Niger ? Avez-vous des bases dans le nord du Bénin ?
Non, c’est faux. La France est présente ponctuellement aux côtés des armées béninoises. Il n’y a pas de camp français dans la région. Beaucoup de désinformation circule, et ce n’est pas propre à l’Afrique. Nous observons aussi ce phénomène en France. Les réseaux sociaux diffusent des informations erronées. Certains pays de l’Aes répandent de fausses informations, faisant croire que tout va mieux alors que la situation se dégrade. Il est plus facile d’accuser des pays étrangers. La France sert parfois de bouc émissaire. Mais la réalité est que ces pays connaissent des crises sécuritaires et économiques profondes. Il est important d’informer les populations sur ce qui se passe réellement au Burkina Faso, au Niger et au Mali, où persistent des attaques terroristes et des difficultés majeures.
Donc aucune intention de déstabiliser le Niger ou de libérer Bazoum ?
Les pays sont souverains, et la France y est très attachée. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso font leurs choix, et c’est à leurs populations de décider de leur avenir. La France n’intervient pas dans leurs affaires et n’en a pas l’intention. En revanche, nous observons la situation, qui reste préoccupante, et espérons qu’elle s’améliorera.
Merci mon Général.
Source : Bip radio


















