Abissi Marc Adjaoké se positionne désormais comme le chercheur qui veut sauver le maïs béninois. C’est l’éveil d’une sentinelle selon le jury qui a évalué sa thèse le jeudi 23 avril 2026. Spodoptera frugiperda. Ce ravageur invasif, véritable fléau pour la sécurité alimentaire, menace l’équilibre des systèmes céréaliers. L’étude doctorale de Abissi Marc Adjaoké lève le voile sur l’urgence de la situation et propose des solutions concrètes, entre savoirs paysans et innovations agroécologiques.
Le constat est sans appel : le maïs, pilier de l’alimentation au Bénin, subit les assauts répétés de la chenille légionnaire d’automne. Dans les communes des Collines, l’inquiétude est palpable. Une étude d’envergure, menée auprès de 1 270 producteurs et s’appuyant sur l’examen méticuleux de plus de 7 000 plants, révèle l’ampleur du défi. Si les paysans béninois ont appris à reconnaître l’ennemi, leur connaissance reste malheureusement focalisée sur les stades larvaires avancés, là où la chenille est la plus vorace et le mal déjà fait. Ce manque de détection précoce enferme les producteurs dans une dépendance dangereuse : la chimie. Aujourd’hui, plus de 83 % des paysans se tournent vers les pesticides de synthèse pour sauver leurs récoltes, une solution coûteuse et aux conséquences environnementales souvent lourdes. Pourtant, l’espoir ne vient pas d’un bidon d’insecticide, mais de la biodiversité locale. Les travaux de recherche ont mis en lumière une armée de « soldats de l’ombre ». Coccinelles (37 %), fourmis (29 %) et petites mouches parasitoïdes (14 %) peuplent déjà les champs. Ces ennemis naturels du ravageur sont les alliés précieux d’une lutte biologique encore sous-exploitée. L’expérimentation en « champ-école » a démontré que la monoculture est une voie sans issue. En associant le maïs à des légumineuses (arachide, soja), les producteurs peuvent freiner l’invasion. Plus encore, l’étude révèle que les variétés locales, comme la Kogblé, ainsi que certains hybrides, affichent une résilience remarquable face aux attaques, là où d’autres variétés s’effondrent.
Sauver le grenier céréalier du Bénin
Pour sauver le grenier céréalier du Bénin, l’impétrant propose la formation des producteurs à l’identification précoce des pontes et des jeunes larves, la promotion des associations culturales, véritables barrières naturelles et la valorisation des variétés locales les plus tolérantes.
Face à l’invasion, la réponse ne pourra pas être uniquement chimique. Elle sera écologique, portée par une gestion intégrée où le savoir paysan rencontre la précision de la science. Le futur des Collines se joue désormais entre les rangs de maïs, là où la vie biologique doit reprendre ses droits sur le ravageur.
Avis du jury
À l’unanimité, Abissi Marc Adjaoké a reçu la mention très Honorable avec Félicitations du Jury. C’est le verdict d’une quête rigoureuse, celui qui transforme des années de recherches de terrain en un espoir concret pour des milliers de familles paysannes. Les évaluateurs sont unanimes : le travail de Abissi Marc Adjaoké n’est pas qu’une simple thèse, c’est une réponse vitale à la détresse du monde agricole béninois.
En saluant la « qualité scientifique exceptionnelle » et la « méthodologie rigoureuse » de l’étude, le jury a rendu hommage à une approche qui ne se contente pas d’observer, mais qui propose. En démontrant que la nature, par ses alliés biologiques et l’intelligence des associations culturales, possède les clés pour vaincre la chenille légionnaire, le candidat a convaincu par la pertinence de ses solutions agroécologiques.
Par ailleurs, la thèse soutenue par Abissi Marc Adjaoké est une thèse de doctorat en Géographie et gestion de l’environnement dans la spécialité agroécologie et gestion intégrée des agrosystèmes sur le sujet : « Occurrence et contrôle de spodoptera frugiperda dans les agrosystèmes maïsicoles des collines au Bénin: incidence des dégâts et contribution des pratiques agroécologiques à la gestion intégrée du ravageur ».
















