Le Bénin pays jadis de paix et de démocratie a failli basculer à son tour dans le cercle grandissant des pays africains où l’armée a repris la main sur le politique ces cinq dernières années. Un coup de force qui, s’il avait abouti, aurait balayé d’un revers de main plus de trois décennies d’efforts patiemment consentis pour stabiliser les institutions.
Cette tentative de coup de force menée par des putschistes toujours en cavale a été vite enrayée avec la promptitude des forces armées loyalistes au pouvoir du président Talon. Séduits par la vague des putschs qui souffle sur la région, ils ont naïvement tenté eux aussi d’en faire un. Ils ont estimé qu’il suffirait d’un communiqué martelé à la télévision nationale, enrobé d’un discours populiste, pour s’installer au sommet de l’Etat et disposer à leur guise de ses ressources. Ce gouffre dans lequel le lieutenant-colonel Pascal Tigri et ses complices étaient prêts à précipiter le pays est très étonnant, d’autant plus que le président qu’ils prétendaient renverser se trouve à cinq mois de la fin de son dernier mandat constitutionnel.Ce putsch manqué semble surtout calqué sur les dynamiques observées dans la sous-région, notamment au Burkina Faso et au Niger. Les putschistes paraissent avoir été séduits par le scénario désormais familier de militaires jusque-là inconnus, accédant brusquement au pouvoir et recevant dans un premier temps les encouragements d’une partie de l’opinion publique, avant de s’installer durablement aux commandes.
Le Bénin debout malgré tout
Depuis 1972, le Bénin travaille au renforcement et à la stabilité de ses institutions. Les forces armées loyalistes jouent un rôle prépondérant dans cette marche dans laquelle le pays s’est engagé. Si le pays a connu des turbulences dans les premières années post indépendance, son dernier coup d’Etat remonte à 1972. Et depuis 1990, le Bénin fait partie des rares nations de la sous-région à avoir assuré des transitions pacifiques à travers des scrutins relativement consensuels. On ne renverse pas un tel acquis avec une mise en scène improvisée. Il n’était pas possible d’espérer rallier l’armée autour d’un communiqué standardisé, copié-collé des discours entendus dans d’autres pays de la région. S’il vrai que l’intention est de renverser le pouvoir, on se demande où se trouve l’opportunité de vouloir faire un coup d’État à un président qui n’est pas candidat à sa propre succession ? Après cette tentative de coup de force, il y a une vague d’indignation et de soutien à la République. Des formations politiques aussi bien de la mouvance que de l’opposition telles que l’Upr, le Br, Les Fcbe et autres ont condamné unanimement ce putsch et appellent à l’unité nationale.
Sergino Lokossou
















