Trois menaces pour la sécurité nationale pourraient tenter de secouer le Bénin géostratégiquement et géopolitiquement à savoir: le terrorisme, l’extrémisme violent et la piraterie maritime. Mais prévoyant et précautionneux, le gouvernement n’a pas manqué de prendre de mesures hardies pour le repousser et réprimer.
Journaliste : Mais, est-ce que ces évènements malheureux n’impactent-ils pas la détermination ou le moral de nos troupes ?
Fortunet Nouatin : Non ! C’est le phénomène contraire que nous avons observé. Quand nous faisons les cérémonies d’hommages, vous voyez, et une petite enquête a montré que c’est le phénomène contraire que nous observons. Ces soldats sont animés d’une rage, d’une détermination de venger leurs frères d’armes tombés sous leurs yeux. Je profite pour saluer la mémoire des illustres disparus et témoigner la compassion du gouvernement tout entier à ces soldats et aux ayant-droits de ces valeureux disparus.
Vous dites que le moral de la troupe est au top mais des rumeurs, monsieur le ministre, font état d’assez de désertions au sein des militaires. Qu’en dites-vous ?
Ces derniers temps, les réseaux sociaux annoncent des vagues de démission. On dénombre quelques désertions mais elles ne sont pas liées à la peur du terroriste. Non, loin de là !
De 2018 à fin 2021, nous avons dénombré environ une centaine de désertions. Une étude faite par la direction de l’organisation du personnel des armées (Dopa) a démontré que 82% de ces désertions se comptent dans la catégorie des militaires du rang. Et, la plupart de ces déserteurs proviennent des classes des recrues de 2009 à 2013. Vous découvrez que le plus grand nombre de ces classes proviennent du 13ème département. Vous savez que le Bénin en compte 12. Donc, si je parle du 13ème département, c’est un département fictif. Ce sont des recommandés ; ces recommandés non par vocation à servir dans l’armée. Ils y sont soit par contrainte pour y être redressés selon leurs parents, ou ils y sont par la promesse d’un plan de carrière très prometteur. Avec l’avènement du pouvoir de la rupture et du nouveau départ, ces avantages non mérités ont été suspendus. Les premiers, ceux qui y sont par contrainte, commettent des actes d’indiscipline, tombent sous le coup du règlement, et sont pour la plupart en procédure disciplinaire et tôt ou tard seront radiés. Ceux qui étaient venus sous la promesse d’une carrière prometteuse, voyant la suspension de ces avantages non mérités, ont préféré chercher le bonheur ailleurs que dans l’armée. C’est ce qui explique la désertion des militaires du rang.
De l’autre côté, nous avons environs 12% de sous-officiers et 5% d’officiers. Quant aux sous-officiers et aux officiers, pour la plupart du temps, ceux qui ont déserté sont des gens qui ont bénéficié d’une bourse de l’armée pour faire des études universitaires poussées dans des domaines pointus dans des spécialités très recherchées que sont : le génie informatique, la météorologie, le déminage, des spécialités qui sont très recherchées à l’international. Avec les promesses, et n’ayant pas rempli les critères de mise en disponibilité et de retraite anticipée, la seule option pour eux de satisfaire leur volonté de carrière internationale, reste la désertion. Ce sont les conclusions des études effectuées par la Dopa. Nous venons de commanditer une autre étude par un cabinet extérieur qui viendra confirmer ou infirmer ces conclusions de la Dopa.
Que font les autorités béninoises pour permettre à ces experts de la deuxième catégorie de trouver une solution à leurs problèmes ?
La première réaction, c’est de définir clairement les critères d’obtention de ces bourses. Quand vous avez ces bourses, vous devrez vous engager à servir l’armée pendant 10 ans au moins. Deuxième chose, la possibilité pour ces spécialistes pointus de servir dans l’administration générale et dans le pays. Donc, normalement, s’ils ne trouvent pas à être occupés dans l’armée, ils trouveront forcément des postes dans l’administration générale du pays.
Monsieur le Ministre, nous avons appris que l’Etat prendra désormais en charge les personnes qui sont en mission commandée et qui sont victimes des attaques terroristes. Qu’en est-il réellement ? Fortunet Alain Nouatin: Le Conseil des ministres du 25 Mai 2022 a adopté le décret portant transmission à l’assemblée nationale pour examen et vote du projet de loi portant régime de prise en charge et de protection des personnes victimes en mission commandée de défense du territoire ou de sauvetage.
Cette loi organise la prise en charge aussi bien des ayant-droits, que des victimes invalides. Les ayant-droits, les enfants, sont pris en charge jusqu’à l’âge de 21 ans, âge de la majorité absolue sur le plan éducationnel, sur le plan du bien-être, sur le plan de la santé. J’appelle bien-être, de quoi se nourrir, de quoi se vêtir… un pactole leur est remis annuellement pour cela. Les invalides, eux, bénéficient d’une retraite, mais une retraite à terme c’est-à-dire on considère que leur carrière est arrivée à terme même si l’incident est arrivé à un an de leur service.
La première mesure consiste à les amener au sommet de leur catégorie. C’est-à-dire, s’il est caporal, il devient caporal major. Il est mis à la retraite complète et en plus de sa pension de retraite, il bénéficie d’une rente viagère proportionnelle à l’incapacité permanente partielle.
Assez de mesures pour encourager nos forces armées à aller au front. Et parlant de front, revenons un peu sur les attaques terroristes. Il faut reconnaitre que le Bénin n’est pas le seul pays face aux problèmes du terrorisme. Plusieurs Etats du monde et du sahel sont touchés par ce phénomène. On peut citer la Mali, le Burkina-Faso, le Niger. Est-ce que notre pays est en synergie avec les autres pays pour une lutte contre ce phénomène ?
Aucun pays, à lui seul, ne peut endiguer le phénomène terroriste. C’est impossible ! Il faut une conjonction de forces de tous les pays confrontés à ce fléau. Dans cette veine, le Bénin fait partie de l’initiative d’Accra. Une initiative qui regroupe 7 pays que sont : la Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Mali, le Niger, le Burkina-Faso et le Bénin. Cette initiative préconise essentiellement deux choses que sont : la mutualisation des efforts de lutte contre le terrorisme et l’organisation des opérations conjointes. Nous en avons fait déjà 4. Des Opérations dénommées Koudangou.
En plus de cette initiative d’Accra, les 4 pays : le Bénin, le Togo, le Burkina-Faso et le Niger ont signé un mémorandum d’entente dont le contenu essentiel se résume à l’assistance mutuelle et le droit de poursuite en opération sur le territoire étranger. C’est-à-dire que nous avons la possibilité de les poursuivre au-delà de nos frontières.
En plus de tout cela, le Bénin entretient une coopération militaire très étroite avec le Niger qui est en cours de formalisation avec un accord dont la signature entre les deux pays (le Bénin et le Niger) interviendra incessamment. Je peux vous dire également qu’un mémorandum du même type est en cours avec le Burkina-Faso. C’est une action concertée.
Pour lutter efficacement contre le terrorisme, vous le savez, Monsieur le ministre, il faut de l’équipement. Est-ce que notre armée, l’armée de terre notamment qui est sollicitée ces derniers temps dispose d’équipements nécessaires pour y faire face ?
J’avais dit tantôt que le chef de l’Etat a mis à la disposition de l’armée d’énormes moyens pour prendre le dessus sur le plan opérationnel. Sans rentrer dans les détails, je peux vous dire que tous les segments, toutes les armées, que ce soit l’armée de terre, l’armée de l’air, la marine nationale et la garde nationale, une politique d’équipement est en cours. Nous avons déjà fait des commandes et nous sommes en train de faire des réceptions.
L’armée de terre verra l’artillerie renforcée et également la cavalerie. Ce sont les deux secteurs de l’armée qui seront bien renforcés. En plus de cela, la 3ème dimension sera activée et pleinement opérationnelle pour apporter un appui de feu aux forces terrestres et également des renseignements.
Sur le plan de la marine, il faut noter que des efforts importants ont été faits. C’est la première fois, dans l’histoire de la marine, que nous recevons un patrouilleur de haute mer. Ce patrouilleur de haute mer est accompagné par une vedette rapide d’intervention. Il y a de cela 8 mois, nous avons reçu 32 embarcations lagunaires et fluviales.
De ces équipements, l’armée va passer d’un taux de réalisation qui était de 17% en 2016 à l’avènement du présent régime, à 51% en 2020 et dès que nous aurons réceptionné tous les équipements en commande, nous serons au-delà de 75% de taux de réalisation en 2022.
(Suite dans la prochaine parution)
Source: gouv.bj



















