À Lalo, le témoignage de Sandrine révèle les réalités d’une filière soumise aux aléas de la production et aux fluctuations incessantes des prix le samedi 25 juillet 2026. La tomate, ingrédient incontournable de la cuisine béninoise, est également l’un des produits maraîchers les plus sensibles aux variations du marché. Derrière chaque bassine vendue se cachent des mois de travail, des risques permanents et une bataille quotidienne pour préserver un revenu. À travers le témoignage de Sandrine, commerçante de tomates sur les marchés de Tokpa (Lalo), Klouékanmè et Tchikpé, se dessine le portrait d’une filière essentielle, mais fragile.
Trois mois de travail avant la récolte
La culture de la tomate nécessite près de trois mois de soins intensifs. Du semis jusqu’à la récolte, les producteurs doivent faire face aux aléas climatiques, aux maladies et aux ravageurs qui menacent les plantations. Irrigation, désherbage, tuteurage et traitements phytosanitaires rythment leur quotidien avant que les fruits, cueillis avec précaution, ne soient conditionnés dans des bassines destinées aux marchés. Ces bassines sont ensuite achetées par des commerçantes comme Madame Sandrine, qui assurent le lien indispensable entre les producteurs et les consommateurs.
Un marché où les prix changent chaque jour
La commercialisation de la tomate est marquée par une forte instabilité des prix. Selon Madame Sandrine, au début de la campagne agricole, notamment au mois de mai, une bassine pouvait atteindre 20 000 francs Cfa en raison de la faible disponibilité du produit. Aujourd’hui, en pleine période de récolte, les prix ont fortement chuté. Une bassine se vend autour de 7 000 francs Cfa le matin, avant de remonter à 9 000 francs Cfa en fin de journée. Cette variation s’explique par l’arrivée massive des récoltes dès les premières heures de la journée. Face à l’abondance, les vendeuses sont contraintes de réduire les prix afin d’écouler rapidement leurs stocks. En soirée, lorsque les quantités diminuent, les prix repartent à la hausse.
« Le prix de la tomate n’est jamais stable », résume Madame Sandrine, habituée depuis plusieurs années à cette réalité.
Une filière confrontée à de nombreux défis
Cette volatilité des prix résulte de plusieurs facteurs : la saisonnalité de la production, la nature hautement périssable de la tomate, les coûts de transport et surtout le manque d’infrastructures de conservation. Faute de chambres froides ou de magasins adaptés, les commerçantes sont souvent obligées de vendre rapidement, parfois même à perte, pour éviter que les tomates ne pourrissent.
Trois marchés pour limiter les risques
Afin d’assurer l’écoulement de ses marchandises, Sandrine répartit ses activités entre plusieurs marchés. Le marché de Tokpa, dans la Commune de Lalo, constitue son principal point de vente grâce à son importante fréquentation. Celui de Klouékanmè, proche des zones de production, pratique généralement des prix plus accessibles. Quant au marché de Tchikpé, il sert de point de redistribution vers d’autres villes comme Abomey, Bohicon et parfois Cotonou. Cette stratégie lui permet de diversifier sa clientèle et de mieux faire face aux fluctuations du marché.
Une commerçante au cœur de la chaîne de valeur
Chaque journée de Sandrine débute vers cinq heures du matin. Après l’achat des bassines auprès des producteurs, elle organise leur transport, rejoint les marchés et négocie avec grossistes, détaillants, ménagères et restauratrices. À la fin de la journée, les invendus représentent souvent une perte financière importante. Malgré les faibles marges bénéficiaires, la concurrence et l’absence de protection sociale, elle poursuit son activité avec courage pour subvenir aux besoins de sa famille.
Des solutions pour renforcer la filière
Pour améliorer les conditions de commercialisation de la tomate au Bénin, plusieurs pistes sont envisagées par les acteurs du secteur. Parmi elles figurent la construction de chambres froides et de hangars de stockage, l’organisation des producteurs et commerçants en coopératives, le développement de la transformation locale (purée, concentré ou tomate séchée) ainsi que la mise en place d’un système d’information permettant de suivre les prix sur les différents marchés.
Une filière essentielle à soutenir
Le parcours de Sandrine illustre les défis quotidiens auxquels sont confrontés les acteurs de la filière tomate au Bénin. Derrière chaque bassine vendue se cachent des mois d’efforts, des investissements importants et une incertitude permanente.
Au-delà d’un simple produit de consommation, la tomate constitue un véritable baromètre de l’agriculture béninoise. Soutenir cette filière, c’est contribuer à améliorer les revenus des producteurs et des commerçantes, tout en renforçant la sécurité alimentaire et le développement économique des communautés rurales.
Jean Eudes Chicha
(Br Mono-Couffo)

















