Lors de sa conférence de presse du jeudi 18 décembre 2018, le chef de l’État béninois a tenu à dissiper toute ambiguïté autour de la notion de « trêve politique ». Loin d’une interdiction de critiquer l’action publique, cette trêve vise, selon lui, à mettre fin à la campagne électorale permanente et à rappeler le respect des périodes prévues par les textes en vigueur.
À la suite de l’adoption de la loi portant révision de la Constitution, le président de la République est longuement revenu sur un terme qui a suscité de nombreuses interrogations dans l’opinion publique : la « trêve ». Selon Patrice Talon, l’instauration d’une telle période n’a rien de nouveau dans le dispositif électoral béninois. Elle s’inscrit, au contraire, dans la continuité des règles qui encadrent la compétition politique. Il rappelle que, conformément aux textes électoraux, la campagne ne peut légalement s’ouvrir que peu de temps avant le scrutin, traditionnellement deux semaines. En dehors de cette période, les acteurs politiques ne sont donc pas censés être en campagne. « Théoriquement, on n’est en campagne électorale que dans ce délai précis », a-t-il insisté, tout en reconnaissant que, dans la pratique, ces prescriptions ont souvent été ignorées. Le chef de l’État a toutefois tenu à lever toute confusion : la trêve ne saurait être assimilée à une interdiction de la critique politique. Au contraire, a-t-il souligné, la critique de l’action publique est expressément consacrée par la Constitution du Bénin. Elle est non seulement permise, mais jugée nécessaire pour améliorer la gouvernance, enrichir le débat public et faire émerger des propositions alternatives. « Il ne faut pas se laisser entraîner par la seule force du mot », a-t-il expliqué, reconnaissant que le terme « trêve » peut, par son impact symbolique, prêter à confusion. Dans son esprit, il s’agit avant tout d’un outil d’interpellation des consciences, destiné à rappeler qu’un mandat électif ne doit pas être confisqué par une campagne permanente, au détriment de l’action publique. Avec le nouveau dispositif constitutionnel, le Bénin est même allé plus loin que le cadre antérieur. Désormais, la période de campagne est élargie : elle peut commencer jusqu’à un an avant la date du scrutin, contre deux semaines auparavant. Passé ce délai, toute activité assimilable à une campagne électorale est proscrite. « C’est cette période hors campagne que nous appelons trêve », a précisé le président, ajoutant qu’il n’existait jusque-là aucun terme pour la désigner formellement. En définitive, la trêve politique, telle que définie par Patrice Talon, n’est ni une censure ni une mise sous silence de l’opposition. Elle se veut un rappel à l’ordre institutionnel : garantir une critique politique permanente, tout en mettant un terme à la tentation d’une campagne électorale continue.
G.G.




















