Après l’élection, le défi décisif qui se présente désormais à notre Nation est de hisser la jeunesse béninoise au rang de véritable moteur économique national. À l’orée de cette réflexion, je rends grâce à Dieu Tout-Puissant, dont la bienveillance continue d’accompagner le Bénin sur le chemin de la paix, de la stabilité institutionnelle et de la maturité démocratique.
Qu’il me soit également permis de saluer avec une profonde déférence Son Excellence le Président Patrice Talon, dont la hauteur de vue, la fidélité à la parole donnée et le sens élevé de l’État auront marqué notre histoire contemporaine d’une empreinte rare. Je rends également hommage au peuple béninois, admirable de discipline civique, de discernement politique et de sens républicain. Enfin, j’adresse mes chaleureuses félicitations au Président élu, Monsieur Romuald Wadagni, qui, par la force de sa vision, la rigueur de son parcours et la confiance qu’il a su inspirer, a reçu du peuple la noble charge de conduire notre destin commun.
Les clameurs de la campagne s’éteignent désormais, et le temps de la confrontation cède naturellement la place à celui de la construction nationale. L’heure n’est plus aux passions partisanes, mais à l’unité, à la solidarité créatrice et à la mobilisation des intelligences au service du devenir du Bénin. Car au lendemain de l’élection présidentielle, une interrogation majeure s’impose avec éclat, au regard de l’immense espérance que la jeunesse a placée dans le Président élu : comment transformer notre ressource la plus précieuse, la jeunesse béninoise, en une puissance économique nationale capable de porter durablement la prospérité du pays ?
Aujourd’hui plus que jamais, la jeunesse béninoise tourne son regard vers le nouveau Chef de l’État avec espérance, exigence et confiance. Face à une attente aussi considérable, seules des réponses ambitieuses, structurées et audacieuses seront à la hauteur. C’est pourquoi j’en appelle à tous les fils et filles du Bénin, de l’intérieur comme de la diaspora : après le soutien politique vient désormais le temps du soutien technique, intellectuel et patriotique. Il nous faut mettre nos compétences, nos expériences, nos idées novatrices et notre énergie au service du Président élu dès sa confirmation définitive par la Cour constitutionnelle. Je propose à cet effet la mise en place d’une grande plateforme nationale de contributions citoyennes, rassemblant experts, chercheurs, entrepreneurs, enseignants, ingénieurs, artistes et acteurs sociaux, afin d’apporter des solutions concrètes aux défis structurels de notre pays : emploi, éducation, gouvernance, environnement, innovation, culture, agriculture, numérique et cohésion sociale. Ce serait là une manière noble, moderne et efficace d’aider à bâtir un Bénin de splendeur, de prospérité et de rayonnement.
Pour ma part, je mets humblement mes expériences, mes compétences et ma réflexion stratégique à la disposition du Chef de l’État, notamment sur l’un des défis les plus cruciaux de notre temps : la libération économique de la jeunesse béninoise. En effet, notre pays demeure confronté à un paradoxe préoccupant : chaque année, des milliers de jeunes sortent de nos écoles, lycées, universités et instituts avec des diplômes parfois brillants, mais sans insertion professionnelle durable. Ce phénomène ne traduit ni un manque de mérite ni une insuffisance de volonté individuelle ; il révèle plutôt une inadéquation structurelle entre un système éducatif encore largement théorique et les exigences concrètes d’une économie moderne fondée sur la compétence, l’innovation et la productivité.
Ainsi se creuse une contradiction devenue insoutenable : une jeunesse instruite mais sous-employée, qualifiée mais insuffisamment valorisée, ambitieuse mais freinée dans son essor. Le chômage et le sous-emploi des jeunes ne constituent plus de simples accidents sociaux ; ils sont désormais les symptômes visibles d’un modèle éducatif arrivé à ses limites historiques. Face à cette réalité, une réforme profonde et courageuse s’impose. Il faut réorienter notre système éducatif vers l’employabilité, l’innovation, la professionnalisation, la polyvalence des compétences et l’intégration directe au marché du travail. Cette transformation doit accorder une place stratégique aux lycées techniques, aux écoles de métiers, aux formations agricoles modernes, aux filières industrielles, au numérique, ainsi qu’aux secteurs de l’hôtellerie et du tourisme, qui constituent d’importants gisements d’emplois et de croissance pour notre pays.
Je mets respectueusement à la disposition du Président élu une vision stratégique articulée autour de plusieurs axes majeurs : le réaménagement intelligent des horaires scolaires afin de libérer des plages dédiées à la création technologique, à l’apprentissage pratique et à l’entrepreneuriat ; le renforcement des lycées techniques et la modernisation des écoles de métiers afin de former une jeunesse immédiatement opérationnelle ; l’institutionnalisation des stages dès le secondaire et l’enseignement supérieur, assortis de certifications de compétences professionnelles ; la valorisation des formations agricoles pour faire émerger une nouvelle génération d’entrepreneurs ruraux et d’agro-transformateurs ; le développement des filières industrielles capables de soutenir la transformation locale de nos richesses ; la création d’ateliers technologiques et de laboratoires d’innovation numérique, ainsi que le développement d’entreprises-écoles dans les secteurs prioritaires, afin d’offrir aux apprenants des espaces structurés d’acquisition de compétences pratiques en dehors des heures d’enseignement, notamment en soirée, à travers de véritables incubateurs de talents accessibles après la fermeture des établissements scolaires prévue à 15h, dans une logique de complémentarité entre formation académique, insertion professionnelle et innovation; la mise en place de jobs étudiants encadrés favorisant l’autonomie financière et l’expérience professionnelle ; la généralisation de l’alternance université-entreprise afin de rapprocher durablement savoir académique et monde économique ; la création de pôles universitaires d’employabilité, d’orientation et de transfert de compétences au sein des centres universitaires ; l’ouverture de parcours spécialisés dans l’hôtellerie, le tourisme et les services afin de faire du Bénin une destination compétitive ; enfin, la promotion d’une politique de polyvalence formative adaptée aux réalités évolutives du marché du travail national et international, ainsi que la mise en œuvre d’une stratégie de transférabilité des acquis, permettant aux compétences acquises dans un domaine d’être reconnues et mobilisées dans d’autres secteurs de production, afin de favoriser la reconversion et l’insertion des personnes employables mais en situation de non-emploi.
Il convient également d’engager une réforme pédagogique approfondie de l’enseignement des langues vivantes, afin de dépasser une approche essentiellement théorique et excessivement grammaticalisée, qui tend parfois à les réduire à des savoirs abstraits et à l’écrit, au détriment de leur dimension communicationnelle et fonctionnelle. L’enjeu est de les revaloriser comme de véritables instruments de communication, d’ouverture culturelle et d’insertion professionnelle, pleinement ancrés dans les usages contemporains.
À cette refondation éducative devrait s’ajouter une orientation nouvelle et profondément structurante : faire de chaque école, de chaque collège et de chaque établissement public un écosystème communautaire de développement, enraciné dans son territoire et porté collectivement par les citoyens. Il ne s’agirait plus seulement d’enseigner entre quatre murs, mais de faire vivre autour de nos institutions scolaires une véritable communauté de veille, de solidarité et d’innovation, mobilisée pour accompagner leur modernisation, leur rayonnement et leur contribution au progrès local. Parents, anciens élèves, cadres ressortissants, entrepreneurs, collectivités locales, confessions religieuses, diaspora et forces sociales pourraient être appelés à participer volontairement à cette dynamique nouvelle, selon les dispositions institutionnelles mises en place par l’État central. C’est dans cet esprit que je propose la mise en place d’une stratégie nationale de parrainage citoyen et volontaire des écoles et collèges, permettant à chaque établissement d’être accompagné durablement par des personnes physiques ou morales attachées à son essor. Ce parrainage pourrait soutenir les infrastructures, le numérique éducatif, les bibliothèques, les ateliers techniques, les bourses d’excellence, l’orientation professionnelle, les incubateurs scolaires ou encore les activités culturelles et sportives. Une telle réforme favoriserait l’émergence d’une économie du savoir, inclusive et centrée sur l’humain, dans laquelle l’intelligence collective, les compétences, la créativité et l’innovation deviendraient les premiers leviers de prospérité nationale. L’école n’y serait plus isolée de la société, mais deviendrait le cœur vivant de la transformation économique, sociale et civique de la Nation.
Ces transformations ne sauraient toutefois produire leurs effets sans que les écoles et les universités ne soient érigées en espaces pleinement sécurisés, protecteurs et propices à l’apprentissage. Cela implique la mise en place systématique de formations régulières des enseignants en matière d’éthique, de prévention et de lutte contre les violences en milieu éducatif, ainsi que le renforcement des dispositifs d’information et de sensibilisation des apprenants à la détection, à la prévention et à la gestion des différentes formes de violences. Le Bénin possède les ressources humaines nécessaires pour franchir un nouveau palier historique. J’invite donc chaque force vive de la Nation à contribuer, selon ses talents, au développement national, car aucune intelligence béninoise ne devrait rester en marge de l’édification collective.
Quant à moi, cette contribution traduit l’expression sincère de mon devoir de citoyen, de mon attachement à la République, ainsi que de mon enracinement patriotique et intellectuel. Ce que je peux apporter à mon pays, ce sont mes idées, mon engagement et ma foi inébranlable en la grandeur du Bénin.
Le Bénin d’abord. Le Bénin toujours !
Dr Finagnon André Gaga
PhD, MSc, BSc, Université de Bristol, Royaume-Uni
Expert en Gouvernance Universitaire, en Lutte contre la Corruption, en Réformes Stratégiques et Chercheur de dimension Internationale en Études Culturelles.


















