Artiste béninois installé aux Pays-Bas, Thierry Oussou revient sur son parcours atypique, son rapport à l’art et son engagement à valoriser le Bénin à travers ses œuvres. Dans cet entretien réalisé le 27 mars 2026, il évoque également son exposition avec Dagbé Art et ses ambitions à l’international.
Le Matinal : Présentez-vous à nos lecteurs.
Thierry Oussou : Je suis Thierry Oussou, artiste béninois résidant aux Pays-Bas. Je suis autodidacte et j’ai eu la chance de travailler avec des aînés comme Méchack Garba, Ernesto, ainsi que d’autres artistes africains et allemands. Très jeune, j’ai également bénéficié de l’encadrement de Dossou Kpitimé en bande dessinée, qui venait à la Médiathèque pour me donner des cours de caricature. Je n’ai pas eu de formation académique au Bénin, mais j’ai créé ma propre école à travers des résidences, des participations à des concours, et plusieurs nominations.
Qu’est-ce qui vous a incité à vous tourner vers l’art ?
Même à l’école, je dessinais déjà. Mes anciens camarades des CEG Vèdoko et Houéyiho peuvent en témoigner. Depuis le primaire, le dessin était mon principal moyen d’expression. J’avais créé des clubs de dessin dans ces établissements et j’encourageais mes camarades à participer à des concours. Au CEG l’Océan, j’ai poursuivi dans cette dynamique en animant des ateliers. Dès l’âge de 9 ans, j’avais des prédispositions pour le dessin. À 12 ans, j’ai même demandé à ma mère de m’inscrire dans un studio de photographie, car cela se rapprochait de ma passion pour la caricature. J’étais beaucoup plus attiré par les livres illustrés que par les livres de mathématiques.
Aujourd’hui, vous êtes un artiste confirmé. Vivez-vous de votre art ?
Je vis aux Pays-Bas sans famille sur place. Si j’arrive à subvenir à mes besoins uniquement grâce à l’art, cela signifie que j’en vis. J’ai eu la chance d’y être nommé pour plusieurs prix. J’y suis arrivé grâce à une bourse de l’Académie royale des beaux-arts, qui m’a permis de faire deux ans d’études avant de m’y installer.
À l’international, vos œuvres sont reconnues. Qu’en est-il du Bénin ?
Quand on quitte son pays, on devient un peu déconnecté. C’est ce que nous essayons de corriger avec Léa Résidence et Dagbé Art : faire un retour aux sources, montrer ici ce que nous faisons ailleurs. Il y a aussi une volonté politique de valoriser cela. Nous nous sommes battus pour exposer au Bénin, et c’est une grande satisfaction.
Parlez-nous de votre exposition avec Dagbé Art.
Ce projet vise à valoriser l’économie béninoise. Chaque artiste a son univers, et moi je suis un artiste conceptuel inspiré par mon environnement. Nous sommes partis du constat que le Bénin est devenu le premier producteur de coton en Afrique. Historiquement, nos ancêtres étaient envoyés cultiver le coton ailleurs pendant l’esclavage. Aujourd’hui, je veux raconter cette histoire à travers le coton béninois. Mon objectif est surtout de mettre en lumière les acteurs de l’ombre qui contribuent à cette économie.
Vos œuvres sont-elles uniquement centrées sur le Bénin ?
Non, pas du tout. Je travaille aussi sur d’autres pays comme le Japon, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas.
Quelles sont vos influences artistiques ?
Je me suis beaucoup inspiré de Sigma Prog, que j’ai découvert dans les livres. J’apprécie sa capacité à diversifier ses médiums. Mais l’inspiration peut venir de partout, même d’un simple cultivateur. J’ai aussi collaboré avec des artistes comme Méchack Garba.
Quels sont vos projets à venir ?
Nous préparons actuellement Art Paris en France avec Dagbé Art et Léa Résidence. Notre ambition est d’amener le public à comprendre le coton, à le toucher et à découvrir le travail des paysans qui contribuent à l’économie.
Votre mot de la fin ?
J’invite mes concitoyens à visiter mes œuvres.
Propos recueillis par Joel Samson Bossou

















