Les interruptions volontaires de grossesse ont nourri les recherches de doctorat d’Audrey Eunice Amoussou, le jeudi 5 février 2026 à l’Université d’Abomey-Calavi. Au terme de sa présentation, l’impétrante a été déclarée digne du grade du docteur en sociologie anthropologie dans la spécialité de développement.
C’est avec la mention très honorable et les félicitations du jury que Audrey Sèmèvo Eunice Amoussou a été déclarée docteure du département de sociologie anthropologie de développement de l’Université d’Abomey-Calavi. Ses recherches ont porté sur le thème « L’avortement sécurisé au Bénin : entre légalité, acceptabilité sociale et pratique des acteurs dans le département de l’Atlantique ». Selon la docteure, en 2021, le gouvernement a opté pour la réforme sur l’accès à l’avortement sécurisé afin de réduire le poids des avortements à risque sur la mortalité maternelle. Un changement qui motive l’étude, qui vise à analyser l’acceptabilité sociale et l’application de la politique d’avortement afin d’identifier son influence sur les pratiques des différents acteurs en matière d’offre et de la demande de service d’avortement sécurisé. « A travers ces recherches, je me suis accentuée sur l’adhésion de cette loi dans la communauté et chez les prestataires de soins, l’influence sur la pratique des acteurs, les femmes, leurs proches en matière de demande de soins d’avortement », a-t-elle laissé entendre. Cette étude reposant sur une démarche méthodologique mixte, combinant des données qualitatives et quantitatives, a mobilisé diverses techniques de collecte. L’enquête a été menée auprès de 30 femmes et hommes ayant vécu une expérience d’avortement, ainsi que de plus de 805 membres de la communauté. Selon les conclusions, la réforme du cadre juridique encadrant l’accès à l’avortement sécurisé au Bénin constitue une réponse institutionnelle à une urgence de santé publique, face à la mortalité maternelle liée aux avortements non sécurisés. Bien qu’elle représente une avancée majeure, son appropriation reste entravée par une faible connaissance du contenu de la loi, des résistances socioculturelles et religieuses, ainsi que des défis structurels et économiques, notamment en milieu rural. L’acceptabilité sociale de la réforme varie selon les acteurs, oscillant entre rejet fondé sur des normes traditionnelles et adhésion pragmatique liée à des expériences vécues. « La modification de la loi ne suffit pas, car les perceptions, les réalités socio-culturelles et religieuses, l’éducation restent une grande barrière. Aujourd’hui, nous devons expliquer les raisons de cette loi. Ce n’est pas une approbation à l’avortement, à la dépravation ou à une vie sexuelle irresponsable, mais c’est une solution, entre autres, que l’État a trouvée pour limiter les dégâts liés aux avortements clandestins au Bénin », a expliqué Eunice Amoussou. Au dire de la docteure, des articles scientifiques émergeront des recherches. « J’ai fait ce travail avec des acteurs des Osc qui pourront s’en inspirer pour réajuster les activités de sensibilisation, de vulgarisation de la loi et savoir les propos à tenir en communauté pour avoir l’adhésion des femmes, des leaders communautaires et pour faire comprendre que cette loi n’est pas une approbation à l’Ivg au Bénin », a-t-elle conclu. Selon le jury présidé par Roch Hougnihin, professeur titulaire de l’Université d’Abomey-Calavi, le sujet est d’actualité, originale et d’une pertinence évidente, avec une base théorique et méthodologique solide. La collecte et l’analyse des données sont de très bonne qualité.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)



















