Sous la présidence de Romuald Wadagni, le Bénin amorce une transformation environnementale structurelle, plaçant la transition écologique au cœur des priorités nationales. Le Programme cadre de vie (2026-2033) vise à réinventer le quotidien des Béninois en ciblant la gestion des déchets, le mix énergétique bas-carbone et la diplomatie verte.
Le Président Romuald Wadagni maîtrise les rouages des marchés financiers internationaux. Sa stratégie repose sur l’attraction de capitaux écoresponsables. Son déplacement la semaine écoulée en train plutôt qu’en avion privé à Bruxelles pour négocier des accords climatiques a illustré sa volonté d’aligner ses actions sur ses convictions écologiques. Le pays s’appuie sur le succès de ses premières obligations durables et sur la création d’une facilité de financement verte à la Caisse des dépôts et consignations du Bénin (Cdc Bénin). Ces fonds captés alimentent directement les infrastructures locales de traitement des eaux et d’assainissement, essentielles face au changement climatique.
Le cœur opérationnel de cette politique est le Programme Cadre de vie 2026-2033. Géré par Georges Alé, ministre du Cadre de vie et des Transports chargé du développement durable, ce plan ambitieux s’articule autour de priorités quotidiennes pour la population à savoir la modernisation de la gestion des ordures ménagères et industrielles, l’assainissement urbain avec la réduction des risques d’inondation à Cotonou et Porto-Novo et enfin l’aménagement urbain avec la transformation de la planification territoriale via la création de six grandes régions décentralisées pour autonomiser la gestion environnementale locale.
Energétique bas-carbone
La transition environnementale de Wadagni passe inévitablement par une restructuration énergétique. Le Programme Énergie 2026-2033 combine deux impératifs : la souveraineté économique et la décarbonation. Le gouvernement accélère les études d’impact environnemental de grands projets structurants, comme le barrage multifonctionnel de 128 Mw sur le fleuve Ouémé. Ce mix diversifié intègre l’extension de l’électrification rurale propre et le recours encadré à des réserves de gaz liquéfié pour sécuriser le réseau électrique tout en réduisant l’utilisation de fiouls lourds hautement polluants. Le projet de complexe hydroélectrique de Dogo-Bis, d’une puissance prévue de 128 Mw, constitue le pilier énergétique du programme présidentiel de Romuald Wadagni. Érigé sur le fleuve Ouémé, le plus grand cours d’eau intérieur du pays, cet ouvrage d’envergure dépasse le simple cadre de la production d’électricité pour s’imposer comme un aménagement multi-usages et résilient.
Caractéristiques de l’ouvrage
Le complexe Dogo-Bis repose sur des choix d’ingénierie lourde pour maximiser la rétention et l’exploitation des eaux. Long de 3,1 km, combinant un barrage-poids en béton au centre et une digue de col en remblai, pour une hauteur maximale de 64 mètres. Le réservoir créé retiendra 1,7 milliard de m³ d’eau, régulant le débit du fleuve face aux aléas climatiques. Équipée de 4 turbines de type Francis de 32 MW chacune, totalisant les 128 Mw de puissance installée. Le projet intègre l’évacuation de l’énergie vers le réseau interconnecté et l’électrification directe de 23 localités rurales cibles dans sa zone d’influence. Sur le plan macroéconomique, l’intégration de Dogo-Bis au sein du Programme énergie 2026-2033 vise l’autonomie stratégique du pays. Le complexe générera une production annuelle estimée à 342 GWh d’énergie propre, réduisant la dépendance aux centrales thermiques importées. L’hydroélectricité, moins coûteuse à produire, permettra d’abaisser le prix de vente du kilowattheure pour les industries locales et les ménages.
Par ailleurs, l’eau stockée sera valorisée pour dynamiser l’économie locale et sécuriser l’adaptation climatique dans plusieurs départements (Plateau, Collines, Zou, Ouémé). L’immense réservoir permettra une réduction d’environ 40 % des risques d’inondation en aval dans la vallée de l’Ouémé, une zone historiquement vulnérable. L’aménagement alimentera des périmètres d’agriculture irriguée, tout en soutenant l’élevage et le développement de l’aquaculture.
Conformément aux exigences réglementaires béninoises et aux normes de la Banque mondiale, le projet fait l’objet d’une étude d’Impact environnemental et social (Eies) approfondie publiée par le Ministère de l’économie et des Finances. Le déploiement se fait en deux temps, une phase préparatoire axée sur la sécurisation des pistes d’accès et l’indemnisation des zones humides impactées, suivie de la phase de construction et de mise en eau supervisée par la Société béninoise de production d’électricité.
Réinventer le cadre de vie est une bonne chose, mais l’urgence climatique impose d’aller vite. En positionnant le Bénin comme le pionnier de la finance durable sur le continent, Romuald Wadagni a posé les fondations financières de sa vision. Reste désormais le plus difficile, exécuter ces réformes sur le terrain, structurer les filières de recyclage et adapter l’agriculture aux caprices du climat. Une chose est sûre, si la transition écologique réussit, elle n’aura pas seulement assaini l’environnement béninois, elle aura profondément redéfini l’identité économique de toute une nation.
Sergino Lokossou
















