Protection sociale des producteurs, primes incitatives, mécanisation, maîtrise de l’eau, digitalisation et transformation locale des produits agricoles. Depuis son accession à la magistrature suprême, le président Romuald Wadagni imprime une nouvelle orientation à la politique agricole béninoise. À travers une série de mesures et de programmes, son gouvernement ambitionne de faire de l’agriculture un véritable levier de prospérité pour les producteurs, de souveraineté alimentaire et de développement industriel. Au-delà de l’augmentation des rendements, c’est désormais la question de la sécurisation des revenus et de la protection sociale du monde rural qui s’invite au cœur de l’action publique.
L’agriculture béninoise entre dans une nouvelle séquence de son histoire. Longtemps considérée essentiellement sous l’angle de la production et de la contribution aux recettes d’exportation, elle est désormais appelée à jouer un rôle plus large dans la transformation économique et sociale du pays. C’est l’ambition affichée par le président de la République, Romuald Wadagni, qui entend consolider les acquis des dernières années tout en apportant des réponses plus structurelles aux difficultés rencontrées par les exploitants agricoles.
Dans son programme de développement 2026-2033, le chef de l’État place l’agriculture au rang des secteurs stratégiques. L’orientation repose sur une conviction, la performance agricole ne peut plus se mesurer uniquement aux volumes récoltés. Elle doit également se traduire par une amélioration substantielle des revenus des producteurs, une meilleure valorisation des récoltes, une couverture contre les risques et une capacité accrue à transformer localement les matières premières. Cette approche marque une évolution importante dans la conception des politiques agricoles. Il ne s’agit plus seulement de produire davantage, mais de faire en sorte que ceux qui travaillent la terre bénéficient directement des richesses qu’ils contribuent à créer. Plusieurs mesures annoncées ou engagées par le gouvernement traduisent cette volonté de réorganiser progressivement le secteur.
La protection sociale, une nouvelle priorité pour le monde agricole
L’une des innovations majeures de la politique agricole portée par le président Romuald Wadagni réside dans la volonté d’intégrer les producteurs dans un véritable dispositif de protection sociale. Dans un secteur particulièrement exposé aux aléas climatiques, aux fluctuations des prix et aux difficultés d’écoulement des récoltes, cette orientation répond à une préoccupation ancienne : comment garantir à l’agriculteur une sécurité financière au-delà de la campagne agricole ?
Le gouvernement a franchi une étape concrète avec l’autorisation, en Conseil des ministres du 2 septembre 2026, de la phase pilote du Programme de productivité agricole et de protection sociale des agriculteurs du Bénin. Cette expérimentation cible 2 000 producteurs de maïs exploitant chacun une superficie moyenne de 1,5 hectare, soit environ 3 000 hectares concernés. Le programme repose sur trois axes complémentaires. Le premier concerne l’amélioration de la productivité à travers la mise à disposition de semences hybrides à haut rendement, d’engrais, de produits phytosanitaires et d’amendements de sols. Ces appuis sont associés à des services de mécanisation, à un conseil agricole renforcé et à un suivi numérique des exploitations. Le deuxième axe porte sur la sécurisation des revenus. Il prévoit un mécanisme facilitant l’écoulement des récoltes et leur valorisation, en s’appuyant notamment sur le dispositif national d’agrégation et de régulation des productions vivrières. L’objectif est de réduire les difficultés commerciales auxquelles sont régulièrement confrontés les producteurs, particulièrement lorsque les récoltes sont abondantes.
Le troisième volet, particulièrement novateur, concerne la protection sociale. Le programme prévoit une assurance maladie pouvant couvrir jusqu’à six personnes par ménage, soit deux adultes et quatre enfants. Il intègre également un mécanisme de retraite ou de dépôt à terme. La prime annuelle d’assurance maladie sera avancée par le programme, puis remboursée à partir d’une fraction de la production agricole.
Cette démarche entend rompre avec une conception de l’agriculture dans laquelle le producteur supporte seul les risques de son activité. En associant rendement, commercialisation et couverture sociale, l’État cherche à inscrire l’exploitation agricole dans une logique de sécurité économique à long terme.
La phase pilote doit également permettre d’évaluer la pertinence du dispositif avant son éventuelle extension à d’autres filières et zones agroécologiques. Il s’agit donc d’une expérimentation importante dont les résultats seront déterminants pour apprécier la capacité du modèle à répondre aux réalités du monde rural.
Le projet rejoint ainsi l’ambition formulée dans le programme présidentiel, qui prévoit un système plus global de prévoyance, d’assurance récolte, d’épargne et de retraite agricole. Une partie de la production pourrait être affectée au revenu immédiat du producteur, une autre au remboursement des intrants et une troisième à la constitution d’une réserve destinée à sa protection future.
Des primes incitatives pour récompenser l’effort de production
Autre orientation forte de la politique agricole du président Wadagni, faire de la rémunération des producteurs un instrument de stimulation de la production nationale et de la transformation locale. Dans cette perspective, le gouvernement a décidé d’instituer, à partir de la campagne agricole 2026-2027, des primes exceptionnelles au profit des acteurs de quatre filières stratégiques à savoir le coton, le soja, le riz et l’anacarde.
Annoncée à l’issue du Conseil des ministres du 3 juin 2026, cette mesure entend récompenser les performances agricoles, améliorer les revenus des exploitants et garantir l’approvisionnement des unités industrielles installées sur le territoire national. Elle traduit une volonté de rapprocher davantage les intérêts des producteurs de ceux des transformateurs.
Pour la filière coton, le mécanisme prévoit une prime exceptionnelle de 10 Fcfa par kilogramme de coton-graine, lorsque la production nationale dépasse 700 000 tonnes. Le président de la République a ainsi fixé un objectif ambitieux pour la campagne 2026-2027. À ce seuil de production, la prime représenterait environ 7 milliards de Fcfa redistribués aux acteurs de la filière.
Cette décision intervient dans un contexte où la production cotonnière béninoise a connu un recul au cours des dernières campagnes, passant de plus de 700 000 tonnes à environ 500 000 tonnes. Les difficultés liées à la pluviométrie, à la qualité des semences, à l’encadrement technique et à la mécanisation ont notamment pesé sur les performances de la filière.
En liant une récompense financière à l’atteinte d’un objectif national, le gouvernement entend remobiliser les cotonculteurs et renforcer la compétitivité de cette production stratégique. Le coton reste, en effet, un pilier de l’économie béninoise, aussi bien pour les recettes d’exportation que pour les activités économiques qu’il génère dans les zones rurales.
Pour le soja, le riz et l’anacarde, le principe est différent. Les producteurs pourront bénéficier d’une prime exceptionnelle de 10 Fcfa par kilogramme livré aux unités de transformation locales, une fois les capacités de transformation retenues satisfaites. Pour la campagne 2026-2027, les volumes de référence sont fixés à 450 000 tonnes pour le soja, 350 000 tonnes pour le riz et 200 000 tonnes pour le cajou.
Cette disposition présente un double intérêt. Elle encourage d’abord les producteurs à accroître leurs volumes commercialisables. Ensuite, elle contribue à sécuriser l’approvisionnement des industries nationales, qui ont besoin de matières premières disponibles en quantité et en qualité suffisantes pour fonctionner durablement.
Le choix est donc de faire évoluer progressivement le modèle agricole béninois, encore marqué par l’exportation de matières premières, vers une économie davantage tournée vers la transformation locale. En créant un intérêt financier supplémentaire pour les livraisons aux usines, le gouvernement cherche à consolider les relations entre producteurs et industriels. Cette orientation devrait également favoriser la création d’emplois dans les unités de transformation, les activités de transport, le stockage, le conditionnement et la commercialisation. Elle ouvre ainsi des perspectives au-delà du seul secteur agricole.
Maîtrise de l’eau, mécanisation et innovation, les nouveaux leviers de productivité
La troisième dimension de la stratégie présidentielle concerne les conditions mêmes de la production. Dans un contexte de dérèglement climatique, marqué par l’irrégularité des pluies et les poches de sécheresse, la maîtrise de l’eau devient une nécessité pour garantir la régularité des récoltes.
Le programme 2026-2033 prévoit à cet effet un effort national de construction de retenues d’eau et le lancement d’un programme d’irrigation. L’objectif est de réduire la dépendance des exploitations aux seules précipitations, de sécuriser les campagnes agricoles et de favoriser le développement des cultures de contre-saison.
Cette orientation s’inscrit dans la continuité des investissements réalisés au cours de la dernière décennie. Selon les données présentées dans le programme présidentiel, les superficies aménagées pour l’irrigation sont passées de 6 200 hectares en 2016 à plus de 26 000 hectares en 2025. De même, les superficies labourées à l’aide d’engins mécanisés ont dépassé 400 000 hectares, contre 260 400 hectares en 2016. Plus de 3 000 kits de tracteurs subventionnés ont également été mis à disposition des producteurs.
Le nouveau cap consiste à élargir ces acquis et à rendre les équipements plus accessibles. La construction de centres de mécanisation constitue l’une des réponses envisagées. Il s’agit de rapprocher les services mécanisés des exploitations, notamment celles des petits producteurs qui ne disposent pas des moyens financiers nécessaires pour acquérir individuellement des tracteurs et autres équipements. La mécanisation ne concerne d’ailleurs pas uniquement le labour. Elle doit progressivement couvrir les différentes étapes de la chaîne de production à savoir, préparation des sols, semis, entretien des cultures, récolte et opérations post-récolte. Une meilleure disponibilité des équipements pourrait réduire les pertes de temps, améliorer les rendements et faciliter l’augmentation des superficies cultivées.
La maîtrise de l’eau s’accompagne également d’une attention accrue à la fertilité des sols. Au cours de sa tournée de suivi de la campagne agricole 2026-2027, effectuée du 9 au 12 septembre dans plusieurs bassins de production, le ministre de l’Agriculture, Adin Yéton Bloukounon Goubalan, a notamment insisté sur la gestion de la matière organique et la restauration des terres agricoles.
À cette occasion, il a présenté le programme d’un million de citernes dans les zones cotonnières, destiné à renforcer les réserves d’eau et à atténuer les conséquences des déficits pluviométriques. La mise à l’échelle des biofertilisants ionisants figure également parmi les innovations mises en avant pour améliorer l’assimilation racinaire et les rendements, tout en préservant les sols. Gouvernement de la République du Bénin. La digitalisation constitue un autre pilier de cette modernisation. Le gouvernement entend faire entrer davantage l’agriculture béninoise dans l’ère de l’agritech. Drones, intelligence artificielle, capteurs, outils de suivi des cultures et plateformes numériques doivent contribuer à améliorer les décisions techniques et la gestion des exploitations.
Dans le cadre du programme pilote de protection sociale, une plateforme numérique est notamment prévue pour identifier et géolocaliser les producteurs et leurs parcelles, suivre les opérations culturales, contrôler l’utilisation des intrants et mesurer les rendements. Cette évolution pourrait permettre de disposer de données agricoles plus fiables pour orienter les investissements publics, anticiper les besoins en intrants et améliorer l’accompagnement des exploitants. Elle devrait également favoriser la traçabilité des produits, un enjeu important pour l’accès aux marchés internationaux et le respect des normes commerciales.
Sergino Lokossou



















