A la mairie de Cotonou, il souffle depuis quelques jours comme un vent de malaise. Après le Secrétaire exécutif, Anges Paterne Amoussouga, c’est au tour de la Personne responsable des marchés publics (Prmp) de déposer le tablier. Des démissions qui alimentent la polémique et suscitent moult interrogations au sein de l’opinion.
Que se passe-t-il concrètement à la Mairie de Cotonou ? Telle est la question qui agite les lèvres des observateurs avertis de l’actualité nationale depuis quelques jours. Deux démissions de cadres techniques et pas de moindres, en l’espace de deux semaines, au sein de la même administration municipale, cela pourrait paraître anodin n’eut-été la concomitance de ces départs. Le mercredi 30 septembre dernier en effet, au travers d’une lettre déposée au cabinet du maire Luc Gnacadja, Anges Paterne Amoussouga, Secrétaire éxécutif de la mairie de Cotonou, a annoncé sa démission pour « raisons de convenance personnelle » ainsi que la nécessité de préserver sa santé et son équilibre mental selon le contenu de la lettre. Alors que celui-ci continue de liquider les affaires courantes en attendant la passation de charges projetée pour le 30 octobre prochain, une autre démission est annoncée, celle de dame Manet Gazard, la Personne responsable des marchés publics, déposée le 8 octobre au Secrétaire exécutif avec pour prise d’effet le 2 novembre. L’annonce a été faite par le maire Luc Gnacadja, dans son intervention liminaire à l’ouverture de la quatrième session extraordinaire du conseil communal de Cotonou, tenue hier, mardi 13 octobre 2026. Ces départs qui interviennent quelques mois après la prise de fonction du nouveau maire semblent à priori traduire un malaise ou à tout le moins, une difficulté de collaboration avec l’édile de la ville de Cotonou. A la vérité, et selon les investigations menées par Le Matinal, ces démissions sont la conséquence de la nouvelle dynamique imprimée par le successeur de Luc Atrokpo pour une gestion efficiente de la municipalité.
Un audit qui met tout à nu
Quelques mois après sa prise de fonction et afin d’optimiser la collecte des ressources financières de la municipalité, le maire Luc Gnacadja a commis courant mai 2026, l’Inspection générale des finances (Igf) qui a effectué, une mission de vérification sur la chaîne de mobilisation des recettes non fiscales de la mairie, de 2021 à avril 2026. Le rapport transmis le 22 septembre 2026 par l’Igf, fait état d’un certain nombre de dysfonctionnements au niveau de la chaîne de mobilisation des recettes. Il établit qu’entre 2021 et 2025, les recettes non fiscales ont reculé de près d’un quart. Le constat est effarant : absence de recensement et de cartographie, aucun manuel de procédures, des autorisations d’occupation du domaine public délivrées sans superficie, sans durée, parfois avec des redevances minorées, des espaces publics exploités par des opérateurs publicitaires sans au aucun contrat formel avec a mairie ; ce qui occasionne à la municipalité, un manque à gagner de près de 500 millions de Fcfa. A ces travers, s’ajoutent la lenteur des procédures de commande publique ainsi que le défaut de fonctionnement des mécanismes de sanction et d’alerte. A tout cela, vient se greffer le constat désolant fait par le conseil communal lors de sa tournée dans les treize arrondissements du 5 au 10 octobre dernier. Sur le terrain, la délégation est restée sans réponse face aux nombreux questionnements et attentes des populations qui voulaient connaître les raisons du blocage des projets et l’abandon des travaux entrepris par la Mairie.
Nécessité de « Changer d’échelle »
Dès sa prise de fonction, le maire Luc Gnacadja s’est donné une ambition claire : transformer durablement Cotonou. Pour ce faire, il s’est doté d’un projet de société ambitieux intitulé « Changer d’échelle ». Pour réaliser les nobles ambitions qui y sont inscrites, Luc Gnacadja a remis à chacun des collaborateurs clés de la municipalité, des lettres de mission. L’objectif de cette démarche opérée le 26 mai 2026 était de clarifier les responsabilités de chacun et de formaliser l’engagement autour d’objectifs mesurables. Pour le maire, plus rien de devra plus être comme avant, et les anciennes pratiques doivent disparaître. Il était donc question d’instaurer une gestion plus rigoureuse, fondée sur la performance et le résultat. Visiblement, ce changement de cap et cette nouvelle dynamique semblent éprouver certains cadres la mairie de Cotonou.
Pas de chasse aux sorcières
Contrairement aux insinuations d’une certaine opinion, les raisons évoquées supra démontrent que Luc Gnacadja n’est en rien à l’origine des départs annoncés. La preuve en est qu’il n’a limogé personne depuis son entrée en fonction. On ne saurait non plus lui faire le procès de vouloir nuire aux agents techniques dont la gestion est mise en index. Autrement, il aurait fait appel à la Brigade économique et financière (Bef), plutôt qu’à l’Inspection générale des finances. Les cadres qui ont claqué la porte font juste montre de leur incapacité à s’inscrire dans la dynamique des réformes annoncées, lesquelles intègrent trois facteurs : la rigueur, la continuité et la transparence. Au demeurant, l’on est bien tenté de dire que la réforme structurelle de la décentralisation a du pain sur la planche.
Gabin Goubiyi
















