Avec 201,3 milliards de Fcfa signés à Bangkok auprès de la Banque islamique de développement, le Bénin franchit une étape décisive dans la modernisation de l’axe Godomey–Ouidah–Hillacondji. Environ 94 kilomètres appelés à passer entièrement en 2×2 voies, sur l’un des corridors les plus fréquentés d’Afrique de l’Ouest.
Il suffit d’emprunter, un jour de semaine, la route qui file de Godomey vers la frontière togolaise pour mesurer l’enjeu. Poids lourds chargés de conteneurs, minibus bondés, taxis-motos qui se faufilent, voitures particulières et commerçants pressés s’y partagent un même ruban d’asphalte. Ici transitent le commerce sous-régional, les voyageurs entre Cotonou et Lomé, les visiteurs en route vers Ouidah ou les plages de Grand-Popo.
Ce tronçon appartient au corridor Abidjan–Lagos, l’épine dorsale routière du golfe de Guinée. Chaque minute perdue dans un embouteillage, chaque ralentissement à l’approche d’une agglomération pèse sur le prix des marchandises et sur la compétitivité des ports de la région. Pour les transporteurs, le calcul est simple : un camion immobilisé est un camion qui ne gagne rien. Pour les familles qui vivent le long de l’axe, la densité du trafic est aussi une affaire de sécurité, à chaque traversée de chaussée, à chaque sortie d’école.
« Cette route, c’est la porte du Bénin vers l’ouest, souligne Hugues Oscar Lokossou, ministre délégué chargé de la Mobilisation des ressources extérieures et de la Gestion de la dette. La mettre entièrement en 2×2 voies, c’est faire gagner du temps et de l’argent à tous ceux qui l’empruntent, du transporteur au petit commerçant. »
Quatre lots pour un chantier hors norme
Le projet couvre environ 94 kilomètres. Compte tenu de la longueur du tracé et de la complexité des ouvrages à réaliser, les travaux ont été découpés en quatre lots, chacun doté de son plan de financement.
L’accord signé avec la Bid le 13 octobre 2026, d’un montant de 201,3 milliards de FCFA, soit 306,9 millions d’euros, porte sur deux d’entre eux. Le lot 1 comprend la section Godomey–Ouidah, longue de 35,9 kilomètres, et celle de Guézin à Comè, sur 4,5 kilomètres. Le lot 4 concerne la section Grand-Popo–Hillacondji, sur 20,134 kilomètres, jusqu’aux abords de la frontière togolaise. Au total, plus de 60 kilomètres du tracé relèvent ainsi du financement de la banque de Djeddah. Ce sont aussi les sections les plus exigeantes : l’entrée de l’agglomération du Grand Cotonou, où la circulation est la plus dense, et l’approche du poste frontalier, où se concentrent les camions en attente de formalités.
Trois bailleurs, un même tracé
La Bid n’est pas seule à bord. La Banque ouest-africaine de développement (Boad) apporte 60 milliards de Fcfa, entièrement bouclés depuis avril 2026, pour la section Ouidah–Guézin, longue de 14 kilomètres. La Banque africaine de développement (Bad) doit, de son côté, financer la section Comè–Grand-Popo, sur 18,5 kilomètres, pour un montant de 111,9 milliards de FCfa dont l’instruction est en cours. Au total, l’aménagement de l’axe mobilise 373,2 milliards de FCfa auprès de trois institutions. Une architecture financière que le gouvernement a voulue délibérément partagée.
« Un projet de cette envergure ne repose jamais sur un seul partenaire, explique le ministre délégué. Avec la Bid, la Boad et la Bad, chaque section du tracé a désormais son financeur identifié. Le Président de la République tenait à ce que rien ne soit laissé au hasard. »
Cette approche porte la marque du chef de l’État. Ancien argentier du pays, Romuald Wadagni a fait de l’identification de financements structurants un axe majeur de son action. Plutôt que de multiplier les petites enveloppes, il privilégie les montages capables de porter un ouvrage de bout en bout, en associant des partenaires complémentaires.
Ce que la route va changer
Pour les autorités, l’objectif est triple : renforcer les échanges, approfondir l’intégration sous-régionale et améliorer la performance logistique sur l’axe Lomé–Cotonou. Derrière ces termes techniques se dessinent des réalités très concrètes. Une route à 2×2 voies, c’est d’abord une circulation plus fluide et des dépassements moins périlleux. C’est un transporteur qui achève sa livraison avant la nuit, une commerçante qui écoule ses produits plus vite au marché, un touriste qui hésite moins à pousser jusqu’à la Bouche du Roy. C’est aussi, pour les villes traversées, l’occasion de repenser leurs entrées et leurs abords. « Quand une route fonctionne bien, c’est toute une économie qui se met en mouvement, insiste Hugues Oscar Lokossou. Les échanges avec nos voisins en dépendent directement. »
Le temps du chantier
La signature de Bangkok ouvre désormais une autre phase, celle des procédures, des entreprises à mobiliser et des engins à déployer. Le découpage en lots doit permettre d’avancer sur plusieurs fronts à la fois, sans attendre que l’ensemble du financement soit bouclé. Le suivi sera déterminant : respect des délais, qualité des ouvrages, gestion de la circulation pendant les travaux, dialogue avec les riverains et les commerçants installés en bordure de route. Pour les riverains et les usagers, la perspective est claire : à terme, de Godomey à Hillacondji, le Bénin disposera d’une voie moderne à la hauteur du trafic qu’elle supporte. La route qui étouffait devrait enfin respirer.
Abdourhamane Touré

















