Lundi 27 avril 2026, la mairie de Cotonou a organisé une assemblée générale réunissant une large partie de ses 825 agents. Initiée en lien avec les cinq organisations syndicales de la maison, cette rencontre marquait le premier échange direct entre le maire Luc Gnacadja et l’ensemble du personnel depuis son installation en février.
L’objectif de cette réunion était double : restituer les enseignements tirés des premières semaines de prise de contact avec les services municipaux et partager la vision stratégique du mandat. Elle constituait également une étape importante dans l’installation d’une nouvelle dynamique de gouvernance au sein de l’administration communale. Dès l’entame de son intervention, le maire a tenu à poser le cadre. « On ne transforme pas sérieusement une institution sans commencer par écouter sa réalité », a-t-il affirmé, justifiant ainsi les huit semaines d’immersion qu’il a consacrées à la compréhension du fonctionnement interne de la mairie. Il a salué « la disponibilité des directions, des services, des arrondissements et des agents rencontrés », tout en précisant que cette démarche « n’était pas un audit de sanction », mais bien une étape nécessaire pour « comprendre avant d’agir ».
Un diagnostic lucide, sans complaisance
Luc Gnacadja a ensuite partagé les grandes lignes de son analyse situationnelle. Un diagnostic nuancé, qui met en lumière à la fois les forces et les fragilités de l’administration communale. Du côté des acquis, le maire a insisté sur « une administration avec des compétences réelles », portée par « des agents engagés malgré des conditions parfois difficiles ». Il a également salué « une connaissance précieuse du terrain » ainsi que la continuité du service public malgré de nombreuses contraintes. En une phrase, il résume : « J’ai rencontré plus de potentiel humain que certains clichés sur l’administration publique ne le laissent croire. » Mais ce constat positif n’a pas occulté les dysfonctionnements. Sans personnaliser, le maire de Cotonou a pointé des « lourdeurs administratives », des « lenteurs dans le traitement des dossiers », une « faible culture du délai » et une « circulation imparfaite de l’information ». Sur le plan managérial, il évoque un « suivi insuffisant des décisions » et une « faible culture de résultats ». À cela s’ajoutent des insuffisances opérationnelles : équipements limités, outils numériques sous-utilisés, besoins en formation. Au fond, pour le maire, le problème dépasse les moyens. « Beaucoup de problèmes ne relèvent pas uniquement du manque de moyens. Ils relèvent aussi d’organisation, de discipline, de coordination, de simplification et de responsabilité. » Une analyse qui a trouvé un écho dans l’assistance, consciente des limites du système actuel.
Une vision ambitieuse : “changer d’échelle”
Après ce diagnostic, place à la vision. Et elle est clairement assumée. « Cotonou approche de son bicentenaire. Ce rendez-vous avec l’histoire nous oblige », a lancé le maire. L’objectif est sans ambiguïté : faire de la ville « une métropole africaine de référence : verte, résiliente, inclusive, bien gouvernée, attractive et productive ». Cette ambition se décline en une formule simple mais mobilisatrice : « Agir pour Cotonou, Ensemble. » Et dans cette dynamique, les agents municipaux occupent une place centrale. « Vous êtes la première ligne de cette transformation », leur a-t-il rappelé. Le maire a détaillé les sept grands chantiers de son mandat, allant de la salubrité à la mobilité, en passant par l’économie locale, la gestion foncière, la résilience climatique et la modernisation de l’administration. Mais au-delà des projets, c’est une transformation profonde des pratiques qui est attendue. « Nous devons progressivement passer d’une administration de procédures à une administration de résultats », a-t-il martelé. Cela implique « plus de rigueur dans les délais, plus de coordination entre services, plus de suivi des décisions, et plus de respect du citoyen ».
Entre adhésion et questionnements
Plusieurs fois interrompu par des salves d’applaudissements – salué pour sa clarté, sa cohérence et sa franchise – le discours de Luc Gnacadja a néanmoins suscité quelques interrogations légitimes parmi les agents. La question des carrières revient avec insistance : dans un système orienté vers les résultats, quels seront les critères d’évaluation ? Comment garantir une reconnaissance équitable du mérite ? Certains agents s’interrogent également sur l’impact de cette nouvelle exigence sur leurs conditions de travail, notamment en termes de charge et de moyens disponibles. La transformation managériale annoncée – plus de responsabilité, mais aussi plus d’exigence – appelle un accompagnement. Formation, outils, clarification des rôles : autant de conditions nécessaires pour réussir ce changement sans créer des tensions internes. Conscient de ces enjeux, le maire a tenu à rassurer sur certains fondamentaux. « Ce qui ne changera pas, c’est le respect que je vous dois, le dialogue social, la valorisation du mérite et l’écoute. » Mais il a également été ferme sur les lignes rouges : « les négligences répétées, l’absentéisme abusif ou l’irrespect du citoyen ne seront pas acceptés. » Pour y arriver, le Maire de Cotonou rassure ses collaborateurs, chacun disposera d’une lettre de mission discutée et acceptée, avec des indicateurs clés de transformation.
Un premier test réussi
Au terme de cette assemblée, une chose apparaît clairement : le message est passé. Sans lever toutes les inquiétudes – ce qui aurait été illusoire – cette rencontre a au moins permis d’installer un nouveau cadre, fondé sur la transparence, l’exigence et la responsabilité partagée. Le défi est désormais connu. Les règles du jeu commencent à se préciser. Et surtout, une dynamique semble enclenchée. En conclusion, le maire a rappelé l’essentiel : « l’histoire retiendra peut-être les élus. Mais ce sont souvent les administrations qui rendent les transformations possibles. ». Un message fort, qui sonne comme un appel à l’engagement collectif. À Cotonou, la transformation est lancée. Et pour la première fois, elle semble portée à la fois par une vision claire… et par une administration prête à entrer dans le mouvement.
Abdourhamane Touré

















