18ème pays africain industrialisé, le Bénin mène lentement, mais sûrement la bataille pour son véritable développement industriel. 28ème en 2020, il a fait un bond qualitatif et magnifique de 10 rangs dans le dernier classement de la Banque africaine de développement (Bad) publié le 24 novembre 2022. Un classement à mettre à l’actif des réformes engagées par le gouvernement du Nouveau départ.
Quoi qu’on dise, le mérite de l’industrialisation au Bénin peut être décerné au gouvernement du « Nouveau départ ». Sous ce régime, le potentiel industriel du pays se révèle et se laisse constater ostensiblement par les organismes internationaux. Le dernier rapport sur l’indice de l’industrialisation en Afrique du groupe de la Banque africaine de développement est assez évocateur. Il est d’une pertinence politique indéniable et relance âprement le débat sur le développement industriel du Bénin.
Ce résultat fait après les déboires de 2010 à 2016 où le pays a vogué entre la 32ème et la 33ème place, n’est ni une manne tombée du ciel ni de l’incantation. Il est le fruit des efforts croissants du gouvernement de Patrice Talon depuis 2016. Dès cette période de rupture, le Bénin s’est doté d’un nouveau Code des investissements. Un Code à valeur incitative et baromètre d’identification du Bénin comme un pays des investissements sécurisés. « Après le Code des investissements dont le socle est d’avoir un environnement incitatif qui encourage l’investissement, un environnement qui réduit et annule tout ce qui est obstacle, l’Apiex qui est le bras opérationnel s’y attèle tous les jours avec des réformes au niveau des entreprises de toutes tailles. Les Pme et les Pmi constituent la base de toute économie en termes d’entreprise. Quand on parle de cadre incitatif, cela élimine tout obstacle à l’installation des entreprises prometteuses, productrices et pourvoyeuses d’emplois et de richesse. Donc, zéro traca, c’est cela notre leitmotiv et c’est cela qui impulse le développement », a déclaré la ministre de l’industrie et du commerce, Shadiya Alimatou Assouman en 2020. En quatre ans, dit-elle, nous avons agréé 36 entreprises, et pas des moindres. Sur les 36 entreprises, les produits de la moitié sont déjà dans la circulation. En quatre ans, nous avons agréé des entreprises d’envergure internationale. Notamment une entreprise britannique installée dans un pays francophone….. Il faut en être fier. Et cela est dû à toutes les réformes que nous avons amorcées, et surtout le cadre créé pour attirer ces entreprises-là. Elles sont à diverses phases d’installation. Vous allez voir d’autres entreprises qui sont à nos portes et qui vont s’installer bientôt. Quand on a fait un cadre incitatif, il faut mettre ces entreprises quelque part. »
Effectivement, la loi du 19 juin 2017 portant création du régime des Zones économiques spéciales a servi donc à la mise en place de la Zone économique spéciale de Glo-Djigbé sur 10.000 hectares dont 1640 hectares pour accueillir les entreprises. En attendant les derniers chiffres actualisés, 32 investisseurs se partagent déjà le site.
Avant d’y arriver
En 2019, le Bénin a pris la peine de faire une analyse globale de l’évolution du secteur industriel depuis 1960 afin d’identifier des solutions pour son développement. Portées par un rapport de novembre 2019 intitulé ‘’Industrialisation au Bénin : Etat d’évolution, facteurs explicatifs et perspectives de son développement’’, les différentes analyses ont permis de se rendre à l’évidence que les choix en matière de stratégie d’industrialisation du Bénin et les résultats obtenus ont été marqués par l’évolution du contexte politique général. De plus, les résultats ont mis en évidence plusieurs contraintes au développement du secteur. Il s’agit des contraintes liées à la disponibilité, à la qualité et au coût des facteurs de production (énergie, ressources humaines, etc.), à l’environnement des affaires (la concurrence déloyale du secteur informel, etc.), à l’accès aux financements et aux marchés. Les analyses explicatives ont permis de constater que la faiblesse des investissements constitue un frein majeur à la performance du secteur industriel et limite sa contribution à la croissance économique.
Les statistiques africaines évoquées par le rapport
L’Afrique est aujourd’hui moins industrialisée qu’elle ne l’était il y a 40 ans. En Afrique noire, le taux de croissance de la production industrielle a été de 10,6% pour la période allant de 1960 à 1965 et de 4,5% pour celle allant de 1965 à 1970 (Ikonicoff, 1982). Le groupe de recherche britannique (The Economist intelligence unit, 2008), estime que l’Afrique représentait plus de 3% de l’industrie manufacturière mondiale dans les années 1970 et cette valeur est de 1,6% sur la période 1990-2015. Sur la même période, la part de la région de l’Asie-Pacifique se situait autour de 45% (Masimba, 2016). Selon la Bad (2014), au cours des trois dernières décennies, la valeur ajoutée manufacturière a culminé à 19 % du Pib en Afrique du Nord et à 14% en Afrique subsaharienne, tout en diminuant lentement et continuellement dans les deux régions depuis 2003. Si l’on exclut l’Afrique du sud et les pays d’Afrique du nord, environ 95% de la population africaine (plus de 800 millions de personnes) résident dans les pays qui, en 2010, ont enregistré une valeur ajoutée manufacturière (Mva) par habitant inférieure à 100 dollars. Au Bénin, la contribution du secteur industriel au Pib a évolué en dents de scie passant de 10,23% en 1960 à 12,57% en 19983 ; de 1999 à 2002, on note une croissance forte dont le pic atteint les 29,73% en 2001 ; de 2003 à 2016, il est noté une décroissance de la contribution industrielle au Pib pour s’établir à 20,13% en 2016 et une légère reprise à partir de 2017 (Banque mondiale 2018).
Bienvenue Agbassagan
Conclusion du rapport
Le rôle du secteur industriel dans le développement n’est plus à démontrer. Les pays en général et ceux en développement en particulier ont compris la nécessité d’investir dans le secteur industriel pour profiter des nombreux effets d’entrainement positifs sur les autres secteurs de la vie économique. L’analyse de l’industrialisation au Bénin à travers son état d’évolution, les facteurs explicatifs et perspectives de son développement qui vient d’être menée a permis de mettre en évidence non seulement les forces et faiblesses des politiques élaborées et mises en œuvre dans le secteur depuis les indépendances et la situation au niveau des différentes branches du secteur, mais aussi d’apprécier la performance du secteur et sa contribution à la croissance économique du pays. Les résultats obtenus témoignent, d’une part, de la nécessité de refonder les bases du développement industriel pour un arrimage entre le secteur industriel et les potentialités des secteurs primaire et tertiaire, et d’autre part, de l’importance de la mise en place d’un environnement adéquat capable de permettre un exercice efficace de l’activité industrielle au Bénin. A la lumière des résultats, il est à noter que depuis les indépendances, le secteur industriel béninois a évolué de façon erratique. Le contexte politique a joué un grand rôle dans les priorités du secteur et les grandes orientations qu’il a connues. Aujourd’hui, le bilan effectué à l’issue de la mise en œuvre des actions inscrites dans le plan de développement du secteur présente des résultats mitigés. En ce qui concerne les performances du secteur industriel, il y a lieu de faire remarquer que le secteur reste encore peu performant, du fait de l’existence d’un ensemble de contraintes qui le minent et qui concernent aussi bien la disponibilité, la qualité et le coût des facteurs de production que l’environnement des affaires, l’accès au financement et l’accès aux marchés. A cet égard, il paraît crucial de relever le caractère primordial que revêtent les questions liées à la qualité de l’emploi dans le secteur industriel, à l’énergie et à l’accès au financement des investissements dans ce domaine. Pour ce qui est de la question de l’emploi, les entreprises du secteur sont confrontées à d’énormes problèmes de qualité de la main d’œuvre. Cette situation justifie la nécessité d’opérer des choix de politiques visant à renforcer et orienter la formation du capital humain de façon à rendre disponible pour les entreprises industrielles une main d’œuvre adaptée, capable de leur garantir des coûts de production plus faibles. Quant à la question de l’énergie, il y a lieu de souligner qu’elle est très importante pour le secteur industriel puisqu’elle se place au rang des premiers facteurs de production, sans lesquels l’activité de production est pratiquement impossible. L’autre point essentiel sur lequel il faudra insister est le faible investissement dans le secteur. La faiblesse de l’investissement dans le secteur industriel trouve ses causes dans les contraintes auxquelles fait face le secteur, notamment l’inexistence d’une structure adéquate de financement, l’environnement des affaires et la concurrence déloyale du secteur informel. Enfin, au-delà de ces éléments, des choix conséquents devront être opérés en matière de filières agricoles à développer en amont pour créer des chaines de valeur plus soutenables autour du secteur industriel.

















