Comment moderniser un secteur qui pèse 13 % du Pib mais reste majoritairement informel ? Le Bénin a trouvé la formule en dix ans. En actionnant simultanément les leviers de la gouvernance, de la protection sociale et de la formation qualifiante, l’État a redonné de la dignité et de la compétitivité aux créateurs locaux. Plongée au cœur des réformes qui façonnent le nouveau label « Made in Benin »
Dans les ateliers de couture de Cotonou, les garages de Parakou ou les chantiers de démarcheurs à Abomey, un changement profond s’est opéré. Il y a dix ans encore, l’artisanat béninois rimait majoritairement avec précarité, manque de financement et absence de reconnaissance légale. Aujourd’hui, ce secteur qui fait vivre près d’un Béninois sur trois a radicalement changé de visage. Depuis l’avènement de la « rupture » en 2016 sous la présidence de Patrice Talon, le gouvernement a fait de la modernisation de ce secteur un axe stratégique majeur de son Programme d’action. L’objectif était clair, transformer une activité de subsistance en un véritable moteur de croissance économique, représentant désormais plus de 13 % du Pib national. En dix ans, cette ambition s’est matérialisée par le déploiement méthodique de trois leviers interconnectés : la Chambre des métiers de l’artisanat (Cma), l’Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch) et le Certificat de qualification aux métiers (Cqm) rénové.
La Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin
Pendant des décennies, l’artisanat béninois a souffert d’un mal chronique, l’émiettement de sa représentativité. Éparpillés au sein de multiples associations locales et dépourvus d’un interlocuteur unique face à l’État, les artisans peinaient à faire entendre leur voix. C’est pour combler ce vide juridique et politique que le gouvernement a promulgué la loi n°2020-24, portant création de la Chambre des métiers de l’artisanat du Bénin (Cma-Bénin). Loin d’être une simple structure administrative de plus, la Cma-Bénin s’est imposée en quelques années comme la clé de voûte du secteur. Son premier coup de maître a été la réalisation d’un recensement national exhaustif. Cette cartographie sans précédent a permis de sortir des milliers de professionnels de l’anonymat de l’informel et d’organiser, pour la première fois, des élections consulaires transparentes. Aujourd’hui, l’Assemblée consulaire de la Cma-Bénin est forte de 80 élus légitimes, issus du terrain et répartis sur l’ensemble des 12 départements du pays.
En classant plus de 300 métiers dans des branches professionnelles claires, la Chambre a offert aux artisans un statut juridique et fiscal valorisant. Elle est désormais le guichet unique qui défend leurs intérêts, facilite leurs démarches administratives et négocie les partenariats stratégiques. En dix ans, la Cma-Bénin a réussi son pari le plus difficile : transformer une masse invisible de travailleurs indépendants en un corps de métier uni, respecté et officiellement reconnu par la République.
Arch, bouclier social et levier financier des artisans
Si la structuration institutionnelle a donné une existence légale aux artisans, c’est sur le terrain social et financier que le changement s’est fait le plus ressentir au quotidien. Longtemps exclus des systèmes bancaires classiques et laissés sans protection face à la maladie, les professionnels du secteur ont trouvé une réponse concrète à travers le projet Assurance pour le renforcement du capital humain (Arch). Le premier défi relevé par ce programme présidentiel a été la sécurisation de l’outil de production : l’artisan lui-même. Déployée progressivement, l’Assurance maladie Arch a permis d’offrir une couverture sanitaire gratuite ou subventionnée aux artisans et à leurs familles. En levant l’angoisse des frais médicaux qui pouvaient ruiner un atelier du jour au lendemain, l’État a injecté de la sérénité et de la dignité dans le quotidien de milliers de foyers. Au-delà de la santé, le projet s’est attaqué au principal frein de l’artisanat béninois, l’accès au capital. À travers le volet Arch formation, plus de 8 500 professionnels ont bénéficié de renforcements de capacités techniques gratuits pour adapter leurs techniques aux exigences modernes. Pour concrétiser ces acquis, le gouvernement, via le Fonds National de la microfinance (Fnm), a mis en place le crédit Arch artisan. Ce dispositif offre des prêts ciblés allant de 100 000 à 2 000 000 Fcfa à des taux préférentiels. Pour la première fois, un menuisier, un mécanicien ou une couturière a pu acquérir des machines modernes sans s’endetter auprès de réseaux usuriers, transformant ainsi de modestes ateliers en petites entreprises compétitives.
Le Cqm rénové
Le troisième pilier de cette transformation s’attaque à la racine même du savoir-faire : la formation et la certification des apprentis. Historiquement, le secteur de l’apprentissage souffrait d’un manque d’harmonisation. Les diplômes locaux, souvent délivrés sans contrôle rigoureux par une multitude de groupements, manquaient de valeur académique et laissaient la porte ouverte aux fraudes. C’est pour restaurer la confiance que le gouvernement a opéré une refonte historique du Certificat de qualification aux métiers (Cqm). La première grande innovation a été la reprise en main de l’examen par l’État, en étroite collaboration avec la Cma-Bénin. Désormais, le Cqm est un examen national standardisé, sécurisé et hautement crédible. Le processus a été entièrement modernisé grâce à la digitalisation des inscriptions et à la dématérialisation des paiements. Cette réforme a permis de simplifier le parcours des candidats, d’éliminer les faux diplômes et de garantir une transparence totale sur l’ensemble du territoire national. En donnant une véritable valeur juridique et professionnelle au Cqm, le Bénin a réussi à aligner l’apprentissage traditionnel sur les standards de l’enseignement technique. Cette valorisation des compétences change tout. Le jeune diplômé ne quitte plus son atelier avec une simple attestation locale, mais avec un diplôme d’État reconnu par les entreprises et les institutions financières. C’est la clé de voûte qui garantit la relève et assure la compétitivité à long terme du label « Made in Benin ».
En l’espace d’une décennie, les réformes menées sous la présidence de Patrice Talon ont profondément redéfini les contours de l’artisanat béninois. En articulant avec méthode la reconnaissance légale de la Cma-Bénin, le bouclier socio-économique du projet Arch et l’exigence qualitative du Cqm rénové, l’État a réussi à extraire ce secteur vital des pièges de l’informel. L’artisan n’est plus un travailleur invisible en situation de survie ; il est désormais un entrepreneur reconnu, protégé et outillé pour créer de la richesse. Le défi des prochaines années consistera à pérenniser ces acquis et à amplifier l’intégration des artisans dans les grands circuits industriels, à l’image des opportunités naissantes au sein de la Zone Industrielle de Glo-Djigbé (Gdiz). Alors que le Bénin pose les jalons de sa modernisation économique, son artisanat, désormais structuré et fier de ses compétences, s’impose comme l’un des plus beaux fleurons du développement national.
Sergino Lokossou




















