Dans la soirée du mercredi 16 juillet 2025, les internautes ont été surpris de découvrir un communiqué signé de Ganiou Soglo, ancien ministre et fils du président Nicéphore Dieudonné Soglo. Dans ce texte à charge et empreint de sous-entendus politiques mal voilés, il accuse les autorités actuelles d’« instrumentaliser » son père pour servir une supposée « propagande ». Il va jusqu’à évoquer un « abus de faiblesse » et met en garde contre toute « exploitation médiatique » de l’image de l’ancien Chef de l’État. Une sortie aussi inattendue que déroutante, qui suscite plus d’interrogations que d’adhésion.
Parfois, le silence vaut plus que mille paroles. Mais lorsque Ganiou Soglo sort de l’ombre, c’est pour donner des leçons à tout un pays et au passage, faire passer son propre père, le Président Nicéphore Dieudonné Solgo, pour un homme déconnecté de ses convictions et incapable de discernement. Une tentative de réécriture de l’histoire familiale aux allures de manœuvre politique. Certes, le Président Nicéphore Soglo est âgé. Oui, il n’a plus la vigueur d’antan. Mais non, il n’a rien perdu de sa lucidité ni de son franc-parler légendaire. Depuis toujours, l’homme n’a jamais hésité à saluer ce qui est bon, tout comme il n’a jamais tremblé pour dénoncer ce qui est déviant, quel que soit le régime en place. Lorsque la gouvernance de Patrice Talon a pris des tournures qu’il jugeait inappropriées, il a su le dire avec l’élégance républicaine qu’on lui connaît. Et lorsque le Bénin s’illustre par la qualité de ses infrastructures ou par son bond en avant en matière de développement sous le régime de la Rupture, il l’a également reconnu. Où est donc le scandale ? Ce qui est embarrassant, c’est de voir un fils contester, sur la place publique, l’opinion de son propre père, pour des raisons qui relèvent clairement d’une stratégie de retour sur scène. Car si ce n’est pas pour cela, pourquoi donc Ganiou Soglo voudrait faire croire que son père serait manipulé, téléguidé, ou victime d’un soi-disant “abus de faiblesse” ? Sommes-nous en train d’assister à une tentative d’Opa affective sur l’héritage politique d’un homme dont la clairvoyance dérange encore ?
Un déni de l’évidence
Au Bénin, il est une vérité de Lapalisse que la famille Soglo n’a jamais été monolithique politiquement. Et cela n’a rien de honteux. Nul n’a oublié que Ganiou Soglo fut ministre sous Yayi Boni, tout comme son frère Léhady fut maire de Cotonou sous le même chef d’Etat tandis que le père et la mère s’étaient inscrits dans une opposition frontale face au régime d’alors. Déjà en 2006, les deux héritiers de la famille présidentielle s’étaient porté candidats à la magistrature suprême. Le coup de théâtre le plus illustratif de la diversité politique de la famille Soglo va se jouer à la Présidentielle de 2016. Au moment où Léhady Soglo avait jeté la Renaissance du Bénin dans les bras du candidat de la majorité présidentielle Lionel Zinsou, au mépris de la ligne d’opposition adoptée par le parti tout au long du mandat de Yayi, Ganiou Soglo a opté pour le candidat Sébastien Ajavon tandis que papa et maman ont pris fait et cause pour le candidat Patrice Talon. Des choix qui, au-delà de la diversité d’opinion qui caractérise la famille, sonnent comme un pari multiple pour ne pas taper poteau à ce scrutin majeur. De toute évidence, les deux fils ont goûté aux hautes sphères de l’État. Mais ce n’est pas parce qu’ils n’y sont plus que le pays ne tourne plus. Ce n’est non plus parce qu’ils sont réduits au silence politique que la voix de leur père doit être couverte de soupçon. Du coup, s’attaquer à son propre père pour tenter d’exister médiatiquement relève d’un cynisme inquiétant. Si Ganiou Soglo veut faire de la politique, libre à lui. Mais il devra éviter de ternir l’image d’un homme qui continue, malgré le poids des ans, d’inspirer respect et admiration pour sa constance, sa liberté de ton, et son honnêteté intellectuelle. Il doit comprendre que le respect dû à un ancien président, n’est pas synonyme de le contraindre au silence. C’est aussi et surtout de le laisser exprimer librement ce qu’il pense, sans vouloir le censurer en famille.
Une tentative désespérée
Le communiqué maladroit et sujet à polémique est intervenu quelques jours seulement après que Ganiou Soglo ait annoncé sa volonté de faire renaître de ses cendres, la Renaissance du Bénin (Rb), parti fondé par sa mère, la regrettée Rosine Vieyra Soglo. S’agit-il d’une coïncidence ? La question reste posée. Cependant tout porte à croire que la démarche de l’homme s’inscrit dans une logique de repositionnement politique déguisée en plaidoyer filial. L’opinion publique n’est pas dupe. Derrière cet appel à la « dignité », se cache en réalité un malaise personnel et politique que l’auteur peine à dissimuler. Car si quelqu’un instrumentalise aujourd’hui la figure de Soglo, ce n’est pas l’État, mais bien son propre fils, en quête désespérée de renaissance politique.
Abdourhamane Touré




















