(Le ministre Abimbola appelé à la rescousse)
La crise née au lendemain de l’élection devant consacrer le renouvellement des membres du collectif des artisans de Bohicon, le 22 mars 2023, continue de déchirer le tissu de l’artisanat de la ville carrefour. La Confédération nationale des artisans du Bénin (Cnab), seule structure habilitée à statuer sur ce litige fait la sourde oreille. Son silence la rend coupable et affecte le bon fonctionnement du secteur à Bohicon. L’arbitrage du ministre Jean-Michel Abimbola est alors vivement souhaité.
La Confédération nationale des artisans du Bénin (Cnab) échoue dans sa mission à Bohicon. Instituée pour défendre les intérêts des artisans, servir d’interface entre ceux-ci et l’Etat puis instaurer un climat de paix et de confiance dans le secteur favorisant sa valorisation, cette instance de régulation et de défense est en train d’étaler son incapacité à pouvoir régler la crise qui secoue le secteur à Bohicon. L’indisponibilité des responsables et leur manque d’écoute en sont des indices qui apportent de l’eau au moulin de ceux qui soutiennent qu’ils sont derrière les manœuvres à Bohicon. « Nous avons saisi la Cnab par courrier, mais elle n’a pas daigné réagir. J’ai même rencontré le président au cours de l’une de nos rencontres. Il a promis de dénouer la crise », a confié Zacharie Sodjo, nouveau président du collectif des artisans élu sans siège. Un an après la naissance de cette guéguerre, aucune action concrète n’est menée sur le terrain par la confédération pour colmater les brèches. Tout se résume aux promesses non tenues, confient des protagonistes. En vue d’avoir les explications du président de la Cnab pour apaiser les tensions qui se réveillent de temps en temps du côté des artisans, le président de la Cnab ne s’est jamais rendu disponible pour dénouer la crise. Les différentes tentatives à cette fin sont restées vaines. La crise conflictuelle perdure et les artisans menacent de se faire entendre par d’autres moyens afin d’obtenir gain de cause. « La maison des artisans, c’est nous qui l’avons construite sur fonds propres. C’est notre sueur. Et si aujourd’hui on nous l’interdit d’accès à cause d’une personne au nom des intérêts personnels et égoïstes, moi, je trouve que c’est inacceptable. Que la Cnab prenne ses responsabilités », a lancé Faustin Fiogbé, maître vitrier à Bohicon. « Nous voulons notre maison », a enfoncé un autre artisan.
Retour sur les faits
Le 22 mars 2023, était la date choisie pour renouveler les membres du collectif des artisans de Bohicon. La délégation de la Cnab, celle de la Mairie, les représentants de la Police républicaine, des sapeurs-pompiers et les électeurs artisans y avaient pris part. Deux listes étaient en compétition. Au terme du scrutin de liste, Zacharie Sodjo a été élu par 54 voix contre 48 pour le camp d’en face. Dans le but de remettre en cause la légitimité de l’élection du nouveau président élu, un membre du bureau sortant a posé le problème du siège de son atelier. Les démons du soulèvement ont voulu prendre le pas sur l’essentiel quand les superviseurs ont proposé qu’à la fin, une équipe soit déployée dans la maison de ce dernier pour faire le constat. Ce qui fut fait et les résultats ont prouvé que l’atelier en question est bien en place. Les jours qui ont suivi, le bureau sortant a voulu passer la main à la seconde liste qui n’a pas pu réunir la majorité des voix. Une situation qui a failli dégénérer, n’eut été la vigilance de la police républicaine qui veillait au grain. Garant de l’ordre, de la discipline et de la sécurité sur son territoire, le maire a ordonné la fermeture jusqu’à nouvel ordre de la maison des artisans. En revisitant le film de ces événements, Zacharie Sodjo, président privé de siège, crie à l’injustice. « C’est une injustice parce que nous avons fait une élection en présence d’une délégation de la Mairie, des membres de la supervision de la confédération, de la police républicaine, et des sapeurs pompiers. C’est devant une grande foule d’artisans qu’on a tenu les élections le mercredi 22 mars 2023 à la maison des artisans. Dieu faisant ses choses, j’ai gagné. Mon challenger qui a perdu les élections depuis ce jour, s’est levé pour dire niet, c’est lui qui doit siéger. Dans leur montage, ils ont, sur la liste, remplacé mon nom par celui de l’autre qui a échoué », a-t-il relaté. L’autre aile qu’il convient de nommer « contestataire du vote » balaie d’un revers de main les explications de son rival, et dénonce la politisation à outrance du processus et la prise de position de l’autorité communale. « En réalité, c’est une question d’incompréhension qui se pose. Si la politique ne s’y était pas mêlée, le problème ne se poserait pas », a-t-il fait savoir. Sur le terrain, la polémique enfle. Personne ne veut endosser le fardeau. On se lance la balle. Le camp qui se réclame la victoire accuse le camp adverse d’être à l’origine de ses déboires, et vice-versa. Laurent Kinnou, alias « Lokéto » du camp des protagonistes n’a pas apprécié la manière dont la crise est gérée par le maire. Il fustige l’abus d’autorité du locataire de l’hôtel de ville qui devrait se mettre au-dessus de la mêlée pour jouer la carte de la neutralité et de l’impartialité afin de pouvoir réconcilier les artisans. Selon lui, tel n’est malheureusement pas le cas. « En tant que maire de Bohicon, s’il y a problème, c’est d’inviter et d’écouter les parties en conflit en vue de situer les responsabilités. Peut-être que le maire n’a pas encore le temps de nous inviter ou c’est son choix. On lui a écrit. Dans un pays démocratique, quand quelque chose ne marche pas, il y a des voies de recours et moi j’ai posé mon premier pas. Si d’autres sont contre, qu’ils se manifestent. Ce n’est pas une question de bruit. Il y a d’autres artisans qui ne comprennent pas. Ils sont manipulés. Moi, on ne me manipule pas », a-t-il martelé.
Le bout du tunnel est encore loin
Le maire de la Commune de Bohicon fustige ce désordre orchestré au sein du secteur de l’artisanat. « Je pense que ce désordre n’est pas acceptable. Il arrière l’artisanat à Bohicon et empêche la Mairie d’y investir parce qu’on n’a plus d’interlocuteur. Une seule personne sème la zizanie», a-t-il diagnostiqué. Il poursuit en rappelant les principes démocratiques qui gouvernent la gestion de tout secteur de la vie. « Lorsque vous n’avez pas gagné par les urnes, et que vous n’êtes pas autorisé à entrer par la porte, ne venez pas entrer par la fenêtre. Ce n’est ni pour vous, ni pour l’image de l’artisanat », a tranché Rufino d’Almeida. Que faire alors pour juguler cette crise? Zacharie Sodjo énumère quelques actions déjà menées. «Beaucoup de démarches ont été menées. Au niveau national, nous avons écrit plusieurs fois au président de la Cnab qui n’a pas répondu. Il n’a pas voulu qu’on aille le rencontrer. Nous avons écrit à la Chambre nationale de l’artisanat qui nous a reçus. Elle nous a promis de mener les démarches possibles. En dehors de cela, nous avons écrit à beaucoup d’autres structures qui sont informées de la situation. Nous n’avons donc pas croisé les bras», a-t-il informé. Laurent Kinnou, quant à lui, fait des suggestions pour une sortie de crise :« Je suggère à notre maire de ne plus se fier aux rumeurs. Je ne peux orienter l’autorité. Elle sait ce qu’elle doit faire ». Le maire pour sa part, appelle les uns et les autres à savoir raison garder. « Que celui qui a perdu et qui veut faire du forcing, rende le tablier pour que la paix revienne dans l’artisanat et qu’il se prépare. Les élections, c’est juste dans quelques mois, dans quelques années », a-t-il recommandé.
La Cma/Zou et le cadre de concertation condamnent
La délégation départementale de la Chambre de métiers de l’artisanat du Zou dénonce le plan savamment planifié pour déstabiliser l’artisanat à Bohicon. « C’est une surprise pour nous et l’on se demande pourquoi ces petites guerres de leadership. Nous avons suivi avec attention l’organisation des différentes élections à Bohicon. C’est un vote de liste. Une liste a échoué et l’autre a gagné. A notre grande surprise, on a reçu une correspondance qui a invalidé l’élection du président de la liste gagnante. C’est ridicule ! », a regretté Dah Zèwanon Guézo. A en croire ses propos, une personne use de sa position pour tout bloquer. Après avoir informé le préfet de la situation, il compte mener la même démarche en direction du président de la Communauté des Communes du Zou afin de trouver une issue favorable à cette crise latente. Pour Paul Adanou, ancien président du collectif des artisans de Bohicon, et membre du cadre de concertation des artisans du Zou-Collines puis chef de délégation de la Mairie à cette élection, dans un Etat de droit, il faut appliquer les textes. « Il suffit que les responsables au haut niveau de la confédération prennent conscience que c’est celui qui est élu à la majorité qui gouverne. En tant que responsable faîtière, il faut régler les choses par les textes. Aucun texte de l’organisation n’a dit qu’il faut avoir un atelier avant de prétendre être candidat. Les textes ont juste dit qu’il faut être un artisan pratiquant. Si le critère d’atelier était imposé, quand est-ce que les plombiers, les carreleurs, les maçons, les ferrailleurs, charpentiers et consorts pourront être élus responsables de l’organisation en notre sein ? C’est inadmissible. Cela sonne très mal et on n’a jamais connu cela », a-t-il déploré. En attendant de trouver l’issue favorable à la crise, Zacharie Sodjo saisit l’occasion pour appeler les autorités au plus haut niveau à la rescousse notamment le ministre de tutelle «Je vais profiter de votre canal pour demander à toutes les autorités à divers niveaux d’intervenir pour ce cas de Bohicon. Nul n’est au-dessus de la loi », a-t-il conclu.
Zéphirin Toasségnitché
(Br Zou-Collines)


















