Face à l’émergence du cyberespace comme nouveau champ de confrontation mondiale, l’Agence des systèmes d’information et du numérique (Asin) et la Police républicaine lancent une série d’ateliers itinérants. Objectif : transformer chaque commissaire en rempart contre les fuites d’informations sensibles.
Le Bénin accélère la sécurisation de son patrimoine informationnel. Sous l’impulsion de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (Asin) et du haut commandement de la Police républicaine, des sessions de formation itinérantes ont démarré à l’attention des commissaires de police et de leurs collaborateurs sur toute l’étendue du territoire national. Cette initiative vise à doter les forces de l’ordre des compétences indispensables pour manipuler et protéger les flux de données stratégiques de l’État.
La numérisation de l’administration béninoise n’est plus une simple option technique, mais un choix politique lourd d’enjeux. Pour Firmin Boko, représentant du Directeur général de la Police républicaine, la donne a changé : « Les conflits autour des enjeux stratégiques ne se limitent plus aux batailles classiques. À l’ère du numérique, le cyberespace est devenu un nouveau champ de confrontation. » Il rappelle qu’une seule donnée compromise peut briser une enquête en cours, fragiliser la sécurité nationale et détruire la confiance des citoyens. Cette vision est partagée par Marc-André Loko, Directeur général de l’Asin, qui élève la sécurité numérique au rang de pilier de la souveraineté nationale : « La donnée est devenue une ressource stratégique au même titre que les territoires, la monnaie ou l’énergie. Il n’y a pas d’indépendance politique réelle sans maîtrise de son patrimoine informationnel. »
L’Intelligence artificielle accentue les risques
Les deux institutions s’accordent sur le fait que la modernisation des services de Police (investigation, renseignement, gestion opérationnelle) s’accompagne d’une vulnérabilité accrue, exacerbée par l’avènement de l’Intelligence artificielle (Ia). Le Directeur général de l’Asin a d’ailleurs alerté l’auditoire sur la rapidité foudroyante des menaces actuelles. Un document sensible déposé par mégarde sur un outil tiers ou un simple clic imprudent suffit désormais à transférer, en quelques nanosecondes, des données cruciales vers des serveurs étrangers échappant au contrôle de l’État béninois. Pour contrer ces offensives invisibles, le Bénin a déjà déployé de lourdes infrastructures technologiques. Le pays dispose désormais de son propre Data center national, d’une infrastructure à clé publique et d’un dispositif national de réponse aux incidents cybernétiques. Cependant, comme le souligne Marc-André Loko, « les meilleures infrastructures du monde ne valent que par la vigilance des femmes et des hommes qui les utilisent au quotidien ». Protéger l’institution pour protéger le citoyen. Au-delà de la sécurité de l’État, cette campagne de formation revêt une dimension humaine et sociale profonde. Chaque donnée stockée dans les registres de la police correspond à la vie d’un Béninois : un état civil, une plainte déposée, une identité ou les éléments confidentiels d’une enquête. Une faille de sécurité peut ainsi mettre en danger un témoin ou exposer directement une victime. À l’issue des protocoles, le représentant de la police républicaine a exhorté les fonctionnaires à faire preuve de rigueur et d’assiduité, exigeant que les compétences acquises soient immédiatement traduites en réflexes quotidiens au sein de tous les commissariats du pays. La bataille pour la souveraineté numérique du Bénin se jouera désormais au bout du clavier de chaque agent.
Sergino Lokossou

















