La digitalisation est un phénomène global qui transforme les économies, les sociétés et les cultures. Au Bénin, ce mouvement est en pleine expansion, apportant avec lui des opportunités significatives et des défis à relever. Le Bénin a pris conscience de cette opportunité en faisant du numérique un levier de l’accélération de sa croissance économique et de l’inclusion sociale. Le pays a dès lors entrepris des réformes, actions et investissements structurants pour sa transformation numérique, avec pour ambition de devenir une plateforme de référence en matière de numérique en Afrique de l’Ouest.
Au cours des dernières années, le Bénin a connu des avancées notables en matière de digitalisation. Le gouvernement a compris l’importance des technologies de l’information et de la communication (Tic) pour stimuler le développement économique et social. Avec une population jeune et de plus en plus connectée, le pays est bien positionné pour tirer parti de cette révolution numérique. La révolution numérique au Bénin a connu trois phases de développement. La phase d’initiation (1995 –2007) au cours de laquelle l’internet a fait son apparition au Bénin et le secteur des télécommunications a été libéralisé, assaini et doté d’une autorité de régulation. Ensuite, la phase d’amorçage (2007 – 2015) a été caractérisée par la mise en place d’un cadre légal et réglementaire pour offrir une sécurité juridique et une protection élevée aux citoyens, aux entreprises et aux investisseurs afin de renforcer leur confiance dans les services numériques. Enfin, depuis 2016, le secteur connait une phase d’accélération où le Bénin a formulé de manière explicite l’objectif de devenir une plateforme du numérique en Afrique de l’Ouest, et de faire du numérique un levier d’accélération de la croissance et de l’inclusion sociale. Des réformes et investissements significatifs sont réalisés, avec des résultats tangibles et mesurables, positionnant progressivement le pays parmi les leaders sous régionaux et régionaux en matière de développement du numérique.
Les entrepreneurs digitaux et les entreprises digitales
Les entrepreneurs digitaux sont majoritairement des jeunes de 26 à 35 ans (69%) et des hommes (87%) souvent avec un niveau académique élevé. Les femmes (13%) sont sous-représentées dans ce secteur d’activité. La plupart des entrepreneurs digitaux sont des anciens employés ou des travailleurs indépendants, et certains cumulent leur activité entrepreneuriale avec un emploi salarié ou un travail de freelance. Cent deux (102) entreprises digitales ont été recensées sur le plan national, dont une grande partie (48%) concentrées à Cotonou. Elles sont dominées par les micro-entreprises (69%) et offrent des solutions numériques dans plusieurs secteurs notamment l’agriculture, l’éducation, la santé et les finances. La majorité (88%) des entreprises digitales au Bénin sont régulièrement enregistrées au registre du commerce. Ce niveau de formalisation – dans un contexte national dominé par l’informel – est un indicateur du potentiel du secteur pour l’accélération de la croissance économique. Toutefois, les entreprises digitales au Bénin sont relativement jeunes avec des dirigeants peu expérimentés (moyenne de 6 ans d’expérience professionnelle). La moitié d’entre elles est à un stade de post-amorçage avec des revenus annuels modestes de moins de 10 millions Fcfa (environ 16 000 dollars Us). Elles requièrent dès lors des soutiens pour leur croissance et maturité. La grande majorité (93%) des entreprises digitales fonctionne sur fonds propres. Les dispositifs de financement sont limités et correspondent peu ou pas aux besoins des entreprises digitales qui sont orientés vers le capital humain, les infrastructures digitales, et le développement des solutions. Au-delà de l’obstacle du financement, les entreprises digitales sont également confrontées aux problèmes d’accès à l’internet haut débit, d’accès aux marchés, à la pression fiscale et à la corruption. Les entrepreneurs digitaux et entreprises digitales bénéficient d’un environnement de soutien favorable avec une diversité d’acteurs dont le secteur public, des organisations non étatiques nationales et internationales, des partenaires techniques et financiers, etc. De même, plusieurs Saei existent pour accompagner ces entrepreneurs digitaux dans la structuration de leur entreprise, la maîtrise de leur marché et dans les processus de passage à des stades de développement avancés. Cependant, en l’absence d’une stratégie de coordination efficace, l’impact de ses soutiens sur l’écosystème digital pourrait être très limité. Il est donc nécessaire de créer et maintenir un cadre de coopération, d’harmonisation et de recherche de synergies qui permettra de faire évoluer les interventions individuelles vers des approches plus globales et axées sur l’écosystème digital.
Les entreprises digitales et l’administration publique
L’engagement du gouvernement en faveur du numérique et son désir de devenir un leader régional dans ce domaine offrent un climat propice à l’émergence de prestataires de services digitaux locaux. Les opportunités existent dans divers secteurs de développement, mais les entreprises digitales locales peinent à les exploiter en raison des obstacles structurels qui limitent leur capacité à collaborer avec les institutions publiques. Par exemple, certaines entreprises ne sont pas structurées selon les modèles de type Sarl, Sa ou Sas, et ne disposent pas des solutions matures requises pour opérer avec le secteur public. En outre, la faible capacité financière des entreprises digitales locales constitue un autre défi, les empêchant d’accéder aux opportunités de collaboration avec l’administration publique. La fragilité financière se reflète par des chiffres d’affaires modestes (inférieurs à 10 000 000 Fcfa, environ 16 000 dollars Us) et l’absence de système comptable et financier conforme aux exigences fiscales pour accéder aux marchés publics. En dehors de ces contraintes administratives, les entreprises digitales locales sont peu informées des opportunités de prestations de services digitaux pour l’administration publique. Par ailleurs, même lorsqu’elles sont informées, très peu (44%) soumettent aux avis d’appels d’offres en raison d’une perception que les processus d’attribution des marchés publics ne sont pas transparents. Les organismes de soutien à l’entrepreneuriat numérique doivent tenir compte de ces facteurs pour améliorer la collaboration entre les entreprises digitales et l’administration publique, par exemple en accompagnant et en facilitant l’accès et la préparation aux appels d’offres publics.
Les compétences digitales
La quasi-totalité (95%) des entreprises digitales ont à leur tête un promoteur avec un niveau académique élevé (au moins Bac+3) et un background pertinent et cohérent avec le métier du numérique. Cependant, des gaps de compétences persistent dans certaines spécialisations telles que le développement, les technologies avancées, la conception (Design), le business development et la gestion de projets numériques. Ces gaps se manifestent en termes de quantité, de qualité ou par une ignorance de la part des dirigeants d’entreprise, comme c’est le cas pour les compétences en business développement et en gestion de projets digitaux, qui ne sont pas encore perçues comme étant pertinentes. Pour renforcer l’écosystème digital, il sera nécessaire d’une part de développer les compétences ci-dessus énumérées, et d’autre part mettre en place un environnement favorable pour maintenir ces compétences au sein de l’écosystème afin de prévenir le risque de « fuite des talents ».
Renforcer l’écosystème et l’entrepreneuriat digital
L’écosystème digital au Bénin bénéficie d’une forte volonté politique de réaliser la transformation numérique du pays. De plus, il existe un vivier d’entreprises digitales locales qui, malgré les défis auxquels elles sont confrontées, pourraient être renforcées pour accompagner le processus de transformation numérique. L’écosystème digital béninois a le potentiel de poursuivre sa maturation et de contribuer significativement à la croissance économique et l’inclusion sociale du pays. Pour ce faire, et en réponse aux gaps actuels de l’écosystème, les actions suivantes sont recommandées : fournir un soutien multidimensionnel à l’entreprise numérique en prenant en compte sa singularité, en l’aidant à accéder à des analyses, des nouvelles opportunités de marché et de la veille stratégique pour orienter ses prises de décisions et accéder au capital à tous les stades de son développement, développer des compétences au sein des entreprises digitales en mettant en place un cadre national de développement des compétences digitales afin d’aborder la question de gap de compétences de façon holistique et stratégique, renforcer la collaboration public-privé en facilitant l’accès des entreprises aux informations et opportunités de collaboration avec le secteur public, en conduisant les analyses de marchés et de la veille stratégique, en développant un cadre propice pour faciliter l’accès des (petites) entreprises digitales locales aux marchés publics, et en poursuivant des efforts de dématérialisation des processus de passation de marchés publics. Enfin, il faut d évelopper un écosystème axé sur les données probantes et plus inclusif qui oriente les décisions et les interventions avec des données actualisées et pertinentes, tout en garantissant l’intégration de tous les segments de la société et la génération continue de données sur les dynamiques de l’écosystème numérique béninois.
Sergino Lokossou

















