Produits agricoles du Bénin peu valorisés même s’ils sont largement consommés dans certaines zones, les Egusi sont dotés de caractéristiques qui peuvent être exploitées pour impulser le développement du pays. En plus de l’intérêt économique que les graines Egusi peuvent apporter aux populations, ils ont également des qualités nutritionnelles et médicinales. Selon le Professeur Mansourou Moudachirou de l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (Ansalb), il est important de révéler les potentiels socioéconomiques, agronomiques et nutritionnels des Egusi en vue de mettre en place des chaînes de valeur d’une filière Egusi au Bénin.
« Nous n’avons pas voulu utiliser un terme scientifique, parce que le terme scientifique n’existe pas. Selon les régions et les zones de chez nous, on parle de Egusi ou Goussi ou Agoussi. Quand on dit parfois que c’est sésame, non ce n’est pas sésame. Quand on dit que c’est courge, non ce n’est pas courge. Quand on dit que ce sont des pistaches, non ce ne sont pas des pistaches. C’est Egusi tout court. » a clarifié le Professeur Mansourou Moudachirou lors de la première session du « Vendredi de l’Académie » de l’année 2024, de la commission permanente agriculture de Ansalb.
Egusi est un nom commun désignant un groupe d’espèces de la famille des cucurbitacées, cultivées pour leurs graines, riches en protéines, matières grasses et énergie pour les populations locales. Les Egusi constituent une source importante d’huile végétale et de revenus pour les producteurs locaux en Afrique de l’Ouest (Nigéria, Bénin, Togo, Ghana et Côte d’Ivoire) et du Centre (Cameroun). Les espèces nommées sous ce nom générique sont Citrullus Mucosospermus Fursa, Largenaria Sicéraria et Cucumeropsis Mannii Naudin. Au Bénin, ces trois espèces sont largement cultivées. La production de ces dernières est répandue sur tout le territoire béninois avec les départements du Zou, des Collines, de l’Atacora et de la Donga comme les zones de forte production avec en tête le département des Collines. La production moyenne annuelle de Egusi au Bénin entre 2014 et 2023 est estimée à 5,715 tonnes avec une superficie moyenne annuelle de 8,784 ha. Le rendement moyen est 655 T/ha sur la même période. Les Egusi sont cultivées aussi bien comme culture de case que dans les champs, soit en monoculture ou en association. La superficie moyenne par producteur est de 0,25 à 1 ha. L’importance de chacune de ces espèces au Bénin est fonction du groupe socio-culturel. L’espèce C. Mannii est reconnue comme le vrai Egusi en raison de son appellation Egusi-tchigan par les populations. Divers cultivars locaux des Egusi sont rencontrés tels que Kakoun et Kilonon pour C. Mucosospermus, Aklamkpa, Go et Kplakata pour L. Sicéraria et Zohan pour C. Mannii. Les Egusi sont d’une grande importance alimentaire, médicinale et économique pour les communautés locales.
Un grand potentiel alimentaire

au Bénin
« Les Egusi du Bénin sont riches en nutriments, particulièrement en protéines et lorsque les graines de Egusi sont déshuilées, c’est encore plus riche. Les huiles sont utiles pour l’organisme. Elles sont insaturées et peuvent être utilisées comme huile de table pour la consommation directe », a expliqué Enoch Achigan-Dako professeur de Génétique et d’Amélioration des Plantes de sélection variétale à la Faculté des Sciences Agronomiques de l’Université d’Abomey-Calavi. Cet enseignant a fourni des informations utiles à la faveur d’une communication qu’il a présentée sur l’origine, la diversité et les systèmes de production et de conservation des ressources génétiques et la création de variétés de Egusi au Bénin.
Les amandes extraites des graines décortiquées sont réduites en pâte pour épaissir la sauce ou pour des boulettes dans la sauce. Les produits à base de graines de Egusi au Bénin comprennent la sauce liquide simple de Egusi, la sauce légume à base de Egusi, la sauce gombo à base de Egusi et des beignets de Egusi. Les jeunes feuilles de l’espèce C. Mannii sont consommées comme légumes feuilles par les Adja et les Bariba au Bénin. D’autres formes de consommation de ces graines s’observent comme leur consommation directe après torréfaction et leur transformation en galette. Plusieurs études ont évalué la composition nutritionnelle des graines de Egusi et ont trouvé qu’elles sont riches en lipides, protéines et minéraux tels que le potassium, le calcium, le magnésium, le fer etc… « Aujourd’hui, nous valorisons les Egusi à travers nos différents produits de boulangerie et de pâtisserie. Nous avons réalisé des pains baguette, des croissants des petits cakes, des gâteaux et des pains viennois. Nous sommes engagés à utiliser les Egusi dans nos productions », a confié Servais Padonou, président de l’association des boulangers et pâtissiers du Bénin. « Egusi est un produit très nutritif qui mérite d’être valorisé au Bénin », a laissé entendre Virginie Donadjè doctorante à l’Université nationale d’agriculture.
Promotion de la chaîne de valeur
De l’avis des experts de la commission permanente agriculture, élevage et pêche, foresterie et arboriculture de l’Ansalb, les Egusi sont connus par les populations mais ils ne sont bien valorisés. « Egusi est une plante agricole qui n’est pas assez valorisée », regrette le professeur Mansourou Moudachirou. Il est important de faire la promotion de cette ressource de façon à ce que les populations soient assistées depuis la récolte en milieu rural jusqu’à la mise de la ressource sur le marché. La richesse en huile montre le fort potentiel des Egusi pour la production d’huile végétale, mais demeure encore négligée et sous-utilisée. Toutes les cultures de Egusi peuvent être valorisées pour apporter une plus-value économique et contribuer à la croissance économique du pays. La valorisation de ces espèces contribuera à la diversification des sources de protéines et huiles végétales au Bénin et dans la sous-région ouest-africaine et de source de revenus pour les producteurs et autres acteurs de la chaîne de valeur, y compris les transformateurs et les commerçantes. Pour une bonne valorisation de la ressource, le professeur Enoch Achigan-Dako propose trois pistes. « La première est de renforcer la génération de connaissances sur les Egusi au Bénin, accélérer au niveau du marché la consommation des Egusi et leur valorisation de sous-produits et augmenter le niveau de production dans les différentes localités et permettre aux producteurs de bénéficier de leur engagement à maintenir cette culture dans notre patrimoine depuis des siècles ». Aussi va-t-il avoué que « l’Etat fait beaucoup en créant un cadre de travail, un cadre d’animation scientifique et je souhaite que ce cadre soit beaucoup plus huilé avec la mise à disposition de ressources financières sur les plan de travail déjà développés qui sont en place et sur lesquels nous pouvons apporter des résultats, des solutions concrètes à des contraintes assez claires qui existent au niveau du monde agricole ». Le développement d’une filière Egusi au Bénin peut favoriser une émergence des unités coopératives, entreprises et formations professionnelle permettant une meilleure valorisation de la ressource, qui demeure négligée. Cela contribuerait à renforcer l’économie nationale, l’autonomie économique des communautés locales et à réduire la dépendance vis-à-vis des huiles végétales importées dont la qualité demeure toujours problématique.
Sergino Lokossou




















