Une nouvelle étape s’ouvre sur l’aspiranat au Bénin. Reçus le vendredi 11 septembre 2026 au Palais de la Marina par le président de la République, Romuald Wadagni, les représentants des aspirants au métier d’enseignant et des principales centrales syndicales ont échangé sur les conditions d’intégration de cette catégorie d’enseignants dans la fonction publique. Au terme de la rencontre, les hôtes du chef de l’Etat ont annoncé le démarrage prochain du processus de reversement progressif des Ame. Cette décision du gouvernement Wadagni a été bien apprécié par des Ame interrogés par le journal ‘’Le Matinal’’. Lire ci-dessous, les impressions de quelques Aspirants au métier d’enseignant.
Camède Amédé Dossa, Ame et enseignant pré-inséré de Français : « Les mesures prises sont essentiellement salutaires »

De cette rencontre, je garde une vision positive. Mes impressions sont bonnes d’autant plus que les mesures prises sont essentiellement salutaires. Il s’agit d’une avancée significative corrigeant une injustice historique. Elle mérite d’être saluée à sa juste valeur dans l’espoir que la mise en œuvre se concrétise dans de meilleurs délais. Le sérieux et l’engagement affichés par les différents acteurs laissent espérer que le bout du tunnel est enfin atteint. Le chef de l’Etat Romuald Wadagni qui a promis d’améliorer considérablement les conditions de vie et de travail des enseignants à l’occasion des campagnes électorales semble pour ma part joindre l’acte à la parole.
Jean Kiati, Ame en situation de classe : « Les décisions annoncées…sont globalement positives »

Nous avons accueilli cette nouvelle avec une très grande joie. Je considère cette rencontre comme un moment particulièrement important dans l’évolution de la politique éducative béninoise. Elle intervient après plusieurs années pendant lesquelles la question du statut et de l’avenir professionnel des Ame a constitué une préoccupation majeure dans le monde éducatif. À mon avis, les décisions annoncées le vendredi 11 septembre sont globalement positives, mais elles doivent être appréciées avec un certain réalisme : l’annonce est importante, mais la véritable mesure de la réussite sera sa mise en œuvre. La première décision que je trouve particulièrement significative est l’intégration progressive des Ame dans un nouveau corps. C’est une évolution importante parce qu’elle reconnaît que ces enseignants ne sont plus de simples personnels. Beaucoup ont accumulé plusieurs années d’expérience dans les salles de classe. Leur permettre d’accéder à un cadre professionnel plus stable, constitue donc une reconnaissance de leur contribution au fonctionnement de l’école béninoise. Deuxième point positif : la prise en compte de l’ancienneté, notamment avec la priorité annoncée pour les enseignants de la promotion 2019. Sur le plan de la justice professionnelle, cela me paraît cohérent. Un enseignant qui a consacré plusieurs années au service public de l’éducation doit pouvoir voir cette expérience valorisée dans son parcours. Troisièmement, je considère positivement les perspectives liées à la protection sociale et à l’évolution de carrière. Un enseignant doit pouvoir envisager son métier autrement que comme une succession de contrats temporaires. Néanmoins, je tiens à souligner que les critères d’intégration ne sont pas clairs. J’espère que dans les prochaines semaines, des éclaircissements seront apportés pour permettre à tous les Ame d’être au même niveau d’information.
Jérôme Gbèwa, Ame et enseignant de Français au Ceg Tangbo Djèvié, dans la commune de Zè : « Ce que nous sommes en train de voir est plutôt un signal fort »

Le vendredi 11 septembre passé restera comme une date historique pour tous les enseignants Ame du Bénin. C’est un jour qui a vu la concrétisation des nombreuses promesses aux collègues en ce qui concerne la sécurisation de notre carrière professionnelle à travers notre intégration dans la fonction publique. C’est une mesure salutaire. Hier, nous étions tous dans le marigot du doute en ce qui concerne notre avenir professionnel. Maintenant, c’est clair que nous sommes sûrs d’avoir un emploi stable pouvant nous conduire à une retraite paisible. L’intégration dans la fonction va régler la majorité de nos problèmes notamment l’augmentation du salaire, la réduction du quota horaire hebdomadaire, l’obtention des différentes primes liées à la fonction enseignante et l’avancement en grade. Nous remercions très sincèrement le président Wadagni pour cette décision. À en croire les différents rapports de la séance, l’intégration se fera par vague en priorité, celle de la promotion 2019, promotion à laquelle j’appartiens. Selon ma compréhension, tous les collègues qui sont de cette promotion et qui ont un contrat de trois ans successifs seront tous intégrés avec élargissement d’autres collègues qui sont déjà dans la quarantaine et appartenant à d’autres promotions. Nous restons donc attentifs au décret et à la publication des listes de la première vague. Puisqu’il s’agit de vague, je pense que tout le monde sera intégré au bonheur de notre système éducatif. En réalité, ce que nous sommes en train de voir est plutôt un signal fort : l’éducation est progressivement en train de devenir une véritable priorité dans la gouvernance locale. Et lorsque la responsabilité de l’éducation est davantage partagée, suivie et assumée à tous les niveaux, c’est toute la communauté qui peut en tirer profit.
Paterne Silas Gbèbode, Ame et Coordonnateur national de la plateforme « Aspirant, Négocie Ta Cause » (Antc) : « Nous voulons cette fois-ci du concret »

C’est une très bonne nouvelle pour les Ame que nous sommes d’apprendre que le processus de notre intégration dans la fonction publique va enfin démarrer après 7 années de sacrifice au service de l’école béninoise. Une intégration qui a toujours été notre revendication première. C’est le lieu de remercier encore une fois le gouvernement du président Romuald Wadagni pour avoir fait preuve d’écoute de nos cris de cœur. C’est à l’actif du gouvernement. Vu qu’il s’agira d’une sélection, nous craignons d’assister à du copinage, la corruption et des règlements de comptes dans le choix des bénéficiaires, nous pouvons l’éviter si et seulement si le gouvernement associait les organisations des Ame à la suite du processus. Outre ces inquiétudes qui animent les Ame depuis cette annonce, l’autre question, c’est quand démarrera effectivement cette intégration ? Puisque pendant les séances précédentes avec le Romuald Wadagni, alors ministre des Finances de l’administration précédente, plus précisément lors de la séance du lundi 25 mars 2024, il nous rassurait que le reversement commencera avec effet immédiat. Nous espérons que cela soit vraiment le cas, maintenant qu’il s’agit de la concrétisation. Sinon, depuis 10 ans dans le secteur éducatif au Bénin, nous n’avons plus connu de recrutement normal dans la fonction publique, maintenant qu’il est temps de le faire, il faut vite et bien le faire tout en veillant à ce que ça puisse impacter la grande masse des Ame. Il faut également que les gouvernants pensent à faire un geste de soulagement à l’endroit des Ame qui ne seront pas pris en compte dans les premières vagues en attendant leurs tours. Aussi, face aux sept années de précarité et la démotivation grandissante chez les Ame à la veille de cette rentrée scolaire 2026-2027, de simples annonces gouvernementales suivies de forts tapages médiatiques ne saurait motiver à nouveau les Ame, nous en sommes trop habitués, après les annonces, c’est souvent un long silence gouvernemental sur le sujet qui s’en suit. Nous voulons cette fois-ci du concret afin de quitter le merci pour l’applaudissement.
Propos recueillis par Patrice Zoundé (Coll)




















