Presque ignorée par une frange importante de la population, la lombalgie chronique loin d’être une maladie, est plutôt un symptôme persistant de douleur dans la région lombaire. Tychique Nougbodé, expert de Santé publique et kinésithérapeute au Cnhu de Cotonou, fait découvrir ce mal dans cette interview exclusive accordée au quotidien « Le Matinal ».
Le Matinal : Tychique Nougbodé, vous êtes expert de santé publique, kinésithérapeute au Cnhu de Cotonou et Doctorant en systèmes et politiques de santé, dites-nous qu’est-ce la lombalgie chronique ?
Tychique Nougbodé : La lombalgie chronique est une affection caractérisée par des douleurs persistantes dans la région lombaire de la colonne vertébrale, généralement définie comme une douleur qui dure plus de trois mois.
Quelles en sont les causes ?
La lombalgie chronique peut être causée par divers facteurs tels que des problèmes de disque intervertébraux, des blessures musculaires ou des tensions, des problèmes articulaires ou des conditions médicales sous-jacentes.
Quels sont les facteurs de risque les plus courants associés à la lombalgie chronique ?
Les facteurs de risque sont légion. D’abord, il faut mettre un accent sur le surpoids et l’obésité, la sédentarité, le stress psychologique, les états dépressifs, une mauvaise hygiène de vie. Parfois, la position assise généralement adoptée au travail fait un effet sur la région lombaire et peut causer la lombalgie chronique. Outre ces facteurs de risque, nous avons un autre souvent plus boycotté par plus d’uns. Il s’agit du manque d’activités physiques ou sportives. Les muscles se contractent alors et s’affaiblissent.
Quels sont les principaux symptômes observés généralement chez les patients atteints de lombalgie chronique?
Les symptômes les plus courants de la lombalgie comprennent la douleur dans le bas du dos, douleur lombaire avec ou sans irradiation dans les membres inférieurs. Elles peuvent être aigues ou chroniques. Parmi les symptômes, on retrouve également la raideur musculaire, la limitation de mouvements, des douleurs irradiant vers les fesses ou les jambes et parfois la faiblesse dans les membres inférieurs.
Quelles sont les approches diagnostiques les plus efficaces pour évaluer la lombalgie chronique ?
Il faut d’abord faire une évaluation clinique (pour la recherche de signes cliniques), une évaluation para-clinique : radiographie, scanner ou tdm, l’imagerie à résonnance magnétique (Irm) et les échelles d’évaluation fonctionnelle (Eifel). Il faut aussi des textes de laboratoire pour exclure d’autres conditions médicales qui pourraient contribuer à la douleur lombaire, comme l’arthrite inflammatoire ou les infections.
Quels sont les traitements recommandés pour soulager la douleur et améliorer la qualité de vie des patients souffrant de lombalgie chronique ?
Les traitements recommandés peuvent varier en fonction de la condition spécifique. Certains traitements incluent la prise de médicaments analgésiques, la physiothérapie, la thérapie par la chaleur ou le froid et la méditation. Le traitement médicamenteux à base d’antalgiques selon le palier de la douleur, à base d’anti inflammatoires non stéroïdiens et des fois de corticoïdes peut également soulager le malaise. Le traitement chirurgical au besoin par les laminectomies lombaires, les ostéosynthèses lombaires sont aussi indiquées. La rééducation fonctionnelle à savoir : la kinésithérapie, la relaxation, la thermothérapie (utilisation de la chaleur à des fins thérapeutiques), l’hydrothérapie (la piscine).
Quels sont les effets à long terme de la lombalgie chronique sur la santé physique et mentale des patients ?
Sur la santé physique, la douleur continue peut entraîner une diminution de la qualité de vie et une limitation des activités quotidiennes. La lombaire chronique peut aussi conduire à une diminution de la force musculaire, de la flexibilité et de la mobilité. Les patients atteints de la lombalgie, peuvent avoir du mal à effectuer des tâches simples comme se pencher, soulever des objets lourds ou même du mal à rester assis pendant une longue période. Sur le plan mental, la douleur chronique peut contribuer au développement de la dépression et de l’anxiété en raison de la frustration, et de l’isolement social. Cette douleur constante, peut-elle perturber le sommeil. Aussi, quand la lombalgie atteint un certain stade, ça peut amener jusqu’à l’invalidité du sujet. Et ça va modifier totalement son mode de vie, le rendre dépendant des autres et tout ce qui s’en suit. Au pire des cas, c’est le décès.
Existe-t-il des interventions non médicamenteuses qui ont démontré leur efficacité dans la gestion de la lombalgie chronique ?
Oui bien-sûr ! Et c’est ça la base même du traitement. Il y a plusieurs interventions non médicamenteuses qui ont démontré leur efficacité dans la gestion de la lombalgie. Il s’agit de l’exercice physique et la thérapie par l’exercice qui consiste à renforcer les muscles du dos et améliorer la flexibilité pour réduire la douleur et prévenir les rechutes ; la thérapie cognitivo-comportementale (Ttc) qui consiste à aider à changer les attitudes et comportements liés à la douleur ; la manipulation vertébrale et la thérapie manuelle qui sont l’ensemble des techniques comme la chiropratique, l’ostéopathie et la physiothérapie. Le Yoga et la Tai-chi peuvent aussi améliorer la force et la posture pour réduire le stress et la tension.
Quelles sont les recommandations en matière d’activités physiques et d’exercices pour les patients atteints de lombalgie chronique ?
Les recommandations varient en fonction de divers facteurs tels que l’âge, la condition physique, les problèmes de santé préexistants et bien d’autres. Mais généralement, on conseille les étirements musculo-tendineux, les mobilisations rachidiennes, le renforcement musculaire, le réentrainement à l’effort pour les déconditionnés et la marche qui sont d’ailleurs très importants.
Quels sont les principaux obstacles à la prise en charge réussie de la lombalgie chronique dans la pratique clinique ?
Nous rencontrons souvent les problèmes liés au suivi (disparition des patients, mauvais suivi, suivi mal planifié..). Il y a aussi des problèmes de coûts (qui paie? Et comment on paie?) et des problèmes liés aux structures de soins : nombre de centres de santé disposant de service de kiné réduit. Il faut aussi noter l’inexistence de professionnels qualifiés en rapport avec la taille de la population et les fausses pratiques populaires.
Propos recueillis par Estelle Vodounnou (Coll)
















