Les questions relatives à l’emploi et plus précisément l’emploi des jeunes constituent une préoccupation particulière pour tous les Etats du monde, car le développement de leur nation de même que le bien-être des citoyens en dépendent. L’emploi étant l’un des moyens permettant de lutter contre la pauvreté (Hull, 2009), l’Organisation des nations unies, en lançant ses objectifs de développement durable (Odd), a fait de l’accès à un emploi décent pour tous une de ses priorités.
Les gouvernants ayant succédé à la tête du Bénin ainsi que certains partenaires techniques et financiers ont pris des mesures afin de promouvoir le développement à travers la création d’emplois. Par exemple, l’Agence Nationale Pour la Promotion de l’Emploi (Anpe) a mis en place divers programmes allant dans ce sens dont le Programme d’appui à l’emploi décentralisé, le Programme de renforcement de capacité des demandeurs d’emploi, et le Programme d’appui à l’emploi Indépendant. Malgré ces différentes mesures prises, force est de constater que l’emploi constitue une préoccupation fondamentale pour les Béninois. Les citoyens évoquent le chômage comme l’un des problèmes les plus importants auxquels le gouvernement béninois devrait s’attaquer.
Selon les données récentes issues du rapport économique 2025 sur l’Afrique, produit par la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique, il est constaté que le continent enregistre l’un des taux de chômage les plus élevés au monde, touchant particulièrement les femmes et les jeunes. Le chômage féminin y est le deuxième plus élevé après l’Amérique latine et les Caraïbes, tandis que le chômage masculin dépasse toutes les autres régions du monde. Mais au-delà du chômage, c’est surtout la précarité de l’emploi qui pose problème. Plus de 145 millions de travailleurs africains vivent dans une extrême pauvreté malgré leur emploi. L’informalité reste la norme, avec 84 % des emplois dans le secteur informel entre 2014 et 2022. Conscient de ces défis, le Bénin a mis en place plusieurs mécanismes pour structurer son tissu économique et favoriser l’entrepreneuriat. Parmi eux, l’Agence de développement des petites et moyennes entreprises (Adpme) joue un rôle clé en accompagnant les entrepreneurs à travers des financements, des formations et un appui à la formalisation des entreprises. En parallèle, le programme Microcrédit Alafia renforcé, permet à de nombreux petits commerçants, artisans et agriculteurs d’accéder à des financements adaptés. Cette initiative vise particulièrement les femmes entrepreneures, souvent exclues du système bancaire classique, et contribue ainsi à l’autonomisation économique des populations les plus vulnérables. C’est dire que la question du chômage des jeunes au Bénin est une préoccupation majeure. Comme dans de nombreux pays en voie de développement, le Bénin fait face à des défis économiques importants, parmi lesquels la création d’emplois pour sa population jeune et en croissance est l’une des tâches les plus ardues.
Initiatives
Le gouvernement du Bénin a placé la promotion de l’emploi et de l’entrepreneuriat au cœur de ses priorités dès l’adoption du premier Programme d’actions du gouvernement (Pag) pour la période 2016-2021. Le Pag 2021-2026, quant à lui, affiche l’objectif ambitieux de créer 800 000 emplois directs et indirects au cours du quinquennat. Pour atteindre cette cible, plusieurs réformes structurelles ont été engagées, allant de la modernisation des infrastructures à la diversification économique. Dans cette même veine, le gouvernement béninois a mis en place un programme de formation professionnelle destiné aux diplômés sans emploi. En effet, dans le cadre de la lutte contre le chômage des jeunes, le gouvernement béninois veut réorienter les diplômés sans emploi vers les métiers à forte employabilité afin de faciliter leur insertion professionnelle. Les formations sont ouvertes aux jeunes âgés de 16 à 25 ans. Les domaines de formation proposés portent notamment sur les énergies renouvelables, le tourisme, l’hôtellerie et la restauration. Il faut dire que plusieurs facteurs contribuent au chômage des jeunes, notamment le manque d’adéquation entre le système éducatif et le marché du travail, la croissance démographique rapide ou encore le manque d’investissement dans des secteurs économiques tels que l’agriculture, qui est un des principaux pourvoyeurs d’emploi au Bénin.
Le privé, principal moteur de la dynamique de l’emploi
Pour mesurer les créations d’emplois au Bénin, nous avons consulté est une note de l’Institut national de la statistique et de la démographie (Instad), publiée en décembre 2023. Intitulée « Note sur les créations d’emplois au Bénin – Avril 2016 à décembre 2021 », elle repose sur les standards méthodologiques du Bureau international du travail (Bit). Le document fait état de 1 197 793 emplois créés sur la période, répartis comme suit : 274 440 dans le secteur public contre 923 353 dans le secteur privé. Mais un chiffre retient particulièrement l’attention : 82 % de ces emplois sont informels, soit environ 984 000. Autrement dit, seuls 214 000 emplois sont formels au sens du Bit, c’est-à-dire encadrés, stables, et offrant une certaine protection sociale. Avec plus de 923 000 emplois créés sur la période 2016-2021, le secteur privé apparaît comme le principal moteur de la dynamique de l’emploi. Cela reflète un dynamisme entrepreneurial, mais aussi une croissance du secteur informel, notamment dans les petits commerces et les activités de service. Cependant, le nombre d’emplois véritablement formels reste faible, et le défi de la qualité et de la protection du travail demeure entier. Ce que révèlent les données de l’Instad, c’est surtout une prédominance écrasante de l’emploi informel : huit emplois sur dix sont non déclarés, peu ou pas protégés, souvent précaires et faiblement rémunérés. Les principales branches d’activité concernées sont : l’agriculture avec 357 000 emplois, le commerce de détail avec 152 000 emplois et l’artisanat de fabrication avec 134 000 emplois. Ces emplois soutiennent la résilience des populations, mais ils ne constituent pas nécessairement une réponse durable au sous-emploi des jeunes, ni une garantie de réduction de la pauvreté à long terme.
Plus de 60 000 jeunes vulnérables insérés
La Banque mondiale a approuvé un financement additionnel de 41,3 millions de dollars de l’Association internationale de développement (Ida) pour aider le Bénin à accroître l’inclusion économique des jeunes peu ou pas instruits et à renforcer les services d’emploi et le système de formation technique et professionnelle. Le financement supplémentaire du Projet d’inclusion des jeunes (Prodij) vise à étendre le programme national Azôli – le chemin de l’emploi en langue locale Fon – afin d’intégrer un plus grand nombre de jeunes vulnérables dans les chaînes de valeur agroalimentaires et dans des emplois salariés. 60 500 jeunes ayant peu ou pas d’instruction seront formés pour répondre à la demande de nouvelles entreprises, aussi bien au sein de la Zone industrielle de Glo-Djigbé qu’à l’extérieur, ou pour travailler dans les chaînes de valeur agroalimentaires. Notamment, 1 000 jeunes vulnérables seront intégrés dans les chaînes de valeur avicoles dans le cadre de l’initiative gouvernementale de développement du secteur avicole.
« Ce projet a démontré qu’en dotant des jeunes peu ou pas instruits de compétences techniques, ils peuvent efficacement contribuer à la croissance économique et à la création de la richesse, comme c’est le cas à la Zone industrielle de Glo-Djigbé », souligne Nestor Coffi, responsable des opérations de la Banque mondiale pour le Bénin. « Ce financement additionnel va ouvrir de nouvelles opportunités de formation et d’emplois pour les jeunes vulnérables, notamment dans la filière avicole ». Le financement additionnel servira à la mise en place du guichet unique pour l’emploi afin d’offrir des solutions de masse aux demandeurs d’emploi et aux employeurs. Il soutiendra de nouvelles approches de prise en charge des demandeurs d’emploi pour répondre aux besoins spécifiques des personnes peu ou pas scolarisées, et aider l’Agence nationale pour l’emploi à déployer le système d’information sur le marché du travail et sa plateforme d’apprentissage en ligne.
Le Projet d’inclusion des jeunes, approuvé en 2020, a déjà bénéficié à plus de 48 000 jeunes vulnérables. Ce projet a permis à près de 200 entreprises d’offrir des stages d’insertion professionnelle à environ 30 000 jeunes vulnérables. Concernant l’emploi indépendant, 18 784 bénéficiaires ont suivi des formations techniques et ont reçu une aide au démarrage.

















