Très prisé pour sa chair et surtout pour son amande utilisée dans la préparation de sauces gluantes, le pommier sauvage alimente un petit commerce florissant dans plusieurs marchés du Couffo et jusque de l’autre côté de la frontière nigériane.
Au marché de Klouékanmè, dans le département du Couffo, un fruit attire particulièrement l’attention des consommateurs et des commerçants : le pommier sauvage, connu scientifiquement sous le nom Irvingia gabonensis. Vendu en petites quantités comme en paniers entiers, ce fruit constitue une source de revenus pour plusieurs vendeurs venus des différentes communes du département. Rencontré au marché de Klouékanmè le vendredi 28 août 2026, Noumonvi Ahuto, vendeur de pommiers sauvages, explique les conditions de commercialisation de ce produit très recherché. « Nous vendons généralement cinq ou six fruits à 25 francs Cfa. Le panier peut coûter environ 3 000 francs Cfa et être revendu à 4 000 francs Cfa », confie-t-il. Selon lui, le pommier sauvage est directement récolté sur les arbres avant d’être acheminé vers les marchés. « C’est un fruit qui pousse sur les arbres. Nous allons le cueillir pour venir le revendre ici au marché de Klouékanmè », précise le commerçant.
Un commerce qui mobilise plusieurs Communes
La commercialisation du pommier sauvage ne concerne pas uniquement les habitants de Klouékanmè. D’après Noumonvi Ahuto, plusieurs vendeurs et acheteurs arrivent des communes voisines, notamment Toviklin, Lalo et Dogbo, ainsi que d’autres localités du département du Couffo. Cette activité génère ainsi une petite chaîne commerciale allant de la collecte du fruit à sa vente sur les marchés locaux. Mais le circuit ne s’arrête pas aux frontières béninoises. Le vendeur souligne une forte demande provenant du Nigeria : « Les Nigérians aiment beaucoup ce fruit. Ils viennent acheter chez nous pour aller le revendre au Nigeria. »
Un fruit, plusieurs usages
Au-delà de son intérêt commercial, le pommier sauvage est également apprécié pour ses qualités alimentaires. Irvingia gabonensis est une espèce largement répandue en Afrique de l’Ouest et du Centre. L’arbre peut atteindre 35 à 40 mètres de hauteur et possède de nombreux usages. Au Bénin, il est principalement rencontré dans la partie méridionale du pays, jusqu’à la latitude de Savè. Il est communément appelé pommier sauvage ou « manguier africain ». Son appellation varie selon les langues et les communautés : Assro en fon, Atto en adja et Oro en yoruba. Au Gabon, il est notamment connu sous le nom d’Andok, tandis qu’au Nigeria, il est appelé Ogbono chez les populations parlant l’igbo. Son fruit, une drupe jaune ressemblant à une petite mangue, est comestible. Sa chair est charnue et fibreuse. Mais c’est surtout la noix renfermant les amandes qui lui confère une grande valeur culinaire.
L’amande, un ingrédient recherché pour les sauces
Une fois le fruit consommé, la noix située à l’intérieur peut être récupérée. Les amandes qu’elle contient sont utilisées dans différentes préparations culinaires, notamment pour réaliser des sauces gluantes, très appréciées dans plusieurs communautés d’Afrique de l’Ouest. Ainsi, derrière ce fruit apparemment ordinaire se cache une véritable richesse alimentaire et économique. De la cueillette dans les villages du Couffo à la commercialisation sur les marchés de Klouékanmè, puis à l’exportation informelle vers le Nigeria, le pommier sauvage illustre le potentiel des produits forestiers locaux dans la création de revenus pour les populations. À Klouékanmè, ce fruit sauvage n’est donc pas seulement un aliment : il est aussi devenu un produit commercial qui relie producteurs, collecteurs, vendeurs, consommateurs et commerçants au-delà des frontières.
Jean-Eudes Chicha
(Br Mono-Couffo)




















