Du 08 novembre 2025 au 28 février 2026, l’exposition « Hors-champ, ou la restitution des images » s’installe à la Grande Place à Porto-Novo avec dix artistes qui abordent d’une autre manière la conservation des archives photographiques.
Initié par les sœurs Chevalme, avec la participation et les créations des artistes Madeleine Adonnonde, Delphine & Élodie Chevalme, Philippe Hacheme, Charbel Maurille, Nikel, Rafiy Okefolahan, Lionel Pede et Bertille Senou le projet « Hors-champ, ou la restitution des images » met en lumière les archives photographiques du Bénin à l’époque coloniale détenues en France notamment aux musées Albert Khan et quai Branly – Jacques Chirac. Elles deviennent le support des créations sur textile qui reflètent les voix contemporaines, pour une relecture d’un passé en devenir. À travers des procédés comme le cyanotype, ancienne technique de photographie monochrome qui produit des images bleues, la teinture, l’indigo, la broderie etc, les personnages de ces photographies ont été mis en lumière. Ils quittent le bipolarisme chromatique pour faire véhiculer leur message dans des couleurs vives, le rouge du sacrifice, le jaune de l’éclair du tonnerre, le vert des végétations africaines, l’or de la noblesse des divinités, le violet du courage des amazones, ou le noir de la peur. Ces œuvres d’art, réalisées par un brassage culturel de mains françaises et béninoises, mélangent des régions proches et lointaines, la culture et le culte, la guerre et la paix, le passé et le présent. La présentation en double face des œuvres qui casse avec les photographies à sens unique, manifeste un avant et un après. Derrière chaque image se trouve cachée une réalité à découvrir, la résilience des peuples africains. Cette exposition s’inscrit en marge du projet franco-béninois sur les histoires moins connues du Bénin à l’époque de l’occupation coloniale. En somme, l’exposition « Hors-champ ou la restitution des images » croise les photographies conservées des deux musées avec les mémoires et les récits d’artistes de Porto-Novo, d’Abomey, de Cotonou et de Saint-Denis. Pendant un workshop de trois semaines, les archives sont devenues un support collectif où produire de nouveaux récits. Une manière de recoudre des histoires disséminées par le geste artistique et de restituer les images ou les liens manquants. Plusieurs personnages, histoires, divinités et thématiques ont été transcrits à travers les œuvres. Il s’agit de « Toffa », « Togblé Tognon », « Nà Agontimé », « tentative de meurtre », « Agodjié », « Hèviosso », « Atchoukpa », « Zangbéto », « Shango » et « Porto-Novo ». Selon les artistes, si certaines rares photographies portent des noms, la plupart demeurent anonymes avec des titres liés au métier ou à l’action des individus. Au regard de ces observations, la question de la recherche de provenance ne concerne pas uniquement les œuvres emportées durant la période coloniale. Elle touche aussi les personnes photographiées à cette époque, dont l’identité s’est effacée avec le départ des photographes européens. Cet atelier réalisé grâce au soutien du dispositif « IF Export 2025 » prône l’archive durable basée sur le textile et la photographie et la restitution du patrimoine culturel colonial.
Mohamed Yasser Amoussa (Coll)




















