Depuis cinq années d’affilée, l’enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Ulrich Otègbèyè, sous la direction de Karimou Salimane, ancien ministre des Enseignements maternel et primaire, donne une conférence publique à la veille du culte Oro, afin que ses manifestations se déroulent dans la paix. Il a sacrifié à cette tradition, le samedi 15 août 2026 au centre Irédé à Sakété en présence des populations et dignitaires et adeptes dudit culte dont les festivités ont démarré le dimanche 16 août 2026 à Sakété et environs.
« Depuis quelques années, nous avons initié cette conférence publique dans le but de sauvegarder ce que nos ancêtres nous ont légué, parce que, si l’on ne sait pas faire, à travers nos constats, nous courons le risque d’aller vers les dérives. Il y en avait assez. Mais, depuis que, nous avons commencé cette conférence à la veille du culte Oro, nous avons observé qu’il y a eu beaucoup d’améliorations. C’est pour moi l’occasion de saluer tous les dignitaires du culte Oro de Sakété, d’Ifangni, d’Adja-Ouèrè et d’ailleurs. Sans eux, on n’aurait pas atteint ce résultat. C’est le motif de cette conférence, cette année…… », a déclaré l’ancien ministre des Enseignements maternel et primaire, Karimou Salimane en introduction de la conférence publique sur le culte Oro, cette année, dont le thème est intitulé : « Efè ou Guèlèdè de nuit : rapport avec la cérémonie de Oro » développé par l’enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, Ulrich Otègbèyè. De son exposé, il a montré le rapport entre la cérémonie Oro et le Efè ou Guèlèdè de nuit. Selon ses explications, le Efè est la suite de Oro dont le but d’instaurer la paix dans la cité par des rituels de purification. « Oro est une divinité complexe, aux contours encore mal cernés. Il en est de même de la société organisée autour de cette divinité. Le culte Oro se déploie en une série de rituels…..Ces rituels peuvent être regroupés en trois grandes phases notamment : les rituels préparant l’appel de Oro, le rituel de l’appel, puis les rituels post-appels…. », a-t-il fait savoir. Selon ses dires, tout ceci est dans l’intention d’exorciser la société. « Dans la région du Plateau, la purification consiste à l’émondage des arbres sacrés, les arbres de Oro, appeler « Igui Aréré. Ce sont des arbres de taille et de grosseur impressionnants, soigneusement implantés à des endroits précis du village au quatre points cardinaux. Selon nos informateurs, ils attirent les mauvais esprits….. Ces arbres fonctionnent alors comme des filtres, la douane aux frontières des cités où se pratique le culte Oro. Leur ébranchage est symbole de la délivrance du peuple de ces esprits maléfiques qui infectent la cité et la menace de destruction. La purification est un rituel nécessitant une synergie d’actions de plusieurs dignitaires de culte, donc de plusieurs forces adjuvantes. Il s’agit en effet de libérer le peuple des menaces des esprits maléfiques. De la réussite ou de l’échec de ce rituel, dépend le bonheur ou la souffrance du peuple. Enfin, le but visé est de libérer la cité des forces du mal et y rétablir la paix….. », a indiqué le conférencier.
Le rituel Efè ou la fin du cycle Oro
Selon Ulrich Otègbèyè, le rituel Efè est la fin du cycle Oro. A l’en croire, Efè est un masque de la société Guèlèdè, une société secrète très florissante chez les yoruba de l’Ouest du Nigéria et les nago du Bénin, particulièrement ceux des régions du Plateau et Sabè, dirigée par un groupe de femmes dont le titre le plus élevé est Iyalashè. « Seules les femmes ayant le pouvoir de commander ou de décommander les puissances occultes peuvent accéder à une telle position dans cette société. Iyalasè est d’ailleurs la seule à détenir le pourvoir d’ordonner la danse Guèlèdè. La cérémonie se déroule très tard dans la nuit et consacre la sortie du masque féminin, Ẹfẹ. Celui-ci, à l’opposé de masques guèlèdè, exécute une danse sacrée. Cette phase est la plus attendue par le public spectateur-acteur. En effet, au-delà du spectacle que se masque offre et de la catharsis collective qu’il catalyse, il facilite le rétablissement du contact entre les entités du monde invisible, particulièrement les « Iya » (mères) et la communauté. La danse est toujours organisée en l’honneur des « Awon Iya », pour les apaiser afin d’obtenir d’elles tout ce dont la communauté a besoins pour son bien-être. De se point de vue, Efè se révèle comme un rituel de purification et de libation et surtout de propitiation. Ce rituel vise à anéantir la puissance négative des sorcières. Il arrive tout de même que cette chasse aux sorcières se conclut par la mort. La relation de Ẹfẹ avec le culte Oro devient dès lors évidente. L’accomplissement de ce rituel de purification consacre la fin du cycle Oro et se prépare minutieusement, car il comporte trop de risques…. », a souligné l’enseignant-chercheur, Ulrich Otègbèyè. Selon sa conclusion, tous les rituels accomplis pendant le cycle Oro visent la paix et sont une quête de l’ordre, un combat permanent contre le désordre.
Jules Yaovi Maoussi (Br Ouémé-Plateau)




















