Malgré les textes et les campagnes de sensibilisation, le travail des enfants persiste dans le département du Couffo. À Aplahoué, autorités locales et partenaires internationaux, dont l’Unicef et la Coopération luxembourgeoise, unissent leurs efforts pour renforcer les mécanismes communautaires de protection et offrir un avenir meilleur aux enfants vulnérables. En marge de leur visite de terrain, l’Equipe Europe accrédité au Bénin s’est enquit de l’état de la situation au niveau du département. C’était le mardi 21 juillet dernier au Guichet de protection social de la localité.
Dans le Couffo, le travail des enfants demeure un défi social majeur. Les autorités locales reconnaissent que, malgré les cadres légaux et les programmes de lutte, la pauvreté et le manque d’infrastructures éducatives continuent d’alimenter le phénomène. Le maire d’Aplahoué, Hyppolite Natabou, dans son allocution, a salué la visite institutionnelle des partenaires internationaux, soulignant qu’elle s’inscrit dans une logique de transparence et de coopération constructive. « Ces missions régulières permettent d’observer les réalisations, de mesurer les impacts et d’ajuster les interventions pour mieux répondre aux besoins des populations », a-t-il déclaré. Le maire a exprimé sa gratitude à l’Unicef et à la Coopération luxembourgeoise pour leur soutien aux 90 villages de la Commune d’Aplahoué. Grâce à ces partenaires, des comités de veille communautaires ont été créés et formés pour identifier, accompagner et protéger les enfants à risque. Cette approche participative renforce le tissu social local et constitue une base solide pour la mise en œuvre d’actions durables. L’autorité communale a également présenté ses attentes en matière de partenariats dans le domaine de l’éducation, la santé, l’agriculture et autre. Ces actions, assorties d’indicateurs de performance, visent à créer un environnement favorable à la protection et à l’épanouissement des enfants.
Une mobilisation multisectorielle sur le terrain
Le Directeur départemental des affaires sociales du Couffo, Hélou Nicolas Egui, a rappelé l’engagement des services publics et des partenaires dans la prise en charge des enfants victimes ou à risque. « Nous assurons les mécanismes communautaires de protection et la prise en charge des enfants interceptés dans les carrières», a-t-il rassuré. Il a salué la collaboration entre les directions du travail, des mines, de la police et de la fonction publique, qui permet une réponse coordonnée et efficace. À travers ces initiatives, le Couffo montre que la lutte contre le travail des enfants ne se limite pas à l’application des lois. Elle repose sur une mobilisation communautaire, une coopération internationale et une volonté politique locale. Les efforts conjoints d’Aplahoué et de ses partenaires traduisent une conviction partagée. Chaque enfant mérite une enfance protégée, une éducation et un avenir digne.
Un département sous surveillance
Le Couffo figure tristement en tête des départements béninois les plus concernés par le travail des enfants. Selon Parfait Adossou, directeur départemental du budget et de la fonction publique et inspecteur du travail, 35 % des enfants âgés de 5 à 17 ans y exercent une activité, dont la moitié dans les pires formes de travail. Ces chiffres expliquent le choix du Couffo comme zone prioritaire du programme de lutte contre l’exploitation des enfants, soutenu par l’Unicef et le Luxembourg. L’inspection du travail joue un rôle clé dans cette lutte. « Nous ne sommes pas des gendarmes derrière les employeurs. Nous conseillons d’abord, puis nous sanctionnons quand la situation s’aggrave », explique Parfait Adossou. Entre 2024 et 2026, 35 procès-verbaux ont été transmis au parquet pour poursuite des auteurs d’exploitation économique des enfants. Parallèlement, plus de 2 600 acteurs locaux : artisans, parents, associations de femmes, ont été sensibilisés aux méfaits du travail des enfants, contribuant à une baisse progressive du phénomène. L’État béninois a renforcé son arsenal juridique pour protéger les enfants apprentis. Les contrats d’apprentissage sont désormais visés par l’inspection du travail, qui vérifie la conformité des documents, la moralité du maître artisan et l’aptitude médicale de l’enfant. Cette mesure garantit une insertion professionnelle encadrée et sécurisée.
L’Unicef et le Luxembourg en première ligne
Le programme en cours, financé à hauteur de 2,7 millions d’euros par le Luxembourg et 450 000 euros par l’Unicef, couvre les départements du Couffo et du Zou. Selon la spécialiste de la protection de l’enfant à l’Unicef, cette initiative vise à renforcer les mécanismes institutionnels et à assurer une prise en charge holistique des enfants à risque. « Un enfant victime de travail peut aussi souffrir de négligence ou de violences psychologiques. La réponse doit être globale », souligne-t-elle. Les efforts conjoints du gouvernement et de ses partenaires ont permis une réduction nationale du travail des enfants, passé de 52 % en 2014 à 19,9 % en 2022. Mais dans le Couffo, la réalité reste alarmante : 35 % des enfants sont encore concernés, contre 19,9 % au niveau national. La proximité du département avec le Nigeria et la pauvreté structurelle expliquent en partie cette résistance. Les acteurs locaux, les services sociaux, la police et les directions départementales travaillent désormais en synergie pour offrir aux enfants une protection intégrée. Leur objectif est d’éradiquer les formes les plus graves de travail des enfants et garantir à chaque enfant du Couffo le droit fondamental à l’éducation et à la dignité.
Une justice au cœur du combat
Depuis octobre 2020, Paulin Ahouandogbo, juge du pôle des mineurs au tribunal d’Aplahoué, coordonne les actions judiciaires en faveur de la protection des enfants. Pour lui, le tableau artistique présenté par les enfants illustre fidèlement la réalité du Couffo : pauvreté, abandon parental et pesanteurs socioculturelles. « Ce que ces enfants ont montré, c’est notre quotidien. La culture, la pauvreté et le manque de conscience juridique compliquent la tâche », confie-t-il. Le magistrat a souligné que la justice locale traite actuellement plusieurs dossiers liés à la traite et au trafic d’enfants, notamment une affaire impliquant 17 mineurs acheminés vers la Côte d’Ivoire. Il plaide pour une implication plus forte des parents dans les ateliers et campagnes de sensibilisation. « Les acteurs institutionnels sont présents, mais les parents doivent vivre nos réalités pour comprendre l’ampleur du problème» plaide-t-il.
Une approche équilibrée : motivation et sanction
La Directrice départementale des mines du Couffo, Félicienne Kanfoui-Clémentine Djossou, propose une stratégie pragmatique pour éradiquer le travail des enfants dans les carrières artisanales. « Sans motivation, on ne peut pas sanctionner. Et sans sanction, il y a de l’incivisme», indique-t-elle. Son approche repose sur un équilibre entre accompagnement social et rigueur administrative. Les exploitants sont encouragés à adopter des pratiques responsables, tandis que les contrevenants s’exposent à des sanctions exemplaires. Cette méthode vise à changer les comportements sans briser les équilibres économiques locaux, souvent fragiles. En résumé, le Couffo reste un terrain d’action prioritaire où la lutte contre le travail des enfants se transforme peu à peu en une mobilisation communautaire exemplaire. Entre sensibilisation, encadrement et justice, les acteurs tracent la voie d’un avenir où l’enfance ne sera plus synonyme de labeur, mais d’espoir et de protection. Cette dynamique mise en place dans le Couffo a séduit les ambassadeurs de l’Equipe Europe notamment, les Chefs de mission diplomatique de Luxembourg, Stéfanie Afonso et Joris Jurriens des Pays-Bas qui ont exprimé leur satisfaction par rapport aux résultats obtenus.
Zéphirin Toasségnitché (Br Zou-Collines)

















