Chaque 15 août, le Bénin célèbre la fête de l’igname, un rituel ancestral souvent méconnu ou négligé dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest. Bien plus qu’un simple festin, cette célébration relie la terre, la fécondité et la spiritualité. Pour le socio-anthropologue Sylvain Adoho, l’igname est une racine sacrée, miroir du cycle de la vie et symbole du lien entre l’homme, la nature et les ancêtres.
Au Bénin, l’igname n’est pas un tubercule ordinaire. Elle est considérée comme une offrande divine, un pont entre le visible et l’invisible. Avant toute consommation, la nouvelle récolte est soumise à des rituels de purification et à la consultation du Fâ, afin de conjurer le mauvais sort et d’obtenir du roi l’autorisation de la manger. « L’igname est sacrée parce qu’elle incarne la continuité de la vie », explique Sylvain Adoho. « Elle passe neuf mois lunaires sous terre, soit 252 jours, comme le cycle de gestation d’une femme. » ajoute-t-il. Cette correspondance entre la terre et le corps féminin n’est pas fortuite. Dans la cosmologie béninoise, cultiver l’igname revient à participer à un acte de création. Le tubercule, appelé’’ Tévi’’ en langue fon, ne se couche jamais lorsqu’on le déterre, signe de sa dignité et de sa force vitale. « L’igname est une racine qui ne se soumet pas, elle se dresse comme la vie elle-même », poursuit le chercheur.
Une légende royale au cœur du rituel
La dimension spirituelle de la fête trouve aussi son origine dans une ancienne légende du Fâ. Selon Sylvain Adoho, le signe Di-Abla aurait révélé un enseignement fondateur. « Un roi, frappé par le sort pour avoir négligé les prescriptions divines, aurait vu son corps se décomposer avant de renaître sous forme de tubercule. Depuis lors, le peuple de ce souverain offre la première igname aux ancêtres avant toute consommation, perpétuant le pacte entre les vivants et les esprits », raconte-t-il. Si la fête de l’igname est parfois méprisée ou oubliée dans certaines régions d’Afrique de l’Ouest, elle demeure au Bénin un pilier de la culture et de la spiritualité. Elle rappelle que la terre n’est pas seulement un espace de production, mais un lieu de mémoire et de transmission. « Donner la première igname aux ancêtres, c’est reconnaître que la vie vient de la terre et retourne à la terre », conclut Sylvain Adoho. La fête de l’igname, célébrée chaque 15 août, est bien plus qu’un rituel agricole. C’est une célébration de la vie, de la fécondité et du respect des origines. En honorant cette racine sacrée, le peuple béninois réaffirme son lien profond avec la nature et les ancêtres, un héritage spirituel qui résiste au temps et aux modernités.
Zéphirin Toasségnitché
(Br Zou-Collines)
















