Près de 300 chercheurs, cliniciens, universitaires et décideurs issus de 17 pays participent, depuis le mercredi 8 juillet 2026 à Cotonou, au premier Congrès international sur la santé des femmes africaines (Cisfa). Placées sous le thème « Les enjeux d’équité dans la recherche sur la santé des femmes », ces assises ambitionnent de repositionner la santé des femmes africaines au cœur de la recherche scientifique et des politiques publiques.
Le Palais des Congrès de Cotonou accueille pendant trois jours la première édition du Congrès international sur la santé des femmes africaines (Cisfa). Organisé par le Collège national des gynécologues obstétriciens du Bénin (Cngob), le Laboratoire d’épidémiologie des maladies chroniques et neurologiques (Lemasen), l’Institut de recherche pour le développement (Ird) et l’Université Paris Cité, le rendez-vous rassemble près de 300 participants venus de 17 pays autour d’un objectif commun : réduire les inégalités dans la recherche consacrée à la santé des femmes. Ouvrant les travaux, la présidente du comité d’organisation, Clémence Schantz, a rappelé que ce congrès est né de l’engouement suscité par une journée scientifique franco-béninoise organisée en mars 2025. « Le pari a été tenu », s’est-elle réjouie, annonçant 14 conférences plénières, 108 communications scientifiques, 26 posters et plus de 400 propositions de communications évaluées. Saluant l’engagement des partenaires et des bénévoles, elle a insisté sur le caractère collectif de cette initiative. Pour le président du Collège national des gynécologues obstétriciens du Bénin (Cngob), Emmanuel Ewagnignon, la coopération scientifique est désormais incontournable. « Collaborer entre le Nord le Sud n’est plus une option. C’est une condition de survie scientifique et d’amélioration de la qualité des soins », a-t-il déclaré, estimant que seule « une science co-construite serait légitime pour parler au nom de toutes les femmes ».
Des attentes fortes pour une recherche au service des réalités africaines
Les différentes interventions ont convergé vers un même constat, celui selon lequel la santé des femmes africaines demeure insuffisamment prise en compte dans la recherche mondiale « Les femmes africaines sont trop souvent sous-représentées dans les études, dans les données, dans les publications », a-t-elle souligné, appelant à produire « des connaissances utiles, capables d’éclairer les politiques publiques » a indiqué l’ambassadrice de France au Bénin, Nadège Chouat. Même conviction du côté de la présidente de l’Institut national de la femme, Huguette Bokpè Gnacadja, pour qui « la santé des femmes n’est pas seulement une priorité sanitaire, c’est un impératif de justice, de développement et de progrès pour nos sociétés ». Elle a plaidé pour des soins « accessibles, sûrs, innovants, respectueux et adaptés » aux réalités culturelles, sociales et économiques des femmes africaines.
Croiser les réflexions pour faire émerger des solutions innovantes
Lançant officiellement les travaux, le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin, a rappelé que « les inégalités dans la production des connaissances scientifiques » freinent encore la prise en compte des besoins spécifiques des femmes. Citant des données préoccupantes, il a indiqué que « moins de 10% des budgets mondiaux de recherche sont alloués spécifiquement à la santé des femmes » et que « moins de 2% des essais cliniques mondiaux concernent directement la femme africaine ». Il a mis en avant les réformes engagées au Bénin, notamment la révision de la loi sur la santé de la reproduction et la loi de 2021 protégeant les femmes contre les violences fondées sur le sexe. Invitant les chercheurs à produire des recommandations directement exploitables par les pouvoirs publics, Benjamin Hounkpatin a exhorté les congressistes à formuler « des notes de politique claires, basées sur des données probantes et axées sur la spécificité des femmes africaines ». Avant de déclarer officiellement ouverts les travaux de cette première édition du Cisfa, il a réaffirmé que « la recherche scientifique est la boussole de l’action publique ». Pendant trois jours, les participants croiseront leurs expertises afin de faire émerger des solutions innovantes, renforcer les collaborations scientifiques et promouvoir une recherche plus équitable au service de la santé des femmes africaines.
Gabin Goubiyi

















