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École Doctorale de Sciences Juridiques, Politiques et Administratives de l’Uac : Une étude scientifique sur l’industrialisation locale du coton au Bénin

La Rédaction par La Rédaction
14 novembre 2025
dans Société
Durée de lecture : 9 mins de lecture
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Tourisme au Bénin : Un riche potentiel combinant culture, nature et histoire

Jocelyn Nahama Nénéhidini apporte une contribution scientifique à la transformation industrielle du coton au Bénin

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En attendant la levée de la suspension des inscriptions et soutenances en thèse dans certaines écoles doctorales du Bénin, nous partageons les résultats de nos travaux réalisés sous la direction du Professeur Hygin Kakaï et soutenus le 11 novembre 2025 à l’Université d’Abomey-Calavi dans le cadre d’un Master-Recherche en Science politique fondamentale, sur l’action publique de promotion de la transformation industrielle locale du coton au Bénin. Il s’agit d’une analyse des politiques publiques appliquées à la chaîne de valeur la mieux organisée du pays, dont le développement et la gouvernance croisent simultanément les principaux axes d’étude en science politique à savoir : le gouvernement et les institutions ; les comportements des acteurs ; l’action publique et les idées politiques.

L’objet de l’étude s’inscrit dans le prolongement des travaux de Patrice Cokou Kpadé (2008) et de Patrice Cokou Kpadé et Jean-Pierre Boinon (2011) consacrés à l’analyse institutionnelle de la dynamique d’évolution des politiques cotonnières au Bénin par la dépendance au sentier, sur la trajectoire historique de 1895 à 2008. Cette analyse ap-préhendait le sous-secteur cotonnier dans sa structure telle qu’héritée de la colonisation, celle « stoppée » au stade de l’égrenage industriel du coton-graine. Elle se situait donc en-deçà de la perspective d’une chaîne de valeur co-tonnière complète intégrant la transformation locale de la fibre brute comme réponse à la question de la détériora-tion des termes de l’échange et correspondait à la structure de la filière coton béninoise excluant le maillon textile alors embryonnaire. Par suite de la liquidation en 2017 du Complexe textile du Bénin (Coteb), première filature du pays après plusieurs années de difficulté de gestion, les dynamiques observées depuis 2018 en rupture à la ten-dance généralisée à la faillite, nous ont suggéré de les analyser dans le cadre de la chaîne de valeur complète de-puis l’avènement en 2016 de l’exécutif Patrice Talon qui a volontairement positionné sa gouvernance dans une perspective éponyme de « rupture » par rapport au passé.

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« Rupture » du passé et « Bénin révélé » par les Réalisations

En effet, en se fixant une vision de promotion d’un « Bénin Révélé » à lui-même et au monde, le gouvernement de la République du Bénin s’est lancé le défi de répondre par l’action, à toutes les études et à tous les diagnostics qui concluaient unanimement à la non-rentabilité de l’industrialisation locale du coton, dans un contexte caractérisé, d’abord, par la disponibilité en quantité abondante et en excellente qualité du coton ; ensuite, par l’existence d’un énorme marché local et régional de consommation textile soutenu par une démographie galopante ; et enfin mais paradoxalement, par le déficit criard en énergie de bonne qualité et en main d’œuvre qualifiée pour soutenir une industrie de transformation locale du coton, dynamique et prospère. Répondre par l’action, c’était accroître sur la période 2016-2024 le potentiel d’égrenage industriel de 42% tout en garantissant une exploitation optimale des 24 usines cotonnières par un accroissement concomitant de la production nationale de coton-graine de 138% qui a révélé le Bénin au monde en tant que 1er producteur d’Afrique sur trois campagnes consécutives et deux autres par la suite, soit cinq fois sur huit années. Répondre par l’action, c’était aussi se lancer parallèlement dans l’implantation d’une transformation industrielle textile locale du coton qui s’est traduite par une hausse 1.739% de la capacité de filature et de confection et par une présence des articles textiles « Made in Bénin » sur le marché natio-nal, régional et international, au point de convaincre les institutions internationales membres du « Partenariat pour le Coton » avec l’Organisation Mondiale du Commerce comme chef de file, qu’il fallait tenir à Cotonou et pour la pre-mière fois en Afrique, la journée mondiale du coton, le 7 octobre 2024.

Lorsqu’un étranger visitait hier ce même Bénin désormais ainsi « révélé » au monde par des réalisations en « rupture » par rapport au passé, et qu’il voulait découvrir le plus beau succès du pays en matière de chaîne de valeur agro-industrielle, on l’amenait au Centre Songhaï à Porto-Novo. Mais aujourd’hui, c’est la Glo-Djigbé Industrial Zone (GDIZ) qui est la plus belle attraction. Non pas parce que le Bénin serait le premier pays africain à implanter une zone éco-nomique spéciale (Zes) orientée vers le textile, l’Éthiopie s’étant engagée dans ce modèle depuis 2009, mais parce que le Bénin est le seul d’entre les pays africains du Cotton-4 (Bénin, Burkina-Faso, Mali et Tchad) coauteurs de l’Initiative Sectorielle en faveur du Coton depuis 2002 à la Conférence ministérielle de l’OMC de Cancùn, à avoir fait le grand bond vers la transformation industrielle locale. Face à de telles performances, la problématique de leur ex-position à divers risques, nous a imposé la question de recherche de savoir « dans quelles mesures l’action publique de promotion de la transformation industrielle locale du coton au Bénin depuis 2016, garantit-elle la sécurité des investissements agricoles et industriels ? ».

Une lecture par le néo-institutionnalisme historique et les « trois i »

Pour y répondre, nous avons engagé nos recherches sur la base de deux hypothèses et avec pour objectif princi-pal, d’analyser la pertinence de l’action publique de promotion de la transformation industrielle locale du coton au Bénin, au moyen de la théorie du néo-institutionnalisme historique, développé entre autres par les Américains Theda Skocpol (1995), Paul Pierson (2000) et Sven Steinmo (2014), auxquels nous devons respectivement l’affirmation de la centralité de l’État dans la structuration des relations sociales et des processus politiques, pour la première auteure ; les idées de rétroaction politique et de dépendance au sentier, outil de référence du néo-institutionnalisme histo-rique, pour le deuxième ; et la définition de la notion d’institution, pour le troisième auteur. Pour conduire nos travaux, nous avons adopté une démarche méthodologique construite autour des « trois i » (idées, intérêts, institutions) qui, loin de constituer une théorie d’analyse au sens strict, est plutôt une série de variables d’étude quantitative et quali-tative permettant de saisir comment elles s’imbriquent à l’analyse des politiques publiques.

La première partie de notre travail consacrée aux dynamiques fondatrices de l’action publique de développement de la filière coton-textile, a confirmé que le développement de ladite filière au Bénin depuis 2016, résulte d’une ac-tion publique incrémentale construite depuis la colonisation d’une part, par le volontarisme de Gaston Fourn, Gou-verneur de la colonie de 1917 à 1928 qui a favorisé l’institutionnalisation des interventions coloniales et l’installation des deux premières usines de Savalou en 1924 et de Bohicon en 1925 ; et d’autre part, grâce aux entités colo-niales telles que la Compagnie française de développement des fibres textiles (Cfdt) et l’Institut de recherche du coton et des textiles exotiques (Irct) créées après la seconde guerre mondiale. Les trajectoires historiques de la cul-ture et de l’industrialisation du coton ont formaté avec le même incrémentalisme, le profil et les dynamiques de la chaîne de valeur cotonnière du Dahomey au Bénin, à la faveur de dotations factorielles (tradition précoloniale de culture, conditions naturelles favorables, façade maritime) et des facteurs de motivation axés autour des idées, inté-rêts et institutions. Il s’agit notamment du volontarisme du gouvernant ; de la perception entretenue au niveau de la population, dans sa grande diversité, que la filière coton-textile est une source d’emplois, d’activités et de revenus ; et des déterminants fonctionnels que sont l’harmonie entre les acteurs et l’accompagnement parallèle des cultures vivrières.

Dans une seconde partie portant sur la sécurité des acteurs et des investissements et sur la continuité des activités de la chaîne de valeur, nous avons procédé à un diagnostic institutionnel de la promotion et de la sécurisation des investissements. Ce diagnostic nous a permis de répertorier les instruments d’action publique sollicités pour la pro-motion de la transformation industrielle locale du coton qui sont soit substantifs (exclusifs ou mixtes), soit procéduraux (d’origine législative ou réglementaire). Il en a découlé, dans un contexte où la Cedeao s’est dotée d’une West-african common industrial policy (Wacip), le constat de l’inexistence au Bénin, d’un plan stratégique de développe-ment industriel, alors qu’il en existe pour le secteur agricole et qui bénéficie au coton à savoir le Plan Stratégique de Développement du Secteur Agricole (Psdsa) en cohérence avec la politique agricole commune de la Cedeao (Ecowap) et qui a succédé au Psrsa mis en œuvre sous l’exécutif Boni Yayi.

Analyse critique pour une meilleure sécurisation des investissements

L’analyse critique des politiques publiques de développement de la chaîne de valeur a été effectuée à la lumière d’une matrice Swot qui résume le diagnostic institutionnel. Elle a abouti au constat que le volontarisme politique a comme revers, une personnification affirmée et assumée par le gouvernant, décrite par le Professeur Hygin Kakaï (2020), et qui est ressentie comme telle par les gouvernés en général et les acteurs du secteur en particulier. D’où un fort risque à terme de changement d’orientation stratégique en cas d’alternance au pouvoir et d’insécurité sur les acteurs, sur la continuité de leurs activités et sur leurs investissements. À cet égard, il a été noté un maillage sé-curitaire très fragile de la «cotton belt béninoise» comprenant entre autres, les communes de Tanguiéta et de Kérou qui ont accueilli nos travaux de terrain. Cette vulnérabilité est aggravée par une carte sécuritaire en déphasage avec les contraintes géographiques et par l’absence d’une bonne intelligence entre le Bénin, le Burkina-Faso et le Niger en vue d’une politique concertée des prix de l’essence à la pompe. En effet, une harmonisation des prix entre ces pays frontaliers sèvrerait les groupes terroristes du carburant nécessaire à leurs opérations qui visent dans les zones cotonnières, à attenter aux vies humaines et à porter préjudices aux activités et aux investissements. Si cette me-nace n’est pas maîtrisée à court terme, on pourrait assister à une transformation de la cotton belt béninoise en une zone de non-État, comme c’est déjà le cas au Burkina-Faso, où des usines cotonnières ont carrément fermé et leurs producteurs de coton réfugiés au Bénin, notamment dans nos deux communes d’étude.

Au sommet des instruments d’action publique qui touchent à l’industrialisation locale du coton, figurent les Études nationales de perspectives à long terme Vision Bénin Alafia 2025, lancées depuis l’an 2000. Certes, on a assisté sous l’exécutif Patrice Talon à un réel effort d’articulation conceptuelle et opérationnelle du Plan National de Développe-ment (PND) et du Programme d’Action du Gouvernement (PAG) qui en découle, avec la Vision Bénin Alafia 2025. Mais cette dernière, qui arrivera à échéance le 31 décembre 2025, accusait la faiblesse congénitale de n’avoir au-cune force obligatoire instituée par la Loi. Pour y remédier pour l’avenir, le gouvernement a engagé et finalisé la conception d’une nouvelle vision prospective qui a reçu son onction légale, par le vote à l’unanimité des députés à l’Assemblée nationale, de la Loi 2025-16 du 4 juillet 2025 sur la planification stratégique à long terme portant Vision de Développement du Bénin à l’horizon 2060 et qui prendra le relais de la Vision Alafia 2025 à partir du 1er janvier 2026.

La conduite de notre travail de recherche nous a donné l’occasion de mesurer combien les acteurs interrogés ont été toujours très méfiants ; souvent trop prudents ; et parfois même absents aux rendez-vous. Mais dans les trois cas, toujours volontairement. Parce qu’en effet, quand on est un fonctionnaire de l’État, un employé du secteur privé, un élu local ou un producteur de coton, c’est prendre un risque que de se prononcer sur le coton, sur lequel pèse la perception d’être l’affaire du premier magistrat du pays et mobilisant ses idées, ses intérêts et les institutions y compris celle du président de la République qu’il incarne en tant que « clé de voûte » des institutions, pour em-ployer la célèbre formule du Professeur Michel Debré. Parce qu’aussi, c’est encore plus un risque pour le producteur de coton, le Maire ou le Préfet que de répondre à un questionnaire portant sur le rapport entre menace terroriste et développement du coton. Mais à l’arrivée, si ces blocages mentaux totalement compréhensibles ont justifié la lenteur de notre collecte des données, ils ont à force de patience, été surmontés par nos enquêtés, rassurés de la finalité scientifique de notre travail. Les résultats auxquels nous sommes parvenus, ont pu ainsi être enrichis par des données que nous n’aurions jamais obtenues et prises en compte, si nos cibles nous avaient répondu beaucoup plus promptement. Le jury évaluateur présidé par le Professeur Hygin Kakaï et ayant pour membres les Docteurs Arnaud Houénou et Dénis Lawson, a reconnu la rigueur scientifique et méthodologique des travaux ; a approuvé la perti-nence, l’actualité et l’intérêt du sujet pour le développement du Bénin ; et a fortement recommandé qu’il fasse l’objet de recherches plus élargies et d’une analyse davantage affinée.

Jocelyn Nahama Nénéhidini

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